Mes étés zéro techno

Tous les étés, Stéphanie Grammond (ici âgée de... (PHOTO ARCHIVES PERSONNELLES DE STÉPHANIE GRAMMOND)

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Tous les étés, Stéphanie Grammond (ici âgée de 4 ans) et sa famille passaient deux mois au lac Simon, en Outaouais.

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Pas de téléphone au chalet. Quand j'étais petite, c'était la règle de base pour véritablement décrocher en vacances. Comme ça, le «bureau» ne pouvait pas déranger mon père et perturber les vacances familiales.

Avouez que la règle demeure criante d'actualité avec l'avènement du téléphone intelligent et des médias sociaux.

Au chalet, il n'y avait pas de télévision non plus. Pas de radio, à part une dévoreuse de cassettes qui ne captait aucun poste. Et, bien entendu, il n'y avait pas d'internet, pas de Wii et encore moins de tablette électronique. En fait, il n'y avait pas d'écran, point.

Quand je raconte à mes préados que les ordinateurs n'existaient pas durant ma tendre enfance, je passe pour un fameux dinosaure.

Mais contrairement à mes enfants qui supportent mal la vie sans connexion Wi-Fi (après trois semaines, leurs symptômes de sevrage se manifestent clairement), je me passais assez bien de technologie durant les deux mois ininterrompus que nous passions au lac Simon, en Outaouais, tous les étés.

Au bord de l'eau, il y avait moyen de s'occuper, pour peu que le soleil soit au rendez-vous. Je capturais des couleuvres. J'emprisonnais des grenouilles et des crapauds. Mon frère qui avait un esprit plus scientifique attrapait des ménés et tentait de les électrocuter en plaçant les malheureux poissons sur une batterie neuf volts.

Du haut de mes 4 ans, j'ai fait mes débuts en ski nautique. Une passion. Puis il y a eu la voile. Mais il a fallu du temps avant que je comprenne comment remonter au vent. Quand j'étais tannée de dériver, j'échouais chez des voisins, bien obligés de me remorquer à la maison.

Au fil des ans, je suis devenue spécialiste en naufrages. J'en ai vu de toutes les couleurs avec nos embarcations d'occasion: le moteur du bateau qui prend feu, le mât du voilier qui me tombe sur la tête... mais c'était déjà mieux que le voilier précédent, une espèce de picouille qu'on avait bourrée de styromousse parce qu'il avait la mauvaise habitude de couler quand il versait. Pas pratique.

Aujourd'hui encore, nous avons un canot qui prend l'eau. Vaut mieux le réparer qu'en acheter un neuf, assure ma mère.

La glaise qu'on trouvait au fond de la baie m'a aussi occupée durant des heures et des heures. Pour faire de la poterie, c'est cent fois mieux que n'importe quelle pâte à modeler. Parfait aussi pour s'enduire le corps du front jusqu'aux orteils, ce qui nous donnait l'air de bonhomme vert. Pas trop chic? Bah! Aujourd'hui, les gens paient très cher pour un enveloppement d'algues, de boue ou d'argile dans les spas à la mode.

Par temps gris, on allait cueillir des bleuets, des framboises et des mûres que ma mère transformait en tartes ou en shortcakes délectables. Mais il fallait de la patience pour remplir un contenant de deux litres de fruits des champs, plus petits mais tellement meilleurs que ceux cultivés.

Parfois, nous avions de la concurrence. Un soir que j'étais partie cueillir des framboises avec ma cousine, en écartant quelques branches pour atteindre une framboise particulièrement alléchante, j'aperçus un ours qui convoitait le même fruit que moi de l'autre côté du framboisier. Nous avons décampé en lançant nos plats de framboises en l'air. Heureusement, l'ours aussi effrayé que nous a grimpé dans un arbre.

Pendant des années, quand on se promenait dans le chemin le soir, on s'amusait à lancer subtilement une grosse roche pour faire du bruit dans la forêt et laisser croire aux autres qu'un ours rôdait aux alentours.

Quand la pluie s'installait, c'était moins rigolo. Que faire quand on est coincé dans un petit chalet d'été, sans aucune activité possible à heure à la ronde? Lire. Lire. Lire encore. Les hauts et les bas de la Comédie humaine. Les déboires de la famille Rougon-Macquart. Jouer au Scrabble. Tourner en rond.

Je veux bien croire que l'ennui stimule l'imagination chez les enfants, mais après une semaine à regarder la pluie tomber, j'aurais bien pris une télévision. Et aujourd'hui, je ne dirais pas non à une connexion Wi-Fi, ne serait-ce que pour lire La Presse+ tranquillement le matin. Quoiqu'un congé de nouvelles, ça ne fait pas de tort non plus.

Mais ce qui nous manquait le plus au chalet, c'est indéniablement un lave-vaisselle, le meilleur ami de l'homme et de la femme à mon humble avis. De nos jours, pourquoi se priver de cette fabuleuse invention de l'Américaine Josephine Cochrane primée lors de l'exposition universelle de 1893?

Cuisinée récemment par mes enfants, ma mère prétend encore que faire la vaisselle à la main est une activité «conviviale». Disons que l'argument ne les a pas trop convaincus.




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