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L'été n'a pas été

Cet été, « il est tombé 333 mm de... (PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE)

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Cet été, « il est tombé 333 mm de pluie sur Montréal. Normalement, il en tombe 270 mm. C'est 63 mm de plus. Ce n'est pas l'été, c'est l'automne », dit Stéphane Laporte.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

L'été fut. Lundi prochain, à 21 h 29, il cèdera sa place à l'automne et partira en vacances dans le Sud. Déjà? L'été passe toujours vite. Toutes les saisons durent trois mois, sauf que les trois mois d'été roulent à 200 km/h en décapotable, tandis que les trois mois d'hiver n'avancent pas. Ils sont pognés dans la neige et la boue dans une vieille Lada.

Cette année, on n'a pas même l'impression que l'été est passé rapidement, on a l'impression que l'été n'est pas passé du tout. L'été n'a pas été. Il nous a oubliés.

On n'a pas vécu de canicule, de grosses chaleurs. Nous avons seulement eu droit à quatre journées où la température a atteint 30 oC et plus. Normalement, on en a 12. C'est trois fois moins. Un été de quatre jours, c'est plus court qu'un spectacle de Jean-Marc Parent. On n'appelle pas ça une saison, on appelle ça un long week-end. Est-ce tous les Ice Bucket Challenges qui ont causé le refroidissement de la planète?

Il est tombé 333 mm de pluie sur Montréal. Normalement, il en tombe 270 mm. C'est 63 mm de plus. Ce n'est pas l'été, c'est l'automne.

Habituellement, l'été, il ne se passe rien. Et ça fait du bien. C'est le farniente. Notre esprit est en congé. Une seule question habite nos pensées: quel parfum de crème glacée vais-je choisir? Vanille? Chocolat? Pistache? L'actualité roule au ralenti. Les bulletins d'information font des reportages sur l'importance de bien se désaltérer. On manque de sujets. Pas cet été. Ça n'a pas dérougi: des prisonniers en cavale, les prouesses d'Eugenie Bouchard, le Mondial de soccer, un écrasement d'avion en Ukraine, un accident d'autocar dans l'État de New York, une explosion de camion-citerne sur l'autoroute 640, un autre écrasement d'avion au Mali, des guêpes qui tuent la mairesse Roussel, de La Prairie, les négociations du contrat de P.K. Subban, le suicide de Robin Williams, la retraite de Céline, l'intrusion dans la maison de Justin Trudeau, du grabuge à l'hôtel de ville et le témoignage de Tony Accurso. Ouf! C'est censé être la saison morte. Relaxe.

L'été, habituellement, on voit à peine les politiciens. Une ou deux photos à une épluchette de blé d'Inde et c'est tout. Cette année, ils étaient partout. Les trois docteurs du PLQ n'ont pas cessé de faire la nouvelle. On coupe les livres, on coupe les médecins, on coupe les garderies, on coupe «toute» ! Normalement l'été, c'est la saison où ça pousse. Pas cette année. On coupe avant que ça pousse. C'est comme si les libéraux voulaient profiter du fait qu'on était en bedaine pour nous faire perdre notre chemise.

La colonie de candidats pas encore candidats à la direction du PQ n'était pas reposante, non plus. Ils ont passé l'été à essayer de redéfinir leur parti, en se positionnant pour le congrès à venir. Un référendum dans quatre ans, un référendum dans huit ans, un référendum dans 100 ans, un référendum par année, pas de référendum. Puis ils sont tous partis en Écosse, espérant célébrer la victoire du Oui en soufflant Gens du pays à la cornemuse, la fleur de lys au vent sous le kilt! Mais ils ont du se contenter d'un petit verre de scotch pour oublier la défaite, comme Parizeau en 1995.

Les fédéraux aussi ont été actifs. Harper est même venu à Québec. Ça doit être parce que son GPS s'est trompé de chemin. En tout cas, il a essayé de sourire. Tout en coupant Radio-Canada et en promettant des péages sur le pont de la discorde. Il s'en fout que ça coûte 10$ pour prendre le nouveau pont Champlain. Il ne vient jamais à Montréal.

Sur la scène internationale, des nuages noirs ont assombri le ciel. Partout. De la bande de Gaza à Ferguson. Poutine a enflammé l'Ukraine. Obama nous a annoncé que l'Amérique repartait en guerre. D'innocentes victimes ont été décapitées par les bourreaux de l'État islamiste. Des images horribles, insoutenables. À glacer le sang. C'est pas censé être ça, l'été. L'été, c'est censé être des selfies de bikinis. L'été, Obama est censé jouer au golf. Poutine est censé faire de la motomarine. Les terroristes sont censés préparer le mois de septembre. On est censé laisser le monde en paix. Nous laisser lire des bandes dessinées et boire du punch.

Toutes vos affaires graves, toutes vos guerres, toute votre haine est censée sévir de septembre à mai. Juin, juillet, août, on n'a pas le coeur à l'endurer. On veut faire des barbecues. On veut s'aimer. Vous ne pouvez pas nous stresser à l'année, on va péter au fret. Plutôt, on va péter au chaud.

L'été 2014 n'a pas existé. Nous voulons être remboursés! Nous voulons, comme on dit en chinois, un rain check. Que l'été 2015 débute en mai et se termine en octobre pour compenser. Que tous les politiciens aillent sur le yacht de leurs choix et qu'ils nous laissent tranquilles. C'est pas vrai que ça va être la folie 12 moins par année. C'est bien beau les printemps érable et les automnes chauds, mais on ne veut pas autant d'activités l'été. On veut des étés plates. Des étés végétatifs. Des étés hamacs. Des étés fermés.

Bon automne, quand même!




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