Hydro lui réclame 5000 $ dus par l'ancien locataire

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À 23 ans, c'était son premier appartement, son premier compte d'Hydro-Québec. On peut dire que Philip Enchill ne l'a pas eu facile. Depuis six mois, la société d'État le talonne pour qu'il paie la facture de 5000 $ de l'ancien locataire qui a quitté le pays sans acquitter sa dette.

Bien sûr, il refuse. Où voulez-vous qu'un étudiant à l'Université de Montréal déniche 5000 $ ? Et de toute façon, pourquoi devrait-il payer la dette d'un autre ?

Depuis qu'il a emménagé en mai dernier, M. Enchill s'est fait couper le courant à deux reprises. Hydro l'a privé d'électricité deux semaines au printemps dernier, le temps de faire enquête. On l'a ensuite rebranché. Mais depuis un mois, il est à nouveau privé de courant.

M. Enchill a l'impression qu'Hydro-Québec le prend pour un fraudeur parce qu'il connaissait l'ancien locataire, un Rwandais qu'il côtoyait au cégep. De temps à autre, il lui arrivait de dormir à l'appartement situé dans le quartier Villeray, à Montréal, qui se trouvait assez près de l'école.

Quand son « ami » a quitté le Canada, il a loué l'appartement sans se douter de quoi que ce soit. Depuis, il est sans nouvelle de son ancien camarade de classe.

Même s'il connaissait l'ancien locataire, même s'il est demeuré de temps en temps à l'appartement au cours des dernières années, M. Enchill n'était aucunement responsable du compte d'Hydro. Son nom ne figurait absolument pas sur le bail. « La propriétaire a appelé Hydro pour leur dire », souligne-t-il.

Rien à faire. La dette de 5000 $ lui pend toujours au bout du nez.

Hydro n'en démord pas. Lors d'une conversation téléphonique avec le jeune homme, une préposée lui a demandé : « Acceptez-vous la responsabilité du compte ? » Il a répondu par l'affirmative, sans réaliser que cela signifiait qu'il acceptait du même coup la dette de l'ancien locataire. Depuis, Hydro considère qu'il doit payer la note.

Pour se sortir de ce bourbier, l'étudiant a fait appel à un avocat le mois dernier. La rencontre d'une heure et la mise en demeure que l'avocat a envoyée à Hydro-Québec lui ont coûté 390 $. Résultat : zéro.

Quelqu'un lui a ensuite suggéré d'aller à l'aide juridique qui permet d'obtenir les services d'un avocat gratuitement.

J'ouvre ici une parenthèse. Le seuil d'admissibilité à l'aide juridique gratuite a été relevé depuis le 1er janvier 2014. Désormais, les personnes qui gagnent moins que 16 306 $ par année peuvent y avoir accès (contre 14 140 $ auparavant). À partir de 2015, le seuil correspondra au salaire d'une personne qui travaille 35 heures par semaine au salaire minimum (environ 19 000 $). Fin de la parenthèse.

« Avoir su, je serais allé à l'aide juridique dès le début », s'exclame M. Enchill. Mais comme son dossier n'était pas encore réglé la semaine dernière, sa belle-mère lui a suggéré de m'appeler.

J'ai passé un coup de fil à Hydro-Québec mardi après-midi. Mercredi matin, ô surprise, le jeune homme avait enfin de l'électricité. Et sa dette s'était évanouie. Comme par magie.

Je me réjouis de cette conclusion. Mais je me désole qu'Hydro-Québec ait laissé pourrir pendant six mois un dossier apparemment si simple à régler. J'espère qu'on lui offrira un dédommagement après lui avoir causé autant d'ennuis.

Hydro-Québec m'a expliqué que toute cette malheureuse histoire découlait d'une confusion.

Avant de transférer le compte, la société d'État voulait discuter avec la propriétaire. N'ayant pas réussi à la rejoindre, Hydro a coupé le courant le 9 mai. Le 12 mai, la propriétaire a finalement confirmé à Hydro qu'elle avait un nouveau locataire. Mais ce n'est que neuf jours plus tard, soit le 21 mai, qu'Hydro a rétabli le courant.

Curieusement, ce jour-là, un représentant d'Hydro-Québec a aussi parlé à M. Enchill. Ce représentant a compris que le jeune homme acceptait de prendre la dette sur ses épaules, après lui avoir posé une question alambiquée.

« Il y a eu un certain malentendu. Hydro-Québec est vraiment désolée des inconvénients que cela a pu causer. Nous, on a agi de bonne foi », m'a dit la porte-parole Nathalie Vachon.

Normalement, Hydro-Québec n'impute jamais la dette d'un ancien locataire à personne, ni au locataire suivant ni au propriétaire. La créance est transférée à une agence de crédit, un point c'est tout.

Mais il s'agit d'une solution de dernier recours. Pour se faire payer, Hydro envoie d'abord plusieurs avis et rappels. Ensuite, il peut interrompre le service. En 2013, 38 000 clients résidentiels ont ainsi perdu le courant, une baisse de 7 % par rapport à 2012.

Mais il y a un moratoire durant l'hiver, soit du 1er décembre au 31 mars, pour les clients dont la résidence principale est chauffée à l'électricité. Mais ce n'est pas automatique. À partir de la mi-novembre, les mauvais payeurs sont avisés par écrit qu'ils peuvent demander d'être rebranchés.




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