Une ville au régime

Il fallait être motivé pour entrer à l'hôtel de ville de Montréal, hier matin. Les manifestants qui bloquaient les portes ont fait un concert de sirènes et de trompettes pendant toute la durée du budget, le premier vrai du maire Denis Coderre.

Visiblement, les employés n'apprécient pas la cure minceur imposée par la nouvelle administration. Mais force est de constater que la recette fonctionne. La Ville de Montréal parviendra à réduire ses dépenses à 4,9 milliards de dollars en 2015, une diminution de 0,3% ou 12 millions.

Cette baisse peut sembler mince. Mais il s'agit d'un tour de force. Une ville qui réduit ses dépenses, ça ne court pas les rues. Pour vous donner une idée, les municipalités du Québec ont plutôt augmenté leurs dépenses de 6% par année, en moyenne, depuis cinq ans.

À Montréal, personne ne se souvient de la dernière fois que le budget a fondu. Chose certaine, cela ne s'est pas produit depuis la création de la nouvelle ville, en 2002. Sous l'ancienne administration, les dépenses ont plutôt augmenté à un rythme annuel de 3,7%.

Pour 2015, le gros des économies viendra de la main-d'oeuvre. Au cours de la dernière décennie, l'effectif de la Ville de Montréal avait augmenté de 12% pour atteindre 22 423 travailleurs. La rémunération globale, qui représentait 43% du budget à la naissance de la Ville, avait gonflé jusqu'à 53%.

Mais l'an prochain, elle redescendra à 49% du budget. Primo, la Ville a mis en place un programme d'attrition visant l'abolition d'un poste sur deux lorsqu'un employé quitte la fonction publique. La disparition de 410 emplois permettra des économies de 33 millions.

Secundo, les régimes de retraite vont coûter moins cher, en raison des bons rendements des dernières années (53 millions), mais aussi des économies qui découleront de l'adoption du projet de loi 3 (49 millions).

Rappelons que les employés devront assumer la moitié des coûts de leur régime et que les retraités perdront l'indexation automatique de leur rente - d'où le tintamarre de sirènes, de klaxons et de vuvuzelas.

***

Les Montréalais peuvent-ils se réjouir de ce coup de barre? Oui. Sauf que leurs taxes vont augmenter de 2,2%, même si les dépenses de la Ville sont en baisse.

Pourtant, le maire avait promis de maintenir la hausse des impôts fonciers en dessous de l'inflation. Pour l'an prochain, le Mouvement Desjardins prévoit 1,6% d'inflation dans l'ensemble du Québec. Or, la Ville se fonde sur les prévisions du Conference Board, le seul à faire des prévisions pour Montréal. Comme ça tombe bien: celui-ci s'attend à 2% d'inflation en 2015.

La Ville jure donc qu'elle tient promesse, car les taxes attribuables à la ville centre se limitent à 2% (1,8% du côté résidentiel et 2% du côté non résidentiel). Mais quand on ajoute les taxes imposées par les arrondissements, les chiffres grimpent.

C'est ainsi que les taxes s'élèveront à 2,2% en moyenne, du côté résidentiel. Pour une maison moyenne d'une valeur de 410 000$, les propriétaires peuvent s'attendre à une augmentation de 63$ à la ville centre et de 14$ dans leur arrondissement, ce qui représente une augmentation totale de 77$.

Mais la hausse sera plus salée dans certains arrondissements, soit parce que la valeur des propriétés y a grimpé plus vite que la moyenne, soit parce que l'arrondissement a pesé plus fort sur le crayon. On pense ici au Plateau-Mont-Royal (+ 4,5%), au Sud-Ouest (4%) et à Rosemont-La Petite-Patrie (+ 3%).

***

Il faut dire que dans l'écosystème politique, les arrondissements sont en bas de la chaîne alimentaire. On en a un bel exemple ces jours-ci.

Alors qu'Ottawa s'apprête à dégager d'importants surplus ces prochaines années, les provinces qui nagent encore en plein déficit se plaignent du déséquilibre fiscal. Que font les provinces? Elles se tournent vers les villes. Et que font les villes? Elles se tournent vers les arrondissements. Voyez plutôt.

Dans le cadre du Pacte fiscal transitoire, Québec vient d'imposer des compressions aux municipalités. Pour Montréal, la facture s'élève à 68 millions, pratiquement la même somme que la hausse des charges fiscales, qui rapportera 62 millions.

Imaginez: sans cette ponction de Québec, les taxes des Montréalais auraient pu rester au point mort. Croissance zéro! Aucune augmentation!

Mais ne rêvez pas en couleur. Le maire n'a pas l'intention de geler vos taxes, encore moins de les réduire, même si les impôts fonciers des Montréalais sont particulièrement élevés.

Le maire Coderre s'en tiendra à l'inflation, un point c'est tout. Si Québec ne lui avait rien demandé, il aurait payé davantage de dépenses au comptant et remboursé plus rapidement des sommes dues, afin d'améliorer son bilan.

De leur côté, les arrondissements sont aux prises avec la réforme du financement qui fait en sorte que la ville centre acheminera plus d'argent aux arrondissements qui étaient sous-financés, mais privera les arrondissements mieux nantis de ces mêmes sommes.

Alors que font ces arrondissements? Ils instaurent une taxe Coderre. Et qui paie la note? Le contribuable.




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