Le Samedi saint

Le Samedi saint, c'est le saint rien, écrit... (PHOTO Ralph Orlowski, REUTERS)

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Le Samedi saint, c'est le saint rien, écrit notre chroniqueur.

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Pourquoi il ne se passe rien, le Samedi saint ?

C'est une des questions existentielles de mon enfance. Chaque fois que ma mère, la maîtresse ou le prêtre nous racontait la tragique histoire, ça me titillait.

La Passion du Christ débute le Jeudi saint. Le soir de la Dernière Cène. Jésus mange une dernière fois avec ses disciples. Vous vous rappelez ? Léonard de Vinci en a pris un très beau selfie. Jésus au milieu de ses chums regardant ses mains qui souffriront bientôt. Jésus bénit le pain et le vin pour la première fois. Ceci est mon corps, ceci est mon sang. Il lave aussi les pieds de ses apôtres. On ne sait pas trop si c'est avant ou après avoir mangé, mais espérons que ce n'est pas pendant.

Puis Jésus se rend au jardin de Gethsémani. À ne pas confondre avec le jardin de Ghomeshi, où il se passe des trucs bizarres. Donc pendant que Jésus se recueille au jardin de Gethsémani, Judas arrive avec l'armée romaine. Il embrasse Jésus, indiquant ainsi aux légionnaires qu'il est l'homme à arrêter. On appelle ça le baiser de Judas. La version moderne du baiser de Judas est le vote de confiance du DG. Quand le directeur gérant embrasse son coach en lui donnant un vote de confiance, c'est signe qu'il va bientôt le congédier. Mais ne mêlons pas la passion du CH avec celui du J.-C. Les gardes s'emparent de Jésus et l'emprisonnent.

Durant la nuit, il est jugé. On le condamne à mort parce qu'il prétend être le Messie. Au petit matin, avant que le coq n'ait chanté trois fois, Pierre aura renié Jésus en prétendant ne pas le connaître.

Vendredi matin, Jésus comparaît devant Ponce Pilate. Celui-ci s'en lave les mains. Lavage des pieds, lavage des mains, il devait avoir sûrement une épidémie de grippe qui courait. En ce week-end de la Pâque juive, Ponce Pilate demande au peuple de choisir un prisonnier à libérer : Jésus ou Barabbas ? Sonder l'opinion des gens, ça ne date pas des réseaux sociaux. Les prisonniers étaient populaires, bien avant Unité 9. Le peuple vote pour Barabbas. On a bien le droit de se tromper de temps en temps.

La justice, dans ce temps-là, ne niaisait pas avec la puck. Jésus, arrêté dans la nuit du jeudi au vendredi, est crucifié l'après-midi même. On lui fait porter sa croix, de station en station. À cette époque, ils avaient des stations, mais ils n'avaient pas de métro, encore, fallait que tu marches entre les stations. Dans le fond, c'est comme maintenant quand il y a des pannes. Soit un jour sur deux.

Jésus tombe trois fois. À 15 h, le vendredi, il meurt en croix. Un éclair traverse le ciel. Jésus est mort, un Dieu est né.

Puis, le dimanche matin, Jésus ressuscite. Rien que ça. Quel exploit ! C'est comme si le Canadien finalement, gagnait la Coupe Stanley, cette année. Triompher de la mort, faut le faire.

Quelle histoire, quand même ! Il y a de tout. Héroïsme, trahison, sang et fouet. Et quand tu penses que le gars meurt à la fin, ben non, il ressuscite. La totale. C'est juste que moi, chaque fois qu'on me racontait ce récit, toujours la même question me venait à l'esprit : que s'est-il passé le samedi ?

Récapitulons l'agenda du Seigneur. Jeudi : Dernière Cène et arrestation. Vendredi : jugement, condamnation, crucifixion, mort. Dimanche : résurrection. Samedi ? Rien. Aucune action dramatique. Les gens font leur Costco. Pas de manifestation. Pas de cataclysme venu du ciel. Pas de pacte avec le diable. Pourquoi Jésus n'a pas décidé de ressusciter le samedi ? Le day after. Cloué le vendredi. Sur le piton le samedi ! « Quins, toé » ! Ben non, il a attendu au dimanche. Sûrement que le symbole de la renaissance était plus fort, en faisant ça le dimanche de Pâques. Les dieux sont forts sur les symboles.

Tout ça pour dire que le Samedi saint, c'est le saint rien. Ma mère, la maîtresse ou le prêtre me répondait : « Qu'est-ce qui s'est passé le samedi ? Qu'est-ce qui s'est passé le samedi ? Pourquoi tu veux savoir ça ? Ben, le samedi, les gens avaient de la peine. C'est ça. »

C'est ce qui me fascinait. Le samedi, l'événement n'était pas à l'extérieur. L'événement était en dedans. Pour donner un sens à tout ça, fallait avoir le temps d'avoir de la peine.

Ce sont les journées les plus difficiles, celles qu'on vit en dedans. Le samedi, les gens accusaient le coup. Le samedi, on réalisait ce qui venait de se passer. Le samedi, on commençait déjà à attendre le Messie.

Mardi, pour tous les proches des victimes des attentats de Bruxelles, c'était la journée-choc. La journée du drame. Le 11-Septembre. Mais mercredi, pour tous les proches des victimes des attentats de Bruxelles, c'était la journée où le drame est devenu réalité. Ce n'est plus une nouvelle. C'était un état. C'était un fait. Les êtres aimés ne sont plus là. Les êtres aimés ne seront plus là. Dans leur cas, il n'y aura pas de résurrection. En tout cas, pas dans ce monde. Toutes les journées seront des Samedis saints. Des journées qui se passent par en dedans. En attendant.

Nous qui avons la chance de ne pas avoir des amours ou des amis tués par les actes de terreur, on vit ces catastrophes comme des électrochocs. Ça nous bouleverse tant qu'il se passe quelque chose. Tant que les réseaux de nouvelles nous alimentent en informations. Puis quand ils n'en parlent plus, on passe à autre chose.

Le Samedi saint, on va à la cabane à sucre. Tous ces drames sont pour nous des histoires. De terribles histoires, mais j'ai l'horrible sensation qu'on commence même à s'y habituer.

Faut pas. Faut surtout pas. Pour que cesse la haine, il faut que l'on vive la douleur des autres, par en dedans, pas juste de l'extérieur. Il faut que le lendemain, tout s'arrête pour nous aussi. Jusqu'au jour où l'amour renaîtra.

Salutaire Samedi saint à tous.

Et joyeuses Pâques, demain !

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