Les 25 bougies des FNB

Le Canada a vu naître une série d'inventions comme le téléphone, l'insuline, le walkie-talkie, la motoneige, le sac-poubelle et la poutine! Moins de gens le savent, mais c'est aussi chez nous que sont apparus les fonds négociés en Bourse (FNB), le produit de placement qui a connu la plus forte croissance au monde ces dernières années.

C'était en mars 1990. Il y a 25 ans. Pour célébrer cet heureux anniversaire, les membres de l'industrie des FNB ont d'ailleurs été invités à ouvrir les marchés boursiers, hier matin, en sonnant la cloche de la Bourse de Toronto, exactement là où les TIPS ont vu le jour il y a un quart de siècle.

La formule des Toronto Index Participation Shares (TIPS) était simple: permettre aux investisseurs d'acheter en une seule action les 35 sociétés formant le TSE35, ancien indice de la Bourse canadienne.

L'idée a rapidement fait son chemin aux États-Unis. En 1993 apparaît le «Spider», qui est composé des 500 sociétés américaines de l'indice S&P 500. En 1996, la firme Barclays lance les «Webs», qui pistent la performance des indices MSCI d'une série de pays étrangers, permettant aux investisseurs d'investir facilement outre-mer.

Puis, en 1998, les «Diamonds» font leur apparition, permettant d'acheter d'un seul coup les 30 Blue Chips du mythique Dow Jones. L'année suivante, c'est au tour du NASDAQ d'avoir son FNB, les «Cubes» qui se négocient sous le symbole QQQ.

Les lancements de FNB se succèdent ensuite à un train d'enfer. Aux États-Unis, on dénombre aujourd'hui 1661 FNB dont la valeur totalise plus de 2000 milliards US d'actifs. Ce n'est pas le choix qui manque!

Au Canada, on compte 383 FNB, offerts par neuf fournisseurs, qui gèrent des actifs de plus de 81 milliards. Mais ce n'est rien par rapport aux fonds communs de placement qui regroupent plus de 1000 milliards de dollars.

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Les avantages des FNB pour les investisseurs sont indéniables. En plus d'offrir une diversification instantanée, ils donnent accès à des catégories d'actifs qui étaient auparavant réservées aux investisseurs institutionnels ou aux personnes très fortunées.

Désormais, le commun des mortels peut investir dans les marchés émergents, les obligations de sociétés à rendement élevé, l'immobilier ou encore les matières premières.

Vous voulez mettre de l'or ou du pétrole dans votre portefeuille? Il y a un FNB pour ça. Du Brésil, de la Chine ou de l'Inde? Ça existe aussi. Des obligations de pays émergents? C'est possible. Tout ça, à frais modiques.

Prenez le iShares S&P/TSX 60 (XIU), qui a succédé aux fameux TIPS. Ses frais de gestion se limitent à 0,18%, 10 fois moins qu'un fonds commun qui grugera 2,3% de votre actif, bon an, mal an. Moins de frais = plus de rendement. Jugez vous-même.

Depuis 10 ans, le XIU a livré un rendement annuel composé de 7,8%, par rapport à 6,3% pour la moyenne des fonds communs d'actions canadiennes. Si vous aviez investi 10 000$ en 2004, vous auriez aujourd'hui 21 710$ avec le XIU, comparativement à 18 580$ dans un fonds commun. Une somme de 3130$ de plus dans vos poches, ça se prend bien!

Évidemment, il faut acheter les FNB chez un courtier, ce qui engendre des coûts de transactions. Mais certaines firmes de courtage internet (ex.: iTrade, Questrade, Qtrade, Virtual Brokers) permettent d'acheter des FNB sans commission. Voilà la recette idéale pour les investisseurs qui veulent réduire leurs frais au maximum.

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Même si les Canadiens peuvent être fiers de cette innovation financière, les FNB entraînent aussi de nouveaux risques, comme l'a fait ressortir une étude de la Banque du Canada en décembre dernier. Rien qui menace significativement le système financier canadien, rassurez-vous. Mais il y a quand même matière à réflexion.

Les FNB qui investissent dans des titres moins liquides (ex.: des obligations de sociétés à rendement élevé) pourraient se retrouver dans l'embarras si un choc touchait ces titres (ex.: une vague de défauts de paiement de la part des sociétés).

Comme ces titres se négocient moins souvent, il deviendrait difficile d'établir la valeur exacte du FNB, si bien que les rachats pourraient être suspendus, provoquant ensuite des réactions néfastes en chaîne dans les marchés financiers.

Mais la Banque du Canada est davantage préoccupée par les FNB synthétiques qui utilisent des produits dérivés (swap sur le rendement total) pour reproduire le rendement de l'indice.

Cette formule comporte des avantages: des frais de gestion encore plus faibles, un rendement encore plus près de celui de l'indice.

Or, le swap repose sur une entente avec une contrepartie (généralement une banque) qui s'engage à livrer le rendement de l'indice en échange d'un taux de financement convenu. L'argent des investisseurs est investi dans des sûretés dont le rendement permet de payer les intérêts promis à la contrepartie. Jusqu'ici, tout baigne.

Mais si la valeur des sûretés ou les intérêts qu'elles engendrent diminuent, il y a un problème. Idem si la banque qui agit comme contrepartie s'effondre. Surtout qu'au Canada, les FNB synthétiques ne reposent que sur une seule contrepartie, alors qu'ailleurs dans le monde, les FNB synthétiques doivent avoir plusieurs contreparties différentes pour réduire les risques.

Jusqu'ici, les FNB synthétiques n'ont pas eu à subir de vagues de rachats massifs. Mais rien n'est impossible. Et tout cela pourrait ternir cette belle innovation financière «made in Canada».

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LES DATES

1990

Grande première mondiale. Les Toronto Index Participation Shares (TIPS) voient le jour au Canada. Ce tout premier fonds négocié en Bourse (FNB) reflète la performance du TSE35, l'ancien indice phare de la Bourse de Toronto.

1993

L'idée est reprise aux États-Unis avec la création des Standard&Poor's Depositary Receipts (SPDR), qui incluent les 500 plus grandes entreprises américaines. Le FNB qu'on surnomme «Spider» deviendra le plus important du monde, avec 194 milliards d'actifs.

2000

Au Canada, Barclays prend le contrôle des TIPS, qui deviendront les iShares S&P/TSX 60 Index. Mais plusieurs appellent simplement le pionnier des FNB par son symbole boursier: XIU. Encore aujourd'hui, il est le plus important FNB au Canada, avec 11 milliards sous gestion.

2009

L'américaine BlackRock met la main sur la famille iShares, encore aujourd'hui la plus importante du Canada. Juste après, BMO Banque de Montréal recrutera le père créateur des iShares au Canada, Rajiv Silgardo, pour lancer sa propre famille de FNB.

2011

Vanguard annonce sa venue au Canada. Le géant américain, reconnu pour ses frais modiques, incitera les concurrents à réduire leurs frais de gestion. La même année, trois nouveaux concurrents se lancent dans la mêlée: la Banque Royale, First Asset ainsi que le géant des fonds communs Invesco avec la famille PowerShares.

2013

La concurrence monte encore d'un cran. First Trust, 12e acteur en importance aux États-Unis, arrive au Canada. De son côté, l'ancien patron de Claymore se relance avec la famille Purpose Investments.




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