«Maman, je t'aime»

Extrait de l'échange de textos entre Eddie Jamoldroy Justice... (Photo Associated Press)

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Extrait de l'échange de textos entre Eddie Jamoldroy Justice et sa mère. Le jeune homme n'a pas survécu à l'attaque du Pulse.

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Le nom d'Eddie Jamoldroy Justice figure sur la liste des victimes diffusée lundi.

Je vous parle de lui plutôt que de l'une des 48 autres victimes d'Orlando parce que le récit de sa mère, Mina Justice, m'a chavirée. Il résume mieux que n'importe quel reportage le caractère tragique de ce massacre homophobe.

Mme Justice a publié l'échange de textos qu'elle a eu avec son fils Eddie durant la nuit d'horreur de samedi à dimanche. Le jeune homme de 30 ans lui explique qu'il est pris au piège par des tirs à l'intérieur du Pulse, la boîte de nuit LGBT où le tueur Omar Mateen a ouvert le feu au fusil automatique vers 2 h du matin. Un club particulièrement apprécié de la communauté gaie latino, et où homosexuels, bis, intersexués, trans et travestis se retrouvaient en « sécurité », dansaient et s'amusaient sans craindre les insultes habituelles et les regards désobligeants.

Je le reproduis intégralement. Lisez-le si vous ne l'avez pas déjà fait.

Eddie : « Maman, je t'aime. » (2 h 06)

Eddie : « Ils tirent dans la boîte. »

Mina : « Tout va bien ? »

Eddie : « Je suis enfermé dans les toilettes. » (2 h 07)

Mina : « Quel club ? »

Eddie : « Le Pulse. Au centre-ville. Appelle la police. »

Eddie : « Je vais mourir. » (2 h 08)

Mina : « Je les appelle maintenant. »

Mina : « Tu es toujours là ? »

Mina : « Décroche ton foutu téléphone ! »

Mina : « Appelle-les. »

Mina : « Appelle-moi. »

Eddie : « Appelle-les, maman. » (2 h 39)

Eddie : « Maintenant. »

Mina : « Y a-t-il des victimes ? »

Eddie : « Beaucoup. Oui. »

Mina : « Tu es avec la police ? »

Mina : « Écris-moi s'il te plaît. »

Eddie : « Non. » (2 h 46)

Eddie : « Je suis toujours dans les toilettes. Il nous tient. Il faut qu'ils viennent nous chercher. »

Mina : « La police est là, dis-moi quand tu verras la police. » (2 h 49)

Eddie : « Vite. » (2 h 49)

Eddie : « Il est dans les toilettes avec nous. » (2 h 50)

Eddie : « Dans les toilettes des femmes. » (2 h 50)

Mina : « Est-ce que l'homme est dans les toilettes avec toi ? »

Eddie : « C'est un terroriste. »

Eddie : « Oui. » (2 h 51)

Mina : « Tu es blessé ? »

Mina : « Reste où tu es, il n'aime pas les gais. » (2 h 52)

Mina : « Écris-moi s'il te plaît. » (2 h 53)

Mina : « Je t'aime. » (2 h 54)

Mina : « Reste par terre. »

Mina : « Mon chéri, écris-moi. »

Toute la tristesse du monde se trouve dans cet échange.

La tristesse du monde pour les victimes et les familles endeuillées, au lendemain de cette fusillade revendiquée par le groupe État islamique, la plus meurtrière de l'histoire des États-Unis.

Et la tristesse d'une mère qui a appris lundi matin ce qu'elle redoutait, mais qu'elle savait au fond de son coeur : son fils n'a pas survécu à la tuerie. Eddie Justice a sans doute été tué dans les toilettes où il s'est caché pendant 45 minutes. C'est long, 45 minutes, quand on pense qu'on va mourir et qu'on attend les secours qui n'arrivent pas.

Je ne peux m'empêcher de me mettre à la place de cette mère lorsqu'elle demande à son « chéri » de lui écrire et qu'il ne répond pas.

À sa place et à celle de tous les parents qui ont perdu un fils, une fille, un frère ou une soeur, dont les noms ont été dévoilés lundi. Ils s'appelaient Juan, Eric, Peter, Kimberly, Darryl, Deonka, Alejandro, Anthony, Jean Carlos, Franky... En majorité, des hommes dans la vingtaine et la jeune trentaine tués par un Américain d'origine afghane se présentant comme un « combattant » du groupe État islamique.

Des dizaines de personnalités leur ont rendu hommage en publiant sur Instagram des images aux couleurs du drapeau arc-en-ciel, symbole de la communauté gaie, dont Beyoncé, Xavier Dolan, Madonna, Bryan Adams, Kate Hudson, Drew Barrymore, Naomi Watts et Anne Hathaway.

Et des milliers d'autres personnes, connues et inconnues, ont mis en ligne des photos d'hommes en train de s'embrasser sur Twitter, sous le mot-clic #TwoMenKissing, en réponse à cet attentat contre les gais.

Mais ne nous y trompons pas : cet attentat n'est pas seulement un crime homophobe, c'est un attentat qui nous vise tous, peu importe notre orientation sexuelle. C'est une attaque contre la liberté, comme celle du Bataclan, dans une société où il est permis de fêter, d'exprimer différents points de vue, différentes croyances et différentes façons d'aimer. Autant de valeurs qui sont dans la ligne de mire des terroristes. Autant de valeurs qu'il faut défendre au nom d'Eddie et de tous les autres.

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