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L'Ebola et l'égoïsme

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Il y a des nouvelles qui vous gâchent une journée. Ça vient de m'arriver. Lisez, vous aussi: Le secrétaire général de l'ONU a révélé qu'il ne reste actuellement que 100 000$ dans le fonds destiné à combattre la présente épidémie d'Ebola. 100 000$!? C'est ce que l'on donne à Sidney Crosby pour jouer un seul match de hockey. Tous les pays de la Terre ne sont pas capables d'en trouver plus pour combattre un fléau qui a tué des milliers de personnes.

Je sais que le fonds de l'ONU au départ était de 20 millions de dollars. Mais 20 millions de dollars, ce sont des peanuts. C'est à peine si on peut soigner une grippe d'hommes avec ça. En ce moment, on affronte un mal que la médecine ne sait guérir. Il n'y a pas encore de vaccin qui ait fait ses preuves. Les gens qui s'en sortent le doivent à leur bonne étoile.

Qu'attendent les leaders de la planète pour adopter les mesures qui s'imposent? Ils restent calmes. Ils ne veulent surtout pas que les gens cèdent à la panique. Peut-être qu'au Québec, il n'y a pas de quoi paniquer, mais en Afrique, ils peuvent paniquer d'aplomb avec 9000 cas enregistrés et 4500 décès. Grouillons-nous! Il aura fallu qu'une personne meure au Texas, pour que l'on commence à prendre ça au sérieux. Au taux de change de la mort, une mort américaine vaut plus que 4500 morts africaines.

Ça fait des mois que le virus se propage, ça fait des mois que les travailleurs de la santé dans les pays les plus touchés demandent de l'aide, ça fait des mois que l'Organisation mondiale de la santé surveille la situation. Il ne faut pas la surveiller, la situation, il faut la prendre en main, il faut la soigner, il faut la guérir.

Que fait-on? On dépense des millions pour mettre en place des mesures de sécurité dans les aéroports. Il ne faut pas que le virus vienne chez nous! Il peut dévaster l'Afrique au complet, ce n'est pas grave, en autant qu'il ne débarque pas à Paris, New York ou Montréal. C'est ça l'important! Notre vie, pas celle des autres.

La pire épidémie mondiale, qui fait des millions de victimes, c'est le virus de l'égoïsme. Ça nous saute tous dessus. Le problème avec l'égoïsme, c'est que ce ne sont pas les plus atteints qui en meurent. Au contraire. Ceux-là sont souvent pétants de vie. Ce sont ceux autour qui en souffrent. Qui y laissent leur peau.

Heureusement, il n'y a pas que des égoïstes sur la Terre. Les travailleurs de la santé qui soignent les malades infectés par le virus de l'Ebola sont des héros. Ce terme, trop souvent galvaudé, prend tout son sens avec eux. Héros: personne qui fait preuve d'un grand courage. Ils risquent leur vie. Si nos dirigeants avaient la moitié de leur grandeur d'âme, le monde serait mille fois meilleur.

Héros aussi, les journalistes qui se rendent au Liberia, en Sierra Leone, en Guinée, au Nigeria et au Sénégal nous décrire ce qui s'y passe. Parce que nous, pour nous sortir de notre confort et de notre indifférence, ça nous prend des images. Ça nous prend des histoires. Il n'y a pas une Québécoise que j'admire plus en ce moment que Sophie Langlois, la reporter de Radio-Canada. Elle est là, sur le terrain, en Guinée. Elle a multiplié les risques de contracter l'Ebola par des millions. Elle aurait pu rester sur le boulevard René-Lévesque et commenter de loin la situation, en se servant de toutes ses connaissances de l'Afrique. Elle a choisi l'action pour nous sortir de notre immobilisme. Elle prend un terrible risque. Elle le sait. Sur son blogue, elle a écrit avant son départ: «Je pars pour tenter, encore une fois, de secouer notre fatalisme, notre indifférence face à l'Afrique. Parce que je crois encore qu'on peut le faire, un reportage à la fois.» Wow! Bénissons le ciel qu'il y a encore des êtres comme elle. Elle a raison. Son premier reportage m'a tout chamboulé. Soudain, l'épidémie n'était plus une affaire de chiffres, c'était une affaire de coeur. De coeur aimant, comme cette Guinéenne bénévole traitant les malades. Tout simplement. En disant que c'est son devoir. Et nous, quel est notre devoir? Faire semblant de ne pas les voir, faire semblant de ne pas savoir. Grâce à Sophie Langlois, on voit. Grâce à Sophie Langlois, on sait. Sophie Langlois est un vaccin contre l'égoïsme.

Combien ça va prendre de victimes pour nous sortir de notre torpeur? 10 000? 100 000? 1 million? Ne faisons rien, ça s'en vient. Il y en a qui trouvent qu'on en parle déjà trop. Faudrait surtout pas faire une campagne de peur! Arrêtez de parler de l'Ebola, on est tanné! Ben quin! C'est une belle façon de se donner bonne conscience pour ne pas agir. Il ne faut pas faire une campagne de peur, il faut faire une campagne de courage. Avoir le courage de voir la réalité en face. Des gens meurent parce que depuis des mois, on fait le minimum pour les aider. Quand est-ce qu'on va comprendre que ce qui se passe en Afrique, c'est aussi grave que partout ailleurs?

L'égoïsme engendre chez les gens qui le subissent la haine. Et ce fléau là, ça ne se guérit pas. En 200 000 ans, on n'a pas réussi encore. Il y a pire à craindre que l'Ebola, c'est la vengeance des laissés pour compte.

Nous n'avons pas tous le courage d'aller là-bas, soigner les uns ou informer les autres, mais ayons l'honneur d'être outré par le manque d'efforts de nos représentants pour régler cette catastrophe. Quand comprendra-t-on que la seule façon d'être à l'abri du malheur, c'est que tout le monde le soit?

En attendant, allons sur le blogue de Sophie Langlois sur le site de Radio-Canada, soigner notre égoïsme chronique.

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