Les vapeurs du Colorado

Le 1er janvier au matin, pendant que la majorité des Québécois dormaient sous la couette, cuvant leur vin, plusieurs citoyens du Colorado faisaient la queue pour s'acheter du pot, question de célébrer un moment historique: la légalisation de la marijuana. Pour la première fois sur la planète, la drogue de Cheech et Chong est aussi permise que la bière d'Homer Simpson.

J'entends tous les voyageurs à sac à dos dire que c'était déjà le cas à Amsterdam. Eh bien non! Le pot est seulement dépénalisé aux Pays-Bas, tandis qu'au Colorado, il est carrément légal. Comme la menthe et la verveine.

Ironiquement, c'est dans cet État qu'a débuté la prohibition du cannabis en 1937. Après 77 ans d'interdiction, le party commence! J'espère que les épiciers ont pensé à augmenter leurs provisions de pots de beurre de peanuts, parce que 5 millions de personnes qui ont la fringale en même temps, ça vous vide un frigidaire.

Le Colorado est l'étincelle qui va allumer le gros joint mondial. Ce n'est qu'une question de temps avant que le pot soit légal à la grandeur de l'Amérique, puis le reste du monde suivra tôt ou tard. En attendant, j'ai l'impression que le tourisme va augmenter dans cet État de l'Ouest américain. Durant le March Break, plusieurs étudiants préféreront l'air sain des montagnes au soleil de la Floride. Quelque chose me dit que plusieurs musiciens québécois auront envie d'aller faire une petite tournée là-bas. Justin Trudeau ira sûrement à l'Université de Denver donner une conférence bientôt. Et combien de baby-boomers organiseront leur prochain voyage de ski à Aspen, question de revivre leur jeunesse partie en fumée?

Pour tous ces visiteurs, l'expérience de la drogue légale ne durera que le temps d'un trip. Ce qui sera intéressant à analyser, c'est l'impact de cette mesure sur le quotidien des citoyens du Colorado. L'accessibilité de la drogue augmentera-t-elle le nombre de ses adeptes? Bonne question. Si jamais, un jour, on voit Patrick Roy détendu derrière le banc de l'Avalanche du Colorado, ce sera un signe que la légalisation de l'herbe maudite aura transformé les moeurs de tous les citoyens de l'État.

À court terme, il risque d'y avoir une recrudescence d'inhalations relaxantes. Les vins et fromages seront remplacés par des pots et Cheese Whiz. Le happy hour deviendra le hippie hour. Et McDonald's ajoutera à ses McMuffins un ingrédient transformant tout le monde en clown. À moyen terme, la vague va passer, et tous ceux qui s'étouffent sur la première puff retourneront à leur Coors. C'est à long terme que cette mesure va changer fondamentalement le comportement des gens face à la mari. Un bébé né le 1er janvier 2014 n'aura jamais vécu sous l'interdiction. Le pot sera pour lui quelque chose d'aussi naturel que le paprika. À l'adolescence, sera-t-il plus porté à en prendre que le jeune d'aujourd'hui? Ou est-ce l'interdit qui fait du pot une substance si convoitée? À partir du moment où papa en fume dans le salon en regardant le football avec ses chums, ça devient pas mal moins trippant d'en consommer. En 2030, c'est donc avec un autre produit que les ados s'affranchiront. Et c'est ça, la plus grande menace. Pas la vente libre du pot, mais la prochaine substance illégale qu'adoptera la jeunesse pour être plus cool que les vieux. Espérons qu'elle sera aussi inoffensive que le cannabis. Parce qu'entre vous et moi, c'est la plus niaiseuse des drogues. Le pot rend l'homme semblable au koala. Tu ris pour rien, tu manges tout ce que tu as sous la main et tu somnoles. C'est déjà l'état normal d'un adolescent. Il est juste un tantinet plus exagéré après un joint.

Bien sûr, un usage déraisonnable de cannabis peut gâcher une vie. Comme une consommation trop grande d'alcool, aussi. La modération aura toujours meilleur goût.

Personnellement, si jamais le pot devient légal dans notre beau Québec Gold, cela ne changera rien à ma vie. Je n'ai jamais pris de drogue. Ni douce ni dure. Et je n'en prendrai jamais. Pas parce que je n'arrive pas à en trouver. Certains de mes amis n'en manquent pas. Pas par peur de me faire pogner. Suffit d'aller à un concert d'Arcade Fire pour constater que la police est extrêmement tolérante. Simplement parce que ça ne me tente pas. C'est mon choix. Je n'ai jamais eu envie d'affaiblir mes facultés. J'ai toujours eu l'objectif contraire. Je n'ai jamais eu envie de fuir la réalité. J'aime la réalité. Elle possède tout pour me donner les sensations les plus extrêmes. Je trippe à vivre à chaud. Pour vrai. Sans m'anesthésier la pensée.

Se geler, c'est se couper. Se couper d'une partie de soi-même, se couper le coeur, se couper du monde.

Maintenant, je n'en ferai jamais une croisade. S'il y a des gens à qui le chanvre fait du bien, tant mieux pour eux. Ce qu'il faut bannir, ce sont les choses qui font du mal.

Il y a une mesure encore plus importante et révolutionnaire à prendre au Colorado, c'est celle d'interdire les armes. Au Colorado comme partout ailleurs. Vaut mieux avoir les yeux rouges à cause du pot que de les avoir à cause des larmes versées pour nos proches.

Pour joindre notre chroniqueur: stephane@stephanelaporte.com




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