La garderie «Les copains d'abord»

Vous avez sans doute vu cette pub télé d'une compagnie d'assurances dans laquelle on voit un homme en costard commettre les pires injustices envers des enfants, avec une froideur sadique, donnant par exemple un poney en plastique à une petite fille et le vrai animal à une autre ou encore servant de la crème glacée à un bambin, mais pas à l'autre, sous prétexte que c'est seulement pour les derniers arrivés...

Le comédien qui joue dans cette pub est très crédible, une vraie face-à-fesser-dedans, qui provoque l'indignation chez le téléspectateur.

J'ai eu le même sentiment, hier, en parcourant le rapport du vérificateur général, Renaud Lachance, à propos de l'attribution par le gouvernement Charest de places en garderie.

J'imaginais Jean Charest, Michelle Courchesne et Yolande James, ex et actuelle ministre de la Famille, en train d'expliquer à des enfants qu'ils n'ont pas droit à de nouvelles places en CPE parce que personne n'a fait de don au parti alors qu'on ouvre des garderies dans d'autres secteurs déjà bien pourvus.

En fait, c'est plutôt aux parents, contribuables au demeurant, qu'il faudrait expliquer pourquoi les places se sont multipliées à Laval, à Anjou et ailleurs, alors que les listes d'attente ne font qu'allonger dans d'autres villes et quartiers plus populaires.

Favoritisme, passe-droits, 3000 places données à de généreux contributeurs qui ont versé quelque 300 000$ dans la caisse du PLQ et qui s'y connaissent plus en immobilier et en abattage de bovins qu'en services à la petite enfance, tout ça, c'est délicat à expliquer.

Le vérificateur général conclut qu'en 2008, sur 18 000 places, 3505 (20%) n'ont pas été retenues même si elles étaient recommandées par le Ministère et que la ministre Courchesne a autorisé des projets totalisant 3700 places non recommandés par son ministère.

Coincée et visiblement embarrassée, la présidente du Conseil du Trésor, qui était à la Famille en 2008, s'est défilée en disant qu'il y avait urgence de créer de nouvelles places à l'époque et que tous les députés lui demandaient d'accélérer le processus d'attribution de places.

Pour rester dans le domaine des garderies, voilà qui ressemble à une réponse d'un enfant qui se fait pincer après avoir fait une bêtise: «C'est pas de ma faute, c'est les autres...»

Cette explication bancale ne tient pas, de toute façon. S'il y avait urgence (et il y a toujours urgence à créer des places dans un réseau qui en manque), la ministre Courchesne n'avait qu'à suivre les recommandations de son propre ministère, qui a toutes les données socio-démographiques en main, dont c'est le mandat et qui est, en principe, imperméable aux pressions politiques.

L'actuelle ministre, Yolande James, qui a hérité du gâchis de Michelle Courchesne et de Tony Tomassi, répète que la loi a été modifiée et que des mesures ont été et seront prises pour s'assurer de la probité du processus d'attribution de places.

Si la loi a été modifiée, c'est parce que le gouvernement s'est fait pincer.

On savait, grâce notamment aux recherches et aux questions du député péquiste Nicolas Girard, que le favoritisme politique s'était infiltré jusque dans les garderies. Le rapport du vérificateur général confirme cet état de fait.

En plus, Renaud Lachance a découvert que la qualité laisse à désirer dans plusieurs garderies subventionnées et que des permis sont pourtant renouvelés sans inspection adéquate.

Le réseau de garderies subventionnées du Québec connaît un grand succès auprès des parents et fait l'envie des autres provinces.

C'est, de loin, l'une des plus belles réalisations au Québec depuis des lustres. Il y a les listes d'attente, bien sûr, mais on finira bien par en venir à bout.

Pour une fois que quelque chose fonctionne, qu'un ambitieux programme réussit, on va vraiment bousiller ce joyau par incompétence gouvernementale et favoritisme politique?




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