Parlons sexe

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Suzanne Colpron

Après avoir dirigé la section Arts du quotidien Le Soleil pendant quatre ans, puis celle de La Presse pendant cinq ans, Suzanne Colpron, journaliste depuis 1987, entame une carrière de chroniqueuse en 2016.

La Presse

Parlons sexe, voulez-vous ? Au Québec, le nombre d'infections transmissibles sexuellement est en explosion. Ce n'est pas nouveau. Le nombre de cas augmente année après année depuis au moins 15 ans. Particulièrement chez les jeunes de 15 à 24 ans.

Chlamydia ? Après avoir diminué de 1990 à 1997, le nombre de cas déclarés a triplé depuis l'an 2000. On comptait 23 000 cas en 2014, dont la moitié chez les filles de 15 à 24 ans et un peu plus de 4000 cas chez les garçons du même groupe d'âge.

Syphilis, une maladie qu'on a crue éradiquée à la fin des années 90 ? De seulement 3 cas déclarés en 1998, on est passé à plus de 600 diagnostics, l'an dernier. À tel point que le médicament principal utilisé pour traiter cette infection, Bicillin MD, est en rupture de stock au moins jusqu'en juillet !

Gonorrhée ? Même phénomène. L'infection, en progression constante depuis la fin des années 90, surtout chez les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, mais pas seulement, a fait un bond de 54 % de 2010 à 2014.

Que disent ces chiffres, tirés du plus récent rapport de l'Institut national de santé publique du Québec ?

D'abord, que les campagnes de prévention ne donnent pas les résultats escomptés. Ensuite, que les hommes et les femmes ne se protègent pas systématiquement parce que la peur de mourir du sida a disparu. Enfin, que certaines infections comme la gonorrhée sont de plus en plus résistantes aux traitements par antibiotiques.

Ce que ces chiffres ne disent pas : que l'augmentation des diagnostics d'infections transmissibles sexuellement (ITS) s'explique en partie par une hausse du nombre de tests de dépistage. Mais plusieurs cas ne sont ni détectés ni déclarés. La syphilis, par exemple, est une infection complexe qui n'est pas toujours facile à diagnostiquer.

- C'est grave, docteur ?

- Oui, m'a répondu Réjean Thomas, qui le crie depuis des années. Très grave même. Les ITS ont des conséquences sur la santé de nos jeunes et nous coûtent cher en soins de santé : infertilité, douleurs chroniques chez les femmes, danger d'atteinte neurologique, transmission d'une ITS de la mère à l'enfant, VIH, cancer et même décès.

Selon lui et plusieurs médecins qui travaillent auprès des jeunes, l'importance de porter le condom est banalisée.

Pire : les hommes n'en portent pas et ne se gênent pas pour le dire. Ils préfèrent le sexe sans condom. Au diable les risques !

Pourquoi ? Le VIH ne fait plus peur.

Oui, c'est vrai qu'on ne meurt plus du sida. Et que contrairement aux autres ITS, qui grimpent en flèche, le VIH est stable. Stable, mais tout de même élevé : de 300 à 500 nouveaux cas au Québec chaque année, dont une majorité chez les homosexuels. À la clinique L'Actuel, près de 40 % des patients qui contractent le VIH ont moins de 30 ans, dit le Dr Réjean Thomas. « Il faut les éduquer. »

Le grand coupable ? Le manque d'éducation sexuelle, justement.

Saviez-vous que la syphilis, la gonorrhée ou la chlamydia peuvent s'attraper après une simple fellation ? Je m'excuse d'aborder le sujet de manière aussi crue un lundi matin, mais il est important d'en parler. Le sexe oral se pratique la plupart du temps sans protection. Les gens, jeunes ou moins jeunes, ignorent qu'il faut se protéger là aussi.

Le problème, c'est qu'on n'en parle pas. Les cours d'éducation sexuelle ont disparu des écoles depuis plus de 10 ans et on a cessé de faire de la prévention et de la sensibilisation.

Résultat : les jeunes sexuellement actifs ont une certaine méconnaissance des méthodes de transmission et se pensent à l'abri. Même s'ils ont plusieurs partenaires et que leurs pratiques sont à haut risque.

À quand remonte la dernière fois que vous avez vu une campagne vantant les mérites du préservatif ?

« Il n'y a plus de campagnes de prévention depuis longtemps, confirme le Dr Réjean Thomas. Et s'il y en a, elles sont tellement ciblées qu'on ne les voit nulle part ! »

Une autre raison pourrait aussi expliquer la propagation des ITS : les applications comme Tinder ou Grindr.

De nombreuses études pointent dans cette direction. Aujourd'hui, la chasse aux partenaires ne se pratique plus dans les bars, mais au bout des doigts sur un téléphone. Les comportements à risque incluent l'utilisation des applications pour avoir des rapports sexuels occasionnels et souvent avec des inconnus.

« Pour lutter contre les ITS, on sait qu'il faut donner des cours d'éducation sexuelle dès le primaire et faire de la prévention sur les applications, dit Réjean Thomas. La recette n'est pas si compliquée. » Non, pas si compliquée. Mais encore faut-il avoir la volonté de le faire.

Un condom avec ça ?

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