Pas si mal, la jeunesse d'aujourd'hui

Avec le vieillissement de la population, l'équilibre intergénérationnel est au coeur de nombreux débats de société qui enflamment le Québec.

Les jeunes craignent de se retrouver avec un fardeau disproportionné sur les épaules à cause du poids de la dette, des coûts du système de santé et des régimes de retraite déficitaires. Déjà, ils savent qu'ils devront cotiser trois fois plus à la Régie des rentes du Québec pour obtenir les mêmes prestations que leurs parents. Injuste!

Un instant! rétorquent les baby-boomers, toujours nombreux à m'écrire pour défendre leur génération.

- J'en ai assez qu'on accuse ma génération d'avoir mis la jeunesse d'aujourd'hui dans le trou.

- Est-ce que les jeunes vont me créditer pour le Régime québécois d'assurance parentale dont les cotisations augmentent constamment depuis sa création? Et les garderies à 7$? Et le programme de soutien aux enfants?

Il est vrai que la génération Y profite de nombreux avantages auxquels les baby-boomers n'ont pas eu droit dans leur jeunesse.

Lors du printemps érable, certains commentateurs ne se sont pas gênés pour dépeindre les carrés rouges comme des bébés gâtés qui faisaient la belle vie en buvant de la sangria et en parlant au cellulaire sur une terrasse à Outremont. Rien pour combler le fossé entre les générations!

Au-delà des mythes et des idées reçues, les jeunes d'aujourd'hui ont-ils la vie plus ou moins facile que ceux d'hier?

Une étude publiée hier par Sal Guatieri, économiste chez BMO Marchés des capitaux, confirme que la génération Y s'en tire assez bien, merci. En fait, les jeunes de 25 à 34 ans ont un meilleur niveau de vie que leurs parents lorsque ceux-ci ont entrepris leur carrière il y a 25 ou 30 ans.

Il faut dire que le marché du travail est beaucoup plus clément en 2014 qu'au milieu des années 80. À cette époque, l'économie se relevait péniblement de la récession et le taux de chômage chez les jeunes atteignait 10%, par rapport à 7% à l'heure actuelle.

Plus scolarisés, les jeunes d'aujourd'hui gagnent un peu plus que leurs parents en début de carrière. En tenant compte de l'inflation, le revenu médian des 25-34 ans est passé de 33 900$ en 1984-1988 à 34 700$ en 2011.

Cela signifie que les Y peuvent dépenser 2% de plus chaque année que les X dans les années 80, ce qui n'est pas à négliger.

Mais attention: la jeunesse d'aujourd'hui gagne toujours 13% de moins que celles des années 70 qui avait un revenu médian de 40 000$ (en dollars de 2011). Les deux récessions des années 80 et 90 ont été très dures pour les jeunes. En dollars constants, leur revenu médian est tombé jusqu'à 28 000$ en 1996, l'année la plus sombre pour les jeunes travailleurs.

Les jeunes familles d'aujourd'hui sont aussi plus riches. Leur valeur nette, c'est-à-dire la différence entre leurs avoirs et leurs dettes, s'établit à 52 000$. C'est pratiquement le double de ce que leurs parents possédaient trois décennies plus tôt, toujours en tenant compte de l'inflation.

Cependant, les jeunes sont plus endettés qu'il y a 30 ans, comme l'ensemble de la population canadienne d'ailleurs.

Bien sûr, les jeunes doivent dépenser beaucoup plus que leurs parents pour acheter une maison. Le prix d'une maison moyenne s'élève à 10 fois le revenu d'une jeune famille, un ratio qui a doublé en 30 ans.

Même si les taux d'intérêt sont à un creux historique, les jeunes ménages qui font actuellement leur nid se retrouvent avec des paiements hypothécaires plus élevés que leurs parents qui ont dû composer avec des taux supérieurs à 10% dans les années 80, constate M. Guatieri.

Mais il est vrai que les maisons sont plus vastes et plus spacieuses. Et il est vrai aussi que les jeunes paient moins cher pour plusieurs autres produits, à commencer par les véhicules.

Au final, l'économiste conclut que la jeunesse d'aujourd'hui est dans une meilleure position financière que ne l'était celle des années 80.

Au Québec, l'Indice québécois d'équité entre les générations, lancé en avril dernier, pointe dans la même direction. Plus de diplômes. Moins de chômage. Un peu plus d'argent dans leurs poches. Mais davantage de dettes et de dépression. Sur 27 indicateurs analysés,

15 ont évolué en faveur de jeunes depuis 25 ans.

Est-ce à dire que les jeunes n'ont pas de quoi se plaindre? Ce n'est pas ce que j'ai dit! Ces études font le portrait de la situation actuelle. Mais l'avenir reste préoccupant. Les jeunes d'aujourd'hui et de demain réussiront-ils à maintenir leur niveau de vie alors que les nuages s'accumulent sur les finances publiques? Rien n'est moins sûr.

D'ici là, chaque débat public, qu'il s'agisse de la restructuration des régimes de retraite ou du financement des garderies à 7$, devrait se faire en gardant à l'esprit les principes d'équité intergénérationnelle pour s'assurer que chacune des cohortes y trouvera son compte à l'avenir.




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