Santé, prospérité et attentes modérées

Après la dinde, le champagne et les festivités du Nouvel An, le retour à la réalité s'annonce rude pour les investisseurs qui ouvriront bientôt leur relevé de compte.

Je vous avertis tout de suite, si vous comptez encore sur des rendements de plus de 10% à la Bourse, il est temps de remettre vos pendules à l'heure.

L'année 2015 a été pénible au Canada, qui a affiché l'une des pires performances parmi les grandes places boursières mondiales.

Avec le ralentissement de la croissance en Chine, les prix des matières premières - cuivre, zinc, nickel, pétrole - ont chuté de 25 à 40%. Et la situation n'est pas près de se redresser, à en juger par les coupes à blanc annoncées récemment par plusieurs multinationales.

La Bourse de Toronto, à forte teneur en ressources naturelles, en a pris pour son rhume. L'indice S&P/TSX composé a flanché de 11% en 2015.

Dans ce contexte, Québec inc. s'en est sorti pas trop mal. Mais la dégringolade ultramédiatisée de Bombardier, qui a perdu près de 70% de sa valeur, a éclipsé les performances spectaculaires de plusieurs grands noms de la Bourse québécoise, comme Uni-Sélect (+ 128%), Cascades (+ 81%) et Stella-Jones (+ 63%).

Tant mieux pour les épargnants qui avaient misé sur ces vedettes locales. Mais l'an dernier, c'est la diversification internationale qui a été la plus payante, en raison du jeu des devises.

Le dollar canadien a plongé de 16%, pour clôturer l'année à 72,25 cents US, près d'un creux de 11 ans. L'ascension de la plupart des devises étrangères par rapport au huard a donné des ailes aux investisseurs canadiens qui ont des placements à l'extérieur.

Ainsi, l'indice phare de la Bourse américaine, le S&P 500, qui a fléchi de 0,7% l'an dernier, a quand même livré un rendement de 19% après la conversion en dollars canadiens. Même phénomène pour l'Europe et le Japon.

Mais ne vous laissez pas éblouir par ces rendements étincelants. Quand on regarde à plus long terme, les performances obtenues par les épargnants ont été bien plus modestes.

Petite devinette: Selon vous, quel a été le rendement de la Bourse canadienne au cours des cinq dernières années? Moins de 5%. Et ça inclut les dividendes.

Combien ont rapporté les fonds équilibrés canadiens depuis 5, 10 et 15 ans? Encore une fois autour de 5%.

En fait, vous pouvez regarder la plupart des grandes catégories de fonds communs, aucune n'a livré un rendement annuel composé supérieur à 5% depuis 15 ans.

Vous me direz que cette période inclut l'éclatement de deux bulles spéculatives, celle des technos en 2000 et celle de la crise du crédit en 2008. C'est vrai. Mais la Bourse s'est bien rattrapée depuis. Les taux d'intérêt, qui sont restés à zéro durant pratiquement sept ans, ont pompé les bénéfices des entreprises et ont encouragé les investisseurs à délaisser les obligations au profit des actions.

Or, la remontée des taux d'intérêt amorcée par la Réserve fédérale en décembre dernier risque maintenant d'entraîner une volatilité élevée sur les marchés et de limiter les rendements à long terme.

D'où l'importance de revoir vos attentes.

Je vous ramène ici vers les normes de l'Institut québécois de la planification financière (IQPF), qui formule chaque année les hypothèses que devraient utiliser les planificateurs financiers dans les plans de retraite.

Voici ce que ça donne. À long terme, la Bourse canadienne devrait livrer 6,3% par an, et les revenus fixes devraient rapporter 3,9%.

Pour un portefeuille équilibré, les épargnants doivent donc s'attendre à un rendement annuel d'environ 5%. À cela, il faut soustraire des frais de gestion d'environ 1,8%. Vous trouvez insensé que plus du tiers de votre rendement s'envole en frais? Bien d'accord avec vous! Mais c'est la réalité dans l'univers des fonds communs de placement.

En fin de compte, un portefeuille équilibré devrait livrer environ 3,3% par année à long terme. «C'est sûr que c'est modeste», admet Martin Dupras, président de ConFor Financiers, qui participe à l'élaboration des normes. Souvent, les conseillers financiers lui disent que ça n'a pas de bon sens.

Or, l'IQPF n'invente rien. Il n'émet même pas d'opinion. Ces normes sont fondées sur les prévisions de sources externes variées et crédibles, comme la Régie des rentes du Québec, le Régime de pensions du Canada et les enquêtes de firmes d'actuaires auprès des gestionnaires de portefeuille.

Ces grandes caisses de retraite ont réduit leurs attentes au fil des ans. L'IQPF aussi. Depuis 2009, les rendements espérés ont fondu de presque 1%.

Pour générer 10 000$ de revenus de retraite jusqu'à sa mort, un Québécois devait posséder environ 160 500$ à 60 ans, en 2009. Aujourd'hui, il lui faudrait 179 500$. C'est 12% de plus, calcule M. Dupras.

Cela signifie que les épargnants doivent épargner davantage pour contrer la baisse des attentes de rendement.

Évidemment, ces attentes de rendement ne tiennent pas compte de la valeur ajoutée du gestionnaire. Mais de nombreuses études ont démontré qu'il est très ardu de surpasser la performance du marché, année après année.

Vaut mieux être prudents dans vos calculs.

Si jamais vous obtenez de meilleurs rendements durant cinq ans, il sera toujours temps de prendre des congés de cotisation... quoique les régimes de retraite qui ont pris cette décision durant les années de vaches grasses s'en sont ensuite mordu les doigts.




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