Les médecins, moins gras dur qu'on pense

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Les médecins ne sont pas populaires ces jours-ci à cause du débat sur leur rémunération. Les gens ont l'impression que le gouvernement a perdu le contrôle de leurs hausses de salaire. Ils sont vus comme les enfants gâtés du système.

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Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada (Groupe CNW/Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada)

Pourtant, ils ne sont pas si gras dur que ça.

- Les médecins risquent davantage de souffrir d'un ensemble de problèmes de santé mentale : suicide, abus de substances et épuisement professionnel.

- 50 % négligent leur santé.

- 80 % travaillent quand ils sont malades.

- Peu ont un médecin de famille, malgré leur position privilégiée au sein du système de santé.

- La plupart optent pour des « consultations de corridor » ou de l'autodiagnostic.

Je n'essaie pas de vous arracher des larmes, mais c'est à l'évidence un métier beaucoup plus dur qu'on ne l'imagine. Les heures sont longues, le stress est élevé et les responsabilités sont grandes. Sans parler du fait que les médecins sont souvent confrontés à la souffrance et à des dilemmes éthiques.

Une récente enquête américaine confirme que le burnout atteint des « niveaux alarmants ». Menée auprès de 7000 médecins, toutes spécialités confondues, cette étude révèle que près d'un médecin sur deux rapporte des signes d'épuisement professionnel.

La médecine, c'est un métier à burnout, surtout en première ligne, comme les omnipraticiens ou les urgentologues.

Les raisons sont nombreuses : charge de travail souvent excessive, peur de l'erreur médicale, sentiment d'inefficacité, difficulté à concilier obligations professionnelles et vie familiale, ultra-perfectionnisme, etc. Mais la principale, c'est l'épuisement non diagnostiqué et non traité.

Dans de nombreux cas, les médecins attendent des années avant de reconnaître le problème et de consulter. Ils minimisent ou nient leurs symptômes.

Ce n'est pas une publicité de la Fédération des omnipraticiens. C'est écrit noir sur blanc dans un rapport québécois sur la santé des médecins, signé par les docteurs Sandra Roman, que je connais bien, et Claude Prévost.

C'est aussi l'objet du documentaire réalisé par Yves Bisaillon, Les médecins pleurent aussi, qui sera diffusé mercredi, 20 h, sur RDI.

Pourquoi les médecins attendent-ils si longtemps avant de consulter ?

De l'avis de nombreux chercheurs, cela s'expliquerait par la culture médicale elle-même : « la pression intense qu'elle exerce pour que ses membres reflètent une image d'invulnérabilité, de contrôle et de compétence », constatent les auteurs du rapport sur la santé des médecins.

« Dans ce contexte, l'auto-prise en charge des médecins devient une stratégie acceptée, voire encouragée par les pairs, qui permet au médecin de rester en poste et d'échapper à l'inconfort de devoir assumer le rôle de patient », ajoutent-ils.

La maladie mentale est vue comme un signe de faiblesse et de vulnérabilité. Un échec.

D'autres facteurs expliquent cette résistance comme la pénurie de ressources, le manque de temps et la peur de déranger un collègue.

« Les réticences à consulter sont encore plus importantes pour certains types de symptômes, notent les auteurs du rapport : la douleur chronique, l'abus de substances, les problèmes sexuels et gynécologiques, les maladies transmises sexuellement, mais surtout les problèmes de santé mentale. »

***

Le documentaire Les médecins pleurent aussi aborde également le sujet de la santé des médecins, mais d'une autre façon. La Dre Banafcheh Hejazi, qui pratique la médecine familiale depuis une vingtaine d'années, en a eu l'idée après avoir fait un burnout. Elle a convaincu une poignée de médecins de famille de parler de santé mentale et de faire part de leurs expériences, souvent difficiles.

La Dre Nicole Brière raconte : « Je me suis fait prendre à mon propre jeu. Au début, j'étais contente d'avoir beaucoup de patientes, mais un jour, j'en avais trop. Plus ça allait, moins je dormais et plus j'étais stressée et irritable. J'ai craqué. Je me sentais coupable. Je pensais que je n'étais pas une bonne mère. Je me disais que ça serait mieux pour tout le monde si je n'étais pas là. »

Le Dr Mohamed Nagi ajoute : « Une des choses les plus importantes pour un médecin, c'est sa réputation. Et un des principaux dangers est de révéler quelque chose susceptible de nuire à cette réputation. Ça nous empêche de nous confier quand ça va mal. On apprend à cacher notre état, nos sentiments. »

Les problèmes de santé de médecins ont des répercussions sur leur travail et sur la santé des patients.

« Les médecins dépressifs vont continuer à travailler, mais ça va leur prendre deux, trois fois plus de temps pour accomplir le même travail », observe Anne Magnan, qui dirige le programme d'aide aux médecins du Québec. Créé en 1990, ce programme emploie l'équivalent de quatre médecins à temps complet et a connu une augmentation considérable de nouvelles demandes.

Le débat sur la rémunération des médecins n'est pas clos. Mais quand on en parle, il faut aussi tenir compte de ce que je viens de décrire : la lourdeur des tâches des médecins et les difficultés inhérentes à la pratique de cette profession.

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