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Les devoirs

Le ministère de l'Éducation du Québec songe sérieusement... (PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE)

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Le ministère de l'Éducation du Québec songe sérieusement à faire disparaître les devoirs, au primaire. Dès cette année, les enfants qui fréquentent le Collège de Saint-Ambroise/Bon Pasteur, au Saguenay-Lac-Saint-Jean, n'en auront pas.

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

Il y a de cela très longtemps, j'arrivais de l'école à 16 h. Ma mère me donnait un jus de raisins et des biscuits au gingembre. Je m'installais devant la télé. Je regardais Bobino et La Boîte à Surprise. Puis, j'allais dans ma chambre faire mes devoirs, avant d'en ressortir à 18 h pour le souper familial.

Ce fut ma routine durant toutes mes années d'école primaire. Jamais ma mère ou mon père ne m'ont aidé à faire mes travaux. C'était mes devoirs, pas les leurs. Quand j'étais bloqué, j'allais dans la bibliothèque du salon, chercher les tomes de l'encyclopédie. Tout y était. En ordre alphabétique. Les réponses à des problèmes d'histoire, de géographie, de français, de biologie, etc. Fallait juste savoir chercher. Et chercher longtemps. Pour ceux qui ne savent pas ce qu'est une encyclopédie en plusieurs volumes, c'est comme Wikipédia, mais avec des faits véridiques. Seulement vrais. Car au lieu d'être rédigé par n'importe qui, c'était rédigé par des savants. Pas bête comme procédé.

Ce qui avait de bien avec les devoirs, c'est que ça nous permettait de réfléchir à ce que nous apprenions, en solitaire. Tout seul. Que nous et le problème à régler. Pas d'équipe. Pas de prof. Juste nous et les capitales des pays. Juste nous et les phoques. Juste nous et les multiplications. Pour douter, résoudre et retenir, la solitude a du bon. Elle permet de se concentrer, de s'accomplir. Par soi-même.

Les enfants sont de moins en moins seuls. Et donc de moins en moins indépendants.

Je ne sais pas quelle génération de parents a décidé d'aider les enfants à faire leurs devoirs. Sûrement des parents qui voulaient bien faire. Qui voulaient s'impliquer. Papa et maman vont participer à la réussite scolaire de Junior. Je vais la dessiner ta tortue, tu vas voir, elle va être belle! T'auras juste à la colorier. On est mieux d'avoir un A!

C'était très attentionné de leur part, mais ils ont détourné le sens des devoirs. Le mot le dit, devoir. L'élève doit faire quelque chose. Pas le faire faire. Le faire lui-même.

Voilà qu'en 2014, ce qui devait arriver arrive, les parents en ont assez de faire des devoirs. Ça ne cadre plus avec leur horaire de début de soirée. Les courses, la garderie, les ponts bloqués, etc. Avant le souper, ils n'ont pas le temps. Après le souper, ils sont crevés. Plutôt que de laisser leurs enfants faire leurs devoirs eux-mêmes et avoir l'air de mauvais parents, pourquoi ne pas supprimer carrément les devoirs? Ce serait bien plus simple.

C'est ce qui est en train de se passer. Le ministère de l'Éducation du Québec songe sérieusement à faire disparaître les devoirs, au primaire. Dès cette année, les enfants qui fréquentent le Collège de Saint-Ambroise/Bon Pasteur, au Saguenay-Lac-Saint-Jean, n'en auront pas. On teste la formule. Des recherches prouvent que les devoirs n'ont aucun impact sur l'apprentissage et la réussite scolaire. En plus, comme on pouvait le lire dans La Presse récemment, les devoirs sont un facteur de stress et de conflit familial. Quand les parents ne savent pas la réponse, ils angoissent. Surtout si les parents du petit voisin la connaissent!

Hé ben! Quand même étonnant d'apprendre que ce devoir où j'ai dû dessiner le Canada en délimitant chacune des provinces n'a pas eu d'impact sur mon apprentissage de la réalité politique de mon environnement. Pourtant, je m'en souviens encore. Faut se méfier des recherches. Parfois, ce sont des devoirs mal faits.

Tant pis, si j'ai l'air rétrograde, mais je pense que les devoirs auront toujours une grande utilité. Ne serait-ce que pour faire réaliser à l'élève que l'école, ça ne finit jamais. Que nous sommes toujours en train d'apprendre. Qu'on peut toujours approfondir notre savoir. Un devoir, c'est apporter un morceau d'école, dans notre chambre, dans notre vie. Et quand on le rapporte terminé, le lendemain en classe, on rapporte un moment de notre chambre, de notre vie à l'école. Il y a un sentiment qui vient avec ça, qu'il importe de connaître, dès son jeune âge, le sentiment du devoir accompli. Ça peut mener loin.

Parents, ne vous sentez pas coupables, laissez vos gamins se débrouiller avec les devoirs. Aidez-les de temps en temps, si vous le voulez, mais laissez-les, la plupart du temps, se démerder. C'est bon pour eux. Bien sûr, il faut que les devoirs du primaire ne soient pas des thèses de deuxième cycle universitaire. L'idée n'est pas de décourager l'élève. Au contraire, c'est l'encourager à continuer sa quête hors des murs de l'établissement scolaire.

Bref, avant de supprimer les devoirs, peut-on juste en donner des faisables? En une heure. Comme dans le temps.

Éliminer complètement les devoirs, c'est aussi priver les enfants d'un grand bonheur, celui d'entendre le prof dire, quelques fois dans l'année, après une journée où l'on a bien travaillé: ce soir, c'est congé de devoirs!

Il n'y a pas plus grand bonheur que celui qui n'est pas déjà acquis.

Parlant devoirs, non seulement, je suis pour la survie des devoirs, mais je suis aussi pour la survie du Devoir. J'espère que ce quotidien essentiel à la société québécoise saura traverser le temps, parce que la soif de savoir ne s'étanche jamais. Pour les petits comme pour les grands.




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