Chronique

Ricardo, la France et nous

La directrice de la rédaction du magazine Elle... (Photo André Pichette, archives La Presse)

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La directrice de la rédaction du magazine Elle à table, Sandrine Giacometti, a présenté ses excuses après la publication d'un article sur Ricardo multipliant les clichés sur le Québec.

Photo André Pichette, archives La Presse

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C'est le brûlot de la rentrée. L'article qui a insulté tout le Québec. Un portrait de notre Ricardo national dans le magazine français Elle à table. Dès les premiers mots, on s'énerve :

« Canadien d'expression française, le baron des médias culinaires nord-américains, Ricardo Larrivée, suivi par des millions de followers, édite un magazine dans les deux langues de son pays. »

Canadien d'expression française ! Non, mais franchement ! C'est qui la source de ce reporter ? Elvis Gratton ! Pourquoi ne pas avoir écrit, tout simplement, Québécois ? Han, le mec ! ?

Cela dit, ça s'explique. Il ne pensait sûrement pas nous humilier en choisissant ce terme. Qu'on le veuille ou non, sur notre passeport, c'est écrit Canadien. Notre chaîne de télé publique s'appelle Radio-Canada. Notre club de hockey s'appelle le Canadien. Et quand Alexandre Bilodeau remporte une médaille d'or aux Jeux olympiques, on entend l'Ô Canada. Alors faut pas s'étonner si le reste du monde nous appelle des Canadiens. C'est normal. Parce que jusqu'à preuve du contraire, c'est ce que nous sommes. Ricardo est un Canadien d'expression française. Jean-François Lisée est un Canadien d'expression française. Vous êtes un Canadien d'expression française. 

Je sais que pour nous, un Canadien d'expression française, c'est Damien Robitaille. Mais c'est nous aussi. Tant et aussi longtemps qu'on ne votera pas Oui, ce sera ainsi. 

C'est bête de même. On appelle quelqu'un qui vit en Italie un Italien, quelqu'un qui vit au Japon un Japonais, et quelqu'un qui vit au Canada un Canadien. Faut s'y faire.

Ce n'est pas la seule phrase qui a heurté notre susceptibilité. Il y a aussi celle-ci : 

« Portrait à l'huile et au beurre d'un ambassadeur de la Nouvelle-France. »

La Nouvelle-France ! Allô ! ? La Nouvelle-France n'existe plus depuis 1760. La France nous a laissés tomber, il y a 256 ans. Nos quelques arpents de neige ne l'intéressaient pas. On se démerde depuis. Pour sauver notre langue et notre cul. Plutôt mieux que mal. Ricardo est un ambassadeur du Québec. Q-U-É-B-E-C. Ça va pour le Canadien du début, mais cette fois, il était temps de prendre la désignation la plus moderne de notre identité. Cela dit, encore une fois, l'auteur du portrait ne voulait sûrement pas mal faire. Le plus grand compliment qu'un Français puisse faire à quelqu'un, c'est de le traiter de Français. Si Ricardo fait bien à manger, faut que ce soit un Français. Un néo-Français.

Autre moment d'errance dans l'article du Elle à table : 

« Il y a chez lui, comme en tout Québécois, une vénération de la retraite dans l'érablière, équivalent québécois de la palombière ou de la datcha. »

Ben là ! Les nerfs ! Et un peu plus loin, on qualifie Ricardo de « gentleman trappeur ». Ça fera ! C'est à se demander s'il n'y a pas eu erreur sur la personne. Le magazine a confondu Ricardo avec Martin Picard d'Au pied de cochon. Ils n'ont pas suivi le bon chef ! Ricardo est plus porté sur la mijoteuse que sur la cabane à sucre. Et s'il a un côté gentleman, c'est plus un gentleman coquet qu'un gentleman des bois. 

Cousins français, arrêtez de nous voir comme des trappeurs. On ne trappe pas ! Jamais. Notre père et notre grand-père non plus. Le seul Québécois qui a l'expérience de la trappe, c'est Jacques Lemaire.

Maintenant, est-ce que l'érablière est l'équivalent québécois de la palombière ? Bonne question. Pour y répondre, faudrait savoir ce que c'est, une palombière. La palombière est un abri de chasseurs dans lequel ceux-ci attendent de tirer sur des palombes. Pas rapport. On ne va pas à la cabane à sucre chasser l'oreille de crisse ou le pet de soeur. Le crisse et la soeur sont déjà morts quand on les met dans notre bouche. La cabane à sucre n'est pas davantage une datcha, la résidence secondaire à la campagne des Russes. On ne reste pas à la cabane à sucre. On s'empiffre comme des cochons durant deux heures, pis on revient digérer ça pendant deux semaines chez nous. En ville. Dans notre condo du Mile End.

La directrice de la rédaction du magazine Elle à table, Sandrine Giacometti, s'est excusée, auprès de tous les Québécois, pour ce prix Goncourt du cliché. C'est très gentil de sa part. Vous êtes pardonnée. La volonté des réseaux sociaux a gagné. Vive le Québec libre et respecté ! Entre vous et moi, c'est très bien de refuser d'être caricaturé, mais il faut avouer qu'on n'est pas mieux. Quand on parle des gens qui viennent d'ailleurs, nous aussi, on tombe dans le folklore. Tous nos portraits de personnalités acadiennes ont des références à la Sagouine, aux homards et à l'heure plus tard dans les Maritimes. Et quand on décrit quelqu'un du Saguenay, il est question de bleuets, de tartes et de Hi ! Ha ! Tremblay. On appelle ça le style. L'art d'épicer ses propos. Faut juste savoir doser. Comme en cuisine. Un bol de bines dans le sirop, c'est bon. Trois bols de bines dans le sirop, c'est dangereux. Ça risque d'entraîner des réactions.

Au-delà de ce qui a hérissé notre poil de caribou, le fond du papier était plutôt sympathique. Ricardo va-t-il conquérir le marché français ? On le lui souhaite. Pourvu qu'il ne nous revienne pas avec un béret sur la tête, une baguette sous le bras et des photos de ses gosses. Cliché, quand tu nous tiens...

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