Le vote stratégique

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Le vote stratégique est un jeu de correspondances, selon notre chroniqueur.

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Vous avez l'intention de voter de façon stratégique, lundi ? C'est ben correct. Mais comme il n'y a pas de Parti stratégique, vous vous demandez pour qui vous devez stratégiquement voter. Suivez-moi bien, je vais vous expliquer le jeu des correspondances.

C'est très simple. Un vote pour le Parti libéral peut être un vote pour le Bloc québécois, si la personne qui vote libéral avait précédemment voté pour le NPD, car cela ferait fondre la majorité du candidat néo-démocrate obtenue en 2011, permettant ainsi au candidat bloquiste de se faufiler. Quoiqu'un vote pour le Parti libéral peut être aussi un vote pour le Parti conservateur, si cela empêche le NPD de faire le plein de sièges au Québec, ce dernier scénario lui permettant à l'échelle canadienne de devancer le Parti conservateur. Un vote pour le Parti libéral peut même être un vote pour le NPD, si la personne qui vote libéral habite la région de Québec et avait précédemment voté pour le Parti conservateur, car cela pourrait permettre, si tous les partisans du NPD, eux, votent en bloc pour le NPD, au néo-démocrate de devancer le conservateur.

Jusqu'ici, ça va ? On continue.

Un vote pour le Bloc québécois peut être un vote pour le Parti conservateur, en empêchant le NPD et le Parti libéral d'obtenir des sièges au Québec leur permettant de devancer le parti de Stephen Harper. Un vote pour le Bloc québécois peut aussi être un vote pour le Parti libéral, en transformant la vague orange en déversement d'eaux usées, permettant ainsi au Parti libéral de devancer le NPD à l'échelle nationale. Un vote pour le Bloc québécois, dans la région de Québec, peut enfin être un vote pour le NPD, en réduisant la majorité obtenue par les candidats conservateurs.

Et c'est pas fini...

Un vote pour le NPD peut être un vote pour le Parti conservateur si, dans l'éventualité d'une trudeaumanie 2.0 au Canada anglais, il empêche le Parti libéral d'obtenir au Québec les circonscriptions lui permettant de coiffer ou de décoiffer Stephen Harper. Un vote pour le NPD peut aussi être un vote pour le Bloc québécois s'il prive un député libéral ou conservateur sortant du premier rang. Un vote pour le NPD peut même être un vote pour le Parti libéral s'il permet de faire tomber un château fort conservateur, dans l'éventualité où les circonscriptions serrées tombent aux mains de mon amour de Justin.

Un vote pour le Parti conservateur peut être un vote pour le Parti libéral, dans Outremont, par exemple, car il pourrait permettre au député libéral de devancer Thomas Mulcair. Un vote pour le Parti conservateur peut aussi être un vote pour le Bloc québécois si le vote fédéraliste au Québec se divise entre PCC, NPD et PLC, permettant au vote unifié des souverainistes de faire passer leur favori. Un vote pour le Parti conservateur peut être un vote pour le NPD s'il prive le Parti libéral des sièges qui lui permettraient de devancer le NPD en cas de bataille entre ces deux partis pour la prise du pouvoir.

Bref, un vote pour n'importe quel parti peut être un vote pour n'importe quel autre, selon la conjoncture.

Vous voulez toujours voter de façon stratégique ?

Pour qu'un vote stratégique soit efficace, il faudrait que plusieurs électeurs appliquent la même stratégie. Un vote stratégique isolé est un vote perdu. Et à l'inverse, un vote stratégique suivi par la majorité des gens n'est plus un vote stratégique, c'est un vote tout court. Si tout le monde vote Bloc québécois dans Westmount pour permettre au NPD de devancer les libéraux, ben c'est le candidat bloquiste qui va gagner.

L'ennui du vote stratégique, c'est qu'il oblige souvent à appuyer les idées d'un parti qui sont aux antipodes des nôtres. C'est pour ça qu'il y a autant de gens masqués qui se présentent aux urnes. Un libéral qui vote stratégiquement pour le Bloc préfère porter un bonnet hygiénique sur la tête pour passer inaperçu. Et il ne serait pas étonnant que plusieurs électrices votant en niqab soient au fond des conservatrices voulant rappeler la controverse jusqu'à l'urne. Si une personne en niqab se présente dans chaque bureau de vote, c'est une vague bleue à hauteur de tsunami qui va déferler sur le Québec.

S'il y a autant de citoyens stratèges cette année, c'est que bon nombre de Canadiens souhaitent, avant tout, se débarrasser du gouvernement Harper. 

Le problème, c'est que les sondages sont tellement serrés qu'aucun parti ne peut revendiquer le titre de rival principal, hors de tout doute. 

Au début de la campagne, Tom Mulcair apparaissait comme le leader ayant le vent dans les voiles, mais un siècle plus tard, il semble que ce soit Justin Trudeau qui ait le vent dans les cheveux. Qu'en sera-t-il dans deux jours ? Le vent peut changer de bord si rapidement.

Et si les bloquistes votent stratégiquement pour les néo-démocrates qui votent stratégiquement pour les libéraux qui votent stratégiquement pour les bloquistes, que va-t-il se passer ?

Les électeurs devraient laisser la stratégie aux politiciens et voter selon leur conscience. Pendant qu'il leur en reste encore une.

Bonnes élections, tout le monde. Ça va être un beau bal masqué !

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