Je vote pour l'indépendance... à la retraite

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La campagne électorale a pris une tournure référendaire avec l'arrivée de PKP dans la caravane péquiste. Du coup, les enjeux financiers qui ont un impact sur le portefeuille des particuliers ont été relégués aux oubliettes: les trous dans la protection des épargnants, les problèmes de surendettement... et surtout le manque criant d'épargne-retraite des Québécois.

En pleine campagne, ce n'est pas le temps de battre en retraite sur un enjeu aussi crucial.

Je vous rappelle que la moitié des travailleurs québécois, soit près de 2 millions de personnes, ne bénéficient d'aucune forme de régime de retraite avec leur employeur. Même pas un petit REER collectif. Rien.

Ces travailleurs sont totalement laissés à eux-mêmes pour planifier leurs vieux jours. Or, il faut se lever de bonne heure pour économiser assez d'argent pour se bâtir une retraite semblable à celle dont bénéficient les travailleurs qui ont un bon vieux régime à prestations déterminées. Après 35 ans de loyaux services, ceux-ci peuvent s'attendre à une rente correspondant à 70 % de leur salaire à 60 ans.

Pour y arriver tout seul, un travailleur qui gagne 70 000 $ par année devrait épargner 28 % de son salaire à partir de l'âge de 20 ans. Ça ne marche pas!

Même en reportant sa retraite à l'âge plus réaliste de 65 ans, le travailleur devrait injecter 18 % de son salaire dans son REER dès l'âge de 20 ans pour obtenir 70 % de son salaire à la retraite (en incluant la PSV et la RRQ). Un effort considérable.

Et même en se contentant de revenus de retraite équivalant à seulement 50 % de son salaire, le travailleur devrait encore économiser 10 % de son salaire, dès 20 ans.

Combien de travailleurs ont une telle discipline? Très, très peu.

En fait, presque la moitié des familles de la classe moyenne n'épargne pas suffisamment pour la retraite, selon la Régie des rentes du Québec (RRQ). Si rien n'est fait, elles subiront une chute majeure de leur niveau de vie à la retraite. Un choc personnel. Mais aussi un choc pour l'économie. D'où l'urgence d'agir.

Rente longévité? RRQ bonifiée?

Peut-être a-t-on l'impression que tout est réglé depuis le dépôt du rapport du comité D'Amours qui a fait ses propositions pour rénover de fond en comble notre système de retraite.

Les péquistes ont repris la balle au bond. Pour la réforme des régimes de retraite des municipalités, qui croulent sous les déficits, une restructuration se dessine. Tant mieux.

Mais pour les travailleurs qui n'ont pas de régime de retraite, on est au point mort.

Les syndicats voudraient bonifier la RRQ pour couvrir tous les travailleurs adéquatement. Mais Québec ne peut pas faire cavalier seul. Et le ministre des Finances du Canada, Jim Flaherty, refuse catégoriquement d'envisager cette voie, malgré un rare consensus des provinces. Fin de la discussion.

Pour la rente longévité proposée par le comité D'Amours, libéraux et péquistes sont aussi tièdes l'un que l'autre.

La mise sur pied de la rente longévité «nécessitera une analyse approfondie de concert avec les autres provinces et territoires et le gouvernement fédéral», prévient le PQ.

«Dans le contexte économique actuel précaire, imposer des taxes sur la masse salariale qui pourraient amputer jusqu'à 0,8 % du PIB serait imprudent», ajoute le PLQ.

Bon. Alors, quoi d'autre?

Le mirage du RVER

Surtout, il ne faut pas croire que le Régime volontaire d'épargne-retraite (RVER) réglera tous les problèmes.

Dès juillet prochain, les entreprises commenceront à offrir le RVER. Mais ce n'est qu'à partir de 2018 que toutes les sociétés qui n'ont pas déjà un régime de retraite seront véritablement obligées d'offrir un RVER si elles ont au moins cinq employés. Ça nous mène loin.

Avec le RVER, le gouvernement voulait offrir un régime de retraite, pas cher et pas compliqué, à tous les Québécois.

Le projet de règlement publié mercredi nous apprend que les frais annuels seront plafonnés à 1,25 % pour l'option par défaut, obligatoirement un fonds cycle de vie où le niveau de risque évolue en fonction de l'âge de l'investisseur. Les frais seront limités à 1,5 % pour les autres options.

D'accord, ces frais seront deux fois moins élevés que ceux imposés en moyenne par les fonds communs de placement. Mais ils restent beaucoup plus salés que ceux d'un régime de retraite.

Québec aurait pu mettre davantage de pression sur l'industrie, en plaçant le plafond plus bas ou en offrant lui-même une option par défaut comme en Suède, où les frais sont d'à peine 0,12 %.

Qui empêche Québec de faire la même chose? Pourquoi les épargnants ne pourraient-ils pas confier leurs économies à la Caisse de dépôt et placement du Québec, à travers le RVER, afin de bénéficier de frais vraiment modiques?

Mais le plus grand défaut du RVER, c'est que personne ne sera obligé d'épargner. Ni l'employé. Ni l'employeur. Par défaut, les travailleurs verseront 4 % de leur salaire en 2019. Mais ils pourront se retirer en tout temps.

Et ceux qui continueront d'épargner risquent de croire qu'ils en auront assez pour se payer une retraite décente alors que 4 %, c'est clairement insuffisant. En Australie, par exemple, les cotisations s'élèveront à 12 %... et elles sont obligatoires.

Le RVER n'est pas mauvais. Mais il faut aller beaucoup plus loin. Aux partis politiques de nous dire comment...




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