Cela aurait pu arriver au Québec

L'une des tueries les plus meurtrières en milieu... (Photo Jason Franson, La Presse Canadienne)

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L'une des tueries les plus meurtrières en milieu scolaire de l'histoire du Canada est survenue la semaine dernière à La Loche, un petit village du nord de la Saskatchewan. Une tragédie qui aurait très bien pu se produire au Québec, estime notre chroniqueuse.

Photo Jason Franson, La Presse Canadienne

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La semaine dernière, l'une des tueries les plus meurtrières en milieu scolaire de l'histoire du Canada est survenue à La Loche. On en a peu parlé au Québec. Sans doute parce que c'était dans un coin perdu du nord de la Saskatchewan. Mais cela aurait pu arriver chez nous.

« C'était un garçon normal. Ce n'était pas un monstre. Il était blessé », a dit Perry Herman, un ami de la famille de l'adolescent de 17 ans accusé d'avoir tué quatre personnes et d'en avoir blessé sept autres vendredi dernier.

Il était victime d'intimidation à l'école depuis de nombreuses années. On se moquait de lui à cause de son apparence, en particulier ses grandes oreilles.

Est-ce que la souffrance et le désespoir suffisent à expliquer le double meurtre des frères Fontaine, Drayden, 13 ans, et Dayne, 17 ans, dans leur maison de La Loche, quelques minutes avant que ce carnage ne se poursuive dans une école secondaire où une fusillade a fait deux morts et sept blessés ?

Certainement pas. Mais cela soulève de nombreuses questions sur l'état d'esprit du tueur, sa santé mentale et les ressources mises à sa disposition. Et cela s'ajoute à l'élément central de cette tragédie : la difficulté de vivre dans une communauté autochtone isolée.

Pas plus tard que mardi, le Tribunal canadien des droits de la personne a conclu que le programme fédéral de protection de l'enfance dans les réserves autochtones est sous-financé et qu'il ne fournit pas des services adéquats aux enfants et à leurs familles. Il « perpétue les désavantages historiques dont ont souffert les peuples autochtones », même si les besoins sont encore plus criants dans les réserves.

La tuerie de La Loche s'est déroulée à plus de 3600 kilomètres de Montréal, mais elle aurait très bien pu se produire au Québec, où il existe des collectivités autochtones semblables à celle de La Loche et où le phénomène de l'intimidation à l'école est aussi très présent, malgré les efforts pour le prévenir et l'enrayer.

La Loche, dont on n'avait jamais entendu parler avant vendredi, est à 600 kilomètres au nord de Saskatoon. Ses 2600 habitants sont en grande majorité des autochtones de la Première Nation Tchipewyans qui vivent à la lisière de l'Arctique et qui font partie du peuple déné.

Aux prises avec de graves problèmes de pauvreté, de toxicomanie, d'agressions sexuelles, de violence et de dysfonctionnement, La Loche est un endroit où on se suicide beaucoup plus qu'ailleurs au Canada. On compte 43 suicides pour 100 000 habitants dans cette région, comparativement à 12 suicides pour 100 000 habitants en Saskatchewan. Cette disproportion ressemble à celle que l'on retrouve au Québec, où le taux de suicide des autochtones est trois fois plus élevé que pour l'ensemble de la population.

Le suspect fait face à quatre chefs d'accusation de meurtre au premier degré, à sept chefs d'accusation de tentative de meurtre et à une accusation de possession illégale d'une arme à feu.

Et pourtant, peu de gens semblent prêts à lui jeter la première pierre.

« Ce jeune homme est peut-être lui aussi une victime dans les circonstances », a déclaré Bob Merasty, vice-chef de la Fédération des nations indiennes de la Saskatchewan.

Lundi, lorsque le juge lui a demandé s'il avait de la famille, l'accusé a répondu « ma mère » en la cherchant dans la salle d'audience.

Dans cette petite communauté où tout le monde se connaît, le drame du 22 janvier a provoqué une onde de choc. L'école secondaire où la tuerie a éclaté est fermée depuis le drame et certains réclament sa démolition, dont Kevin Janvier, le maire par intérim de La Loche. Les bars sont aussi fermés par respect pour les victimes. La convalescence sera longue et pénible, on s'en doute.

Mais il faut continuer à s'intéresser à cette histoire pour ne pas qu'elle tombe dans l'oubli.

Tueries dans des écoles au Canada

28 mai 1975

Fusillade de la Centennial Secondary School, à Brampton, en Ontario : un garçon de 16 ans tue deux personnes et fait 13 blessés avant de se suicider.

27 octobre 1975

Fusillade de la St. Pius X High School, à Ottawa : un élève de 18 ans blesse cinq personnes avant de se suicider. 

6 décembre 1989

Tuerie de l'École polytechnique, à Montréal : Marc Lépine, 25 ans, ouvre le feu sur 28 personnes, tuant 14 personnes et en blessant 14 autres, avant de se suicider. 

24 août 1992

Tuerie de l'Université Concordia, à Montréal : Valery Fabrikant, professeur en génie mécanique, tue quatre collègues et en blesse un autre. 

28 avril 1999

Fusillade de la W. R. Myers High School, à Taber, en Alberta : un garçon de 14 ans tue un élève et en blesse trois autres. 

13 septembre 2006

Fusillade au collège Dawson, à Montréal : Kimveer Gill, 25 ans, tue une personne et en blesse 19 autres avant de se suicider.

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