Mai, enfin !

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C'est arrivé jeudi. Mon gros Kanuk noir est passé du placard de l'entrée à celui du sous-sol. Jeudi, nous étions le 30 avril. Jamais un manteau d'hiver ne fut envoyé aux boules à mites aussi tard. Merde, qu'il a fait froid! Et qu'il n'a pas fait beau!

Ce fut un long hiver. Un dur hiver. Il a duré six mois: novembre, décembre, janvier, février, mars et avril. La moitié de l'année pour une seule saison. Les trois autres saisons n'ont que l'autre moitié à se partager. Le temps est injuste. L'hiver est une banque. Le printemps, l'été et l'automne, des indignés.

Ne vous fiez pas à ce qu'on nous apprend à l'école. L'hiver ne débute pas le 21 décembre. L'hiver commence la première fois qu'on sort de la maison et que notre visage se crispe, que notre corps se raidit et que l'on se dépêche à tout faire. Pour être le moins longtemps possible dehors. Vite, à l'auto! Vite, on prend l'autobus! Vite, on ramasse un café! Vite, on rentre au bureau! On est bien en dedans. On reste en dedans. L'extérieur est un agresseur.

L'hiver se termine, le premier matin où l'on ouvre la porte et notre visage se détend, notre corps relaxe, on est bien. On est même mieux dehors qu'en dedans. La brise taquine, le soleil caresse. Le temps chaud, c'est de l'amour. Doucement, à l'auto. Doucement, à l'autobus. Doucement, on croque un fruit. Doucement, très doucement, on entre au bureau. On a juste hâte à midi pour aller doucement sur une terrasse.

Au printemps, tous les Québécois sortent de prison. Cette année, la peine fut sévère. Six mois de froid et de neige. Six mois à regarder à travers les barreaux de givre. On n'a rien fait ou presque. Le gouvernement a gelé les salaires. Les employés l'étaient déjà. La commission Charbonneau a demandé une extension pour la remise de son rapport. Gelée, elle aussi. Yves Bolduc a appris qu'il ne faut surtout pas défendre les fouilles à nu par moins 30.

On a tellement manqué de soleil qu'on a vendu son cirque. Fini le soleil québécois. Le soleil est américain. Le soleil est chinois. Pourquoi pensez-vous que dans tous les congrès de fonctionnaires, on booke des clowns? C'est à cause de l'hiver 2015, le plus déprimant depuis l'ère glaciaire. Les étudiants ont bien essayé de faire un printemps érable, mais le printemps préférait les palmiers. Descendre dans la rue, le 22 mars 2012, quand il fait autour de - 30 °C, c'est une révolution. Descendre dans la rue, en mars 2011, quand il fait - 10 °C, c'est une congélation. Ce n'est pas le manque de ferveur qui a eu raison du mouvement étudiant, c'est le frette. La température est plus forte que la police.

Ce n'est pas une impression de frileux. L'hiver 2015 fut historiquement très froid, statistiques de MétéoMédia à l'appui. On a brisé des records et des tuyaux. Encore là, le Québec est distinct. Partout sur la planète, ce fut un hiver chaud. Partout, sauf chez nous. Plus de 2 degrés sous la moyenne. Quand la planète fondera, tout le monde risque de venir se réfugier chez nous. Hérouxville, tiens-toi prêt, en 2030, les migrants de partout viendront se refroidir chez toi.

Le mois de février a été le plus froid de tous les temps. De tous les temps depuis qu'on compile des statistiques, s'entend. Le 2 février 2015, il a fait - 50 °C au Centre Québec. Au sud, c'était un peu plus chaud, entre - 40 et - 30. C'était le jour de la marmotte, en plus. Vous pouvez être certain que la marmotte est restée dans son trou. Et elle l'a creusé jusqu'en Australie.

On peut bien avoir les larmes aux yeux en voyant des bourgeons dans nos arbres. On n'y croyait plus. Voilà mai, enfin! On peut vivre. Non, ce n'est pas trop téméraire d'enlever ses pneus d'hiver, même le Plateau est déneigé. L'hiver est vraiment fini. Le Québécois est un excessif. Il a beau, quand même, faire seulement autour de 10 degrés, aussitôt qu'un rayon de soleil se pointe le nez dans le ciel, on est tous en t-shirt et en cuisses. On a encore froid mais on ne le dit pas. Tout d'un coup que ça ferait fuir le printemps. Il est là, alors on se déshabille pour être certain qu'il reste. Il a beau être frisquet, on ne s'en formalise pas. On finira bien par lui donner chaud. Une robe soleil, ça fait effet.

Ce qu'il y a de bien à traverser des hivers aussi rigoureux, c'est que peu importe les aléas de l'actualité qui puissent se produire, entre mai et septembre, ça nous affecte moins. Ben oui le trafic, ben oui les nids-de-poule, ben oui le CHUM, ben oui le gouvernement, mais on peut se promener dehors, sans avoir les oreilles gelées. On peut respirer sans expirer de la fumée. Et ça sent le muguet et le lilas.

Profitez bien du mois de mai qui vient tout juste d'arriver. En juillet et en août, on va recommencer à se plaindre. À se plaindre qu'il fait trop chaud. Mais en mai, on ne se plaint pas. Parce que l'hiver est encore frais dans nos pensées. Même la pluie est plus agréable que le froid.

Oui, bon mois de mai. J'espère que vous me lisez dehors.

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