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Tout n'est pas arrangé

La victoire écrasante des Allemands face à l'équipe... (Photo Marcos Brindicci, Reuters)

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La victoire écrasante des Allemands face à l'équipe locale demeurera la preuve la plus éclatante qu'un championnat, ça ne s'obtient pas en prime après avoir dépensé des milliards. C'est l'habileté physique et mentale des joueurs sur le terrain qui fait foi de tout.

Photo Marcos Brindicci, Reuters

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Dans les années 70, le Canadien de Montréal gagnait tout le temps. Une Coupe Stanley en 1971, une Coupe Stanley en 1973, une Coupe Stanley en 1976, une Coupe Stanley en 1977, une Coupe Stanley en 1978 et une Coupe Stanley en 1979. Ça fait une Coupe Stanley, tous les 18 mois. Imaginez aujourd'hui, ça fait 21 ans qu'on n'en a pas vu une.

Non seulement à cette époque le Canadien remportait toujours le gros bol, mais il gagnait presque tous les matchs de la saison régulière. En 1977, il n'a perdu que huit fois. Une domination totale. Le Tricolore gagnait tellement que mon oncle Jacques était convaincu que le hockey était arrangé.

Quand je m'extasiais devant les exploits de mes héros, mon oncle Jacques rabattait ma joie, en disant:

- Calme-toi, le neveu! Tu sais bien que le hockey, c'est arrangé, c'est pour ça que Montréal gagne tout le temps. C'est la ligue qui veut ça.

- Mais pourquoi la ligue arrangerait ça pour que le Canadien gagne tout le temps?

- Parce que c'est à Montréal que le hockey est le plus populaire. Ils protègent leur marché. À Los Angeles ou à Atlanta, ils s'en foutent de ne pas gagner la Coupe Stanley, tandis qu'ici, c'est la grosse affaire. Alors c'est tout réglé pour qu'ils fassent du cash ici.

- Voyons mon oncle, tes arguments tiennent pas debout! À Toronto, New York, Boston, Vancouver, le hockey aussi est populaire, pourquoi ils laisseraient toujours le Canadien gagner?

- Parce que c'est de même. T'es trop jeune pour comprendre!

Les décennies suivantes se sont chargées de prouver à mon oncle que le hockey n'était pas arrangé au profit du CH. Deux Coupes Stanley en 34 ans, ça n'a rien de louche. Si les Glorieux gagnaient autant durant les années Harmonium c'est tout simplement parce qu'ils étaient les meilleurs. Fallait être là.

À l'approche du Mondial, ils étaient nombreux, les oncles Jacques, à clamer que les Brésiliens s'étaient payé une Coupe du monde. Quand on investit 10 milliards dans une compétition sportive, ce n'est pas pour regarder passer le défilé. C'est pour faire partie du carnaval dans le char allégorique de tête. Le Brésil est le pays du soccer, la Coupe du monde a lieu chez lui, c'est logique qu'il la remporte. Après tout, tout ça n'est qu'une grosse business. La fin est déjà écrite: Vivo Brasil!

Un match de soccer est si facile à arranger. Un joueur effleure un Brésilien, on donne un penalty. Un Brésilien décapite un rival, on ferme les yeux. À voir comment les arbitres gèrent les matchs depuis le début du tournoi, c'est certain que tout est prévu.

Eh bien non! Non, non, non, non, non, non, non! Sept fois non! La victoire de 7-1 de l'Allemagne contre le Brésil en demi-finale est venue couper l'herbe sous le pied de tous les cyniques qui ne peuvent pas croire qu'un événement générant autant de fric ne puisse pas être corrompu. En ces temps de commission Charbonneau, ça fait du bien de constater que la malhonnêteté n'est pas partout.

De la magouille à la FIFA, c'est certain qu'il y en a: pour le choix de la ville hôte du Mondial, pour le choix des commanditaires, peut-être pour la sélection de certains joueurs. Mais quand l'arbitre siffle le début du match, les jeux de coulisse sont terminés, et on assiste à un match, un vrai. Les deux équipes veulent gagner. Tout peut arriver. Même une dégelée de 7 à 1 encaissée par le pays hôte. Même si ça casse le party. Même si c'est moins bon pour la vente des chandails et des porte-clefs. Même si les Brésiliens vont boire moins de Coke. Qu'ils vont préférer prendre une brosse. Même si c'est la consternation dans tout le pays. Même si les politiciens vont être plus que jamais pris à partie pour avoir dépensé des fonds publics pour organiser une humiliation mondiale. Faut faire avec. Les Allemands ont compté sept buts parce qu'ils ont mieux joué. C'est la loi du sport.

Établir un scénario précis pour un match de boxe opposant deux individus, ça s'est sûrement déjà fait. Établir un scénario précis quand 32 pays s'affrontent, c'est impossible. Celui qui y parviendrait devrait être nommé secrétaire général de l'ONU. Comment convaincre l'Allemagne de laisser gagner le Brésil? Avec du cash? Les joueurs de football débordent de cash. Et c'est en gagnant qu'ils en font encore plus. Alors quand un arbitre est pourri, cessez de croire qu'il y a un complot quelque part pour favoriser une des deux équipes. Ce n'est pas ça. C'est juste qu'il est pourri pour vrai. Comme les Brésiliens ont été pourris pour vrai, mercredi. Fallait surtout pas que ça arrive, et c'est arrivé. C'est la beauté du sport: son imprévisibilité.

La victoire écrasante des Allemands face à l'équipe locale demeurera la preuve la plus éclatante qu'un championnat, ça ne s'obtient pas en prime après avoir dépensé des milliards. C'est l'habileté physique et mentale des joueurs sur le terrain qui fait foi de tout. Il y a encore des moments de vérité dans cette humanité. Tout n'est pas arrangé.

Bonne finale! Le meilleur va gagner.




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