Le fruit est mort

Le hasard, c'est bien connu, fait parfois bien les choses. Comme lundi matin, sur les ondes de Radio-Canada, lorsque la ligne a coupé juste au moment où l'animateur de La Tribune demandait à la présidente des jeunes libéraux du Québec quand, à son avis, le Canada serait prêt à discuter de l'entrée officielle de la nation québécoise dans la Constitution.

Malgré tout son enthousiasme et sa foi fédéraliste, Maripier Isabelle aurait dû, comme son chef, admettre que le reste du Canada n'a aucun appétit pour ce débat et que rien ne laisse croire que cela changera dans un avenir prévisible.

Le «fruit» n'est pas mûr, a répété Jean Charest dimanche, la même réponse qu'il donne depuis qu'il est devenu chef du PLQ, il y a 13 ans. C'est à croire que ce n'est pas un fruit, mais une roche.

Jean Charest n'a pas tort, cela dit: le ROC n'est pas intéressé à parler de la place du Québec dans la Constitution adoptée, sans le Québec, faut-il le rappeler, il y a bientôt 30 ans.

Ce que Jean Charest ne dit pas, toutefois, parce que cela serait perçu comme un échec de sa part, c'est que le ROC est moins intéressé que jamais à discuter de cela. À Ottawa, comme dans toutes les capitales provinciales, la reconnaissance constitutionnelle du Québec, c'est le dernier des soucis.

Pendant les années Parizeau-Bouchard-Landry, le gouvernement fédéral se disait impuissant à négocier avec des «séparatistes». Après plus de huit ans de gouvernement fédéraliste à Québec, toujours rien. Ce n'est donc pas une question de contexte ou d'individus, mais bien de volonté.

La réaction obtuse du Canada anglais à l'«affaire Nycole Turmel» est révélatrice de son état d'esprit envers le Québec. Révélatrice, aussi, de son incompréhension chronique du Québec.

Visiblement, la peur du «séparatiste» reste omniprésente dans le ROC et plutôt que de voir un bon signe dans l'arrivée d'anciens bloquistes au sein d'un parti fédéraliste, les autres partis et les commentateurs y ont vu l'ombre du loup dans la bergerie.

Dans le ROC, l'heure n'est pas aux pourparlers constitutionnels, mais plutôt à la profession de foi fédéraliste.

De toute façon, aucun politicien ne serait assez fou pour se lancer là-dedans.

De tous les acteurs politiques de l'époque de Meech, seuls quelques-uns sont encore en politique, dont Jean Charest et Bob Rae (sans oublier l'ombre de Franck McKenna) mais ils n'ont aucune envie de rejouer dans ce film-là.

Le Canada s'est guéri de son obsession constitutionnelle. Les provinces, surtout celles de l'Ouest, mais aussi Terre-Neuve, sont passées de la politique à la business, plus préoccupées à tirer profit de leurs ressources naturelles qu'à raccommoder le patchwork constitutionnel.

D'autres facteurs expliquent la disparition de la question nationale.

Le temps, d'abord. Après 30 ans, le Canada s'est habitué (et plutôt bien accommodé) de cette Constitution inachevée.

Pour bon nombre de Canadiens, l'adoption de la loi sur la «clarté» par le gouvernement Chrétien est venue mettre le couvercle sur la marmite. Puis, la reconnaissance par le gouvernement Harper de la nation québécoise a soudé ce couvercle.

Le fait est, aussi, que plus personne au Québec ne réclame la conclusion définitive du pacte constitutionnel. Jean Charest ne veut pas, de peur de se faire dire non, et Pauline Marois ne peut pas, de peur de se faire accuser de vouloir améliorer le Canada.

De guerre lasse, une majorité de Québécois se sont résignés, grossissant le camp des «ni oui ni non» représenté par François Legault et symbolisé par sa proposition de moratoire de dix ans sur la question de l'avenir du Québec.

Inspiré par la sempiternelle réponse de Jean Charest, j'ai cherché en vain hier l'adjectif propre à un fruit qui ne mûrit pas (peut-être avez-vous des suggestions). Je me suis alors tourné vers le logiciel Antidote, qui m'a donné «avorter» comme antonyme de «mûrir».

«Avorter»... Un peu rude comme constat, mais 30 ans plus tard, il faut bien admettre que l'idée de voir le Québec entrer un jour dans la Constitution par la grande porte est bel et bien morte.

L'honneur et l'enthousiasme de Mulroney ont fait place à l'indifférence et la lassitude.




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