Imagine Paris

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Samedi dernier, le sang était encore frais sur les trottoirs de Paris, les larmes coulaient abondamment sur les joues des passants, Davide Martello, un musicien allemand de 34 ans, a installé son piano ambulant devant le Bataclan, et il s'est mis à jouer Imagine de John Lennon. Seulement la musique. Les paroles défilaient, toutes seules, dans le coeur des gens autour.

Imagine, ce n'est pas une chanson d'amour fleur bleue. Imagine, c'est un programme politique. Imagine, c'est un manifeste. La plus engagée de toutes les tounes.

Imagine there's no heaven,

It's easy if you try,

No hell below us,

Above us only sky,

Imagine all the people,

Living for today...

Imagine qu'il n'y a pas de paradis. C'est facile, si t'essaies. Pas d'enfer, non plus. Seulement, le ciel au-dessus de nous. Imagine tous les gens vivant pour aujourd'hui. En quelques lignes, la plus grande des leçons, que l'humain ne retient jamais. Arrêtez de vivre pour plus tard. Il n'y a que le présent qui compte. Ces fous, qui ont tiré sur la foule, n'avaient aucun respect pour le présent. Pour la vie. Et nous, gelés par le quotidien, on n'apprécie pas assez l'instant présent. Ça prend des horreurs, comme les attentats de Paris, pour nous rappeler que tout ce que l'on a, c'est ça. Tout ce que l'on a, c'est maintenant. Faut vivre pour aujourd'hui. Un jour, demain n'arrivera pas. Tous les morts en témoignent.

It's isn't hard to do,

No religion too,

Living life in peace...

Imagine qu'il n'y a aucun pays. Ce n'est pas difficile à faire. Aucune raison pour tuer ou pour mourir. Aucune religion, non plus. Imagine tous les gens vivant leur vie en paix. C'est le couplet le plus révolutionnaire jamais écrit. Mettre fin à tout ce qui nous divise. Cesser toutes ces désignations qui nous opposent: Américains, Arabes, Français, Anglais, juifs, musulmans, catholiques... On fait tous partie de la même gang. Y'en a pas un qui est meilleur que l'autre. On est tous pareils. Des bébés qui vieillissent. Ce réflexe de se créer des clans, des cliques pour se différencier, pour se protéger, ne sert qu'à nous opposer. Dans la jungle, l'autre est toujours un ennemi. La plus sophistiquée des villes est devenue une jungle. Faut en sortir, un jour. Quand comprendrons-nous que nous sommes tous du même pays, que nous sommes tous de la même religion: la vie. Nous sommes des Vivants. Point.

I wonder if you can

A brotherhood of man

Sharing all the world

C'est la plus exigeante demande de la chanson. Si, pour les deux premiers couplets, Lennon disait «c'est facile si tu essaies, c'est pas difficile à faire», cette fois, il se demande si on en est capables. Abandonner nos possessions. Ne pas toujours en vouloir plus. Au contraire, vouloir que tout le monde en ait autant. Partager le monde également. Ben oui, c'est du Québec solidaire! Ben oui, c'est utopique. Mais c'est aussi la devise de la France: Liberté, Égalité, Fraternité. Si vous voulez que les gens arrêtent de se tuer, c'est le seul moyen. L'injustice est une spirale qui mène à d'autres injustices. Comme celle de mourir sur une terrasse, un vendredi soir. Plus on partagera, meilleur le monde sera. Vous pouvez passer toutes les lois que vous voulez, vous pouvez larguer toutes les bombes que vous voulez, y'a que l'amour qui peut arrêter la haine. Vous pouvez rire des gens qui pensent comme ça. Et pourtant... Ça fait 200 000 ans que les gens qui pensent à se venger ne parviennent pas à régler le problème. Au contraire, ils l'empirent.

But I'm not the only one

And the world will live as one.

Lennon n'était pas un ange. Lennon n'était pas un saint. Il y avait une violence en lui. Comme nous en avons tous. Mais il avait le profond désir de vouloir changer sa personne, de vouloir changer le monde. Et la grande volonté de poser les gestes pour le faire. Cette chanson est un bon début.

Elle a réconforté plus de désespérés, samedi dernier, que tous les antidépresseurs de toutes les pharmacies du globe.

John Lennon, tué sous les balles, lui aussi, réussit, 35 ans après sa mort, à allumer un peu d'espoir dans l'âme des gens bouleversés par le massacre de Paris.

C'est pour ça que j'aime la musique.

C'est pour ça que j'aime les gens.

C'est pour ça que j'aime la vie.

C'est pour ça que j'aime Paris.

Pour joindre notre chroniqueur: slaporte@lapresse.ca

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:2525685:box

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer