Le vide du 3 janvier

Ce matin n'est pas un samedi normal: l'espèce... (PHOTO MARCO CAMPANOZZI, archives LA PRESSE)

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Ce matin n'est pas un samedi normal: l'espèce humaine est hors d'usage après que le camion du temps des Fêtes lui a passé sur le corps, rigole notre chroniqueur.

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Stéphane Laporte

Collaboration spéciale

La Presse

Un samedi normal, vous lisez votre Presse autour de 9 heures. La tête reposée, avec un bon café, le sourire aux lèvres, vous avez hâte de profiter de votre journée de congé. Ski de fond? Centre commercial? Cinéma? Tout vous tente. Tout vous émoustille. Pas ce matin. Parce que ce matin, ce n'est pas un samedi normal. C'est samedi le 3 janvier! L'espèce humaine est hors d'usage.

Pour l'émoustillement, on repassera. Vous ressemblez à un Pepsi laissé sur le comptoir depuis un mois. Il est midi et vous avez toute la misère du monde à bouger votre doigt sur la tablette pour parcourir La Presse+. Un camion vous est passé dessus. Le camion du temps des Fêtes. Une grosse charrue qui vous écrase tout le corps. Surtout la tête, l'estomac et le foie.

Trop manger, trop boire et se coucher trop tard une fois, ça va. On s'en remet. Mais trop manger, trop boire et se coucher tard pendant 15 jours, sans arrêt, ça tue. Ça tue, mais vous êtes trop fatigués pour mourir. Vous êtes un zombie. Vous êtes juste là. Comme votre sapin. Vous séchez, l'oeil poché. Vous essayez d'exister. Vous n'êtes pas seul dans votre cas. la Terre entière est dans le coma, le 3 janvier.

Regardez l'histoire du monde; il ne s'est jamais rien passé un 3 janvier. Mis à part quelques catastrophes, jamais un être humain ne s'est illustré un 3 janvier. Fouillez, vous verrez.

Le 3 janvier 1868, il y a bien eu la restauration de l'empire japonais. Le dernier shogun Tokugawa a renoncé à ses fonctions et a rendu le pouvoir à l'empereur du Japon, Mutsuhito, âgé de 15 ans. On ne peut pas dire que renoncer à ses fonctions soit un grand accomplissement. Le 3 janvier, la tête et le corps sont prêts à renoncer à tout. Même au Japon.

Le 3 janvier 1990, le général Noriega s'est rendu aux troupes américaines. Encore là, c'est pas trop fatigant comme action: se rendre. On laisse les autres faire la job. C'est pas mal l'état d'esprit de tout un chacun: s'habiller en mou et se rendre à n'importe qui, à n'importe quoi.

Cherchons d'autres faits historiques plus près nous. On ne trouve rien, si ce n'est que le 3 janvier 1992, les ateliers Angus de Montréal ont fermé leurs portes, et que le 3 janvier 1997, ce fut au tour de la Libraire Garneau à Québec de fermer aussi. Éphémérides typiques du 3 janvier: renoncer, se rendre, fermer ses portes. Le 3 janvier, c'est la démission du genre humain.

Pas de continent découvert un 3 janvier. Pas de chef-d'oeuvre de créé un 3 janvier. Pas de révolution enclenchée un 3 janvier. Pas de record battu un 3 janvier. Certains zélés diront que le 3 janvier 2007, un adolescent de 14 ans a traversé l'Atlantique. Oui, pis? Ça lui a pris 6 semaines. Ça veut dire qu'il a passé le temps des Fêtes au milieu de l'océan. Sans dinde, sans bière, sans cousins fatigants, c'est sûr que le temps des Fêtes se traverse très bien. Mais cet aventurier britannique n'aurait jamais été en état de quitter son île un 3 janvier.

Bref, s'il n'y avait que des 3 janvier dans le calendrier planétaire, Homo sapiens n'aurait même pas encore inventé la roue. On serait toujours dans notre grotte à fixer des roches.

Le vide du 3 janvier est un mal nécessaire. N'essayez même pas de faire quelque chose aujourd'hui. Ça peut vous être fatal. Si vous vous faites violence, vous risquez d'en payer le prix et de vous claquer un burnout au printemps. Votre état végétatif de la journée est la seule façon de vous régénérer. Vous faites une surdose de clochettes. Faut juste que ça passe. Allongez-vous sur le sofa. Et restez là. À 19h, vous pouvez tenter de vous lever pour aller chercher la zapette. Regarder le match du Canadien est une activité envisageable. Mais ne soyez pas étonné si vous réagissez 5 secondes après que Subban a compté. C'est normal. Tout le monde, en ce moment, a le temps de réaction du ministre Bolduc. Tout le monde, en ce moment, est comme sous l'effet de Messmer. On bouge, mais ce n'est pas nous qui avons le contrôle. Ce sont les effluves d'alcool et de bonne chère.

On devrait récupérer notre esprit, le 4 ou le 5, selon le niveau d'abus atteint durant les Fêtes. D'ici là, le brouillard qui nous habite est plutôt agréable. C'est pas le Boxing Day, c'est le nothing day. Laissez aller.

Sur ce, je conclus ma chronique sans plus tarder. Vous avez déjà atteint votre quota de mots déchiffrés pour la journée. En passant, la date limite pour cesser sa musique du temps des Fêtes est aujourd'hui. Un dernier Jingle Bells et de retour à Christine and the Queens.

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