Remettez vos culottes

Les policiers de divers services municipaux du Québec,... (PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE)

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Les policiers de divers services municipaux du Québec, dont ceux de Montréal, portent un pantalon de camouflage, ou un uniforme qu'ils modifient, à titre de moyen de pression pour protester contre la loi qui a imposé un partage à parts égales du coût des régimes de retraite municipaux.

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Suzanne Colpron

Après avoir dirigé la section Arts du quotidien Le Soleil pendant quatre ans, puis celle de La Presse pendant cinq ans, Suzanne Colpron, journaliste depuis 1987, entame une carrière de chroniqueuse en 2016.

La Presse

Le maire Coderre en a marre depuis longtemps. Le ministre Coiteux commence lui aussi à montrer de sérieux signes d'impatience.

Avis aux policiers en pantalons de clown : la rigolade est terminée. Si j'étais vous, je n'attendrais pas le projet de loi pour remettre mes culottes d'uniforme. Je chercherais dès maintenant d'autres moyens de pression pour protester contre la loi 15 sur les régimes de retraite, adoptée en décembre 2014.

Je l'ai d'ailleurs dit hier au président de la Fraternité des policiers et policières de Montréal, Yves Francoeur, qui n'est évidemment pas de mon avis.

« Non. Pas question. On ne les enlèvera pas. »

N'empêche. Je trouve que la mascarade a assez duré même si, avec le temps, je me suis un peu habituée à vous voir avec vos pantalons multicolores, l'arme à la ceinture. Et je ne suis pas la seule à le penser. Les Québécois sont pour la plupart d'accord avec moi. Deux ans, c'est long.

Et même si je vous respecte et que je respecte votre travail, j'avoue que ces pantalons de camouflage roses, fluo, rayés, à carreaux ou bariolés minent votre crédibilité. 

Ça ne vous empêche pas de faire ce que vous avez à faire, d'arrêter les bandits, de gérer le trafic et d'assurer l'ordre, mais ça change notre regard sur vous.

En boycottant l'uniforme, on a le sentiment que vous vous moquez de votre métier. Que vous ne lui accordez pas tout le sérieux qu'il mérite. Que vos revendications syndicales sont plus importantes que tout le reste.

L'uniforme, ce n'est pas juste un habit, ça donne du pouvoir.

Je sais, vous allez me dire qu'on ne peut rien faire pour vous obliger à porter vos pantalons réglementaires. Que la loi est de votre bord. Que la Cour d'appel a tranché en votre faveur à la fin des années 80. Qu'il en va de la liberté d'expression. Et que le Conseil des services essentiels et la Commission de la santé et de la sécurité du travail ont déclaré que ce moyen de pression ne nuisait pas aux services à la population, même en situation d'urgence.

Je sais aussi que vous trouvez que la loi 15 est très injuste. Pire : qu'elle est inconstitutionnelle et que les tribunaux vont vous donner raison un jour. Vous m'avez dit, monsieur Francoeur, qu'avec l'entrée en vigueur de cette loi, la cotisation des policiers de Montréal au régime de retraite augmente de 3000 $ par année et que le salaire, lui, baisse de 6000 $. Vous êtes sans convention collective depuis la fin de 2014, et sans l'ombre du début d'une ronde de négociations avec la Ville. Vous estimez que la loi 15 a fait de vous un des groupes policiers les moins bien payés au Québec. Ce serait une aberration. Pourtant, le quart d'entre vous a touché un salaire de plus de 100 000 $ en 2014.

J'ai aussi écouté le ministre de la Sécurité publique et des Affaires municipales, Martin Coiteux, et il avait l'air très sérieux quand il a menacé de faire un projet de loi à l'automne pour vous forcer à abandonner votre moyen de pression si vous n'y renoncez pas d'ici là. 

Oui, c'est vrai, M. Coiteux a toujours l'air sérieux. Mais j'ai bien l'impression qu'il va agir cette fois si les discussions ne donnent pas de résultats, contrairement au ministre Pierre Moreau, qui, en septembre 2015, avait lui aussi menacé de faire un projet de loi pour interdire les pantalons de camouflage. Projet de loi qui n'a jamais vu le jour.

Selon M. Coiteux, vous vous devez d'être irréprochables parce que vous êtes là pour faire respecter les lois. C'est encore plus vrai en période de crise, a-t-il dit, en faisant référence aux attentats commis en Europe par le groupe armé État islamique. « Dans des interventions d'urgence, on ne veut pas la moindre confusion possible. »

Reste à savoir si la voie législative, dans le cas où on en arrive là, passe le test des tribunaux. M. Coiteux croit que oui. « On a le droit de s'exprimer, mais pas au détriment de la sécurité publique. On peut trouver d'autres façons de montrer son désaccord », a-t-il ajouté.

Je sais, monsieur Francoeur, et vous me l'avez répété, les moyens de pression mis à votre disposition pour manifester votre mécontentement ne pleuvent pas. Mais je suis certaine qu'en cherchant bien, vous allez trouver. De toute façon, votre message, on l'a compris.

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