Oscar

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Stéphane Laporte, collaboration spéciale
La Presse

Ce n'est pas celui que vous croyez. Cette chronique n'est pas à propos d'Oscar, la statuette. Elle est à propos d'Oscar, l'être humain.

Vous verrez, il est beaucoup plus difficile d'être un symbole d'excellence pour un être humain que pour une statuette.

Pour toutes les personnes souffrant d'un handicap physique, Oscar Pistorius est une source d'inspiration. Il est né sans péronés et a dû être amputé des deux jambes, sous les genoux, alors qu'il n'avait que 11 mois. À l'âge de 2 ans, il apprend à marcher avec des prothèses. Et il ne fait pas que marcher. Il court. Plus vite que Forrest Gump. En 2004, il participe aux Jeux paralympiques. L'ultime réussite pour un athlète handicapé. Mais pour Oscar, ce n'est pas assez. Il veut l'ultime réussite pour un athlète tout court: participer aux Jeux olympiques. Les vrais. Ceux que le monde regarde.

Au début, on sourit devant tant d'ambition. On l'encourage à poursuivre son rêve, en sachant qu'il ne le rattrapera jamais. Erreur. Pistorius est aussi rapide que son rêve.

En 2007 à Rome, lors d'une compétition officielle de l'Association internationale des fédérations d'athlétisme, il se mesure à plusieurs des meilleurs coureurs de la planète. Il termine deuxième.

On ne sourit plus. Oscar fait des jaloux. Un athlète qui court avec deux prothèses en carbone à la place des jambes, il n'y a pas de problème s'il dépasse d'autres athlètes handicapés, mais pas des athlètes valides. Wô! C'est louche.

On ordonne une enquête. Les prothèses en carbone donnent-elles un avantage à Pistorius sur les autres athlètes? Oui, conclut le rapport commandé par la Fédération internationale d'athlétisme. En conséquence, le Sud-Africain ne peut plus participer à quelque course officielle ni aux Jeux olympiques, bien sûr.

Foutaise. Avoir des prothèses, ce n'est pas prendre de la drogue. Ce n'est pas tricher. C'est juste vouloir se tenir debout. C'est juste vouloir aller où vont les autres. Tant mieux si elles sont bien faites. Tant qu'elles n'ont pas de moteur. Tant que c'est la volonté et la souffrance humaine qui les font avancer, elles ont le droit de se rendre aussi loin que les mollets poilus ou rasés.

Pistorius répond à ses détracteurs ainsi: si c'est un avantage, pourquoi les autres coureurs ne se font-ils pas couper les jambes? La citation fait aussi mal que sa condition, aussi mal que sa condamnation. Il gagne sa cause devant le Tribunal du sport. Les Jeux olympiques sont le rendez-vous des meilleurs. Pas des normaux, des meilleurs. Le seul critère est d'être un humain.

Il ne réussit pas à se qualifier pour les Jeux de Pékin en 2008. Mais en 2012, il devient le premier athlète à participer à la fois aux Jeux paralympiques et olympiques de Londres. Un petit pas pour la prothèse en carbone, un bond de géant pour la différence.

Le film devrait finir là. Chacun rentre à la maison avec sa dose de motivation. Le destin d'Oscar entraînant d'autres destins à aller plus loin que le bout de soi, à se rendre au bout des autres.

Malheureusement, ce n'est pas un film, c'est la vie. Et dans la vie, l'homme ne se résume pas en une histoire.

Le 14 février, la mannequin Reeva Steenkamp a été trouvée morte au domicile d'Oscar Pistorius. L'athlète a été inculpé du meurtre de sa compagne. Le procès nous dira si Blade Runner est un assassin.

Une chose est sûre, il n'est plus un héros. Un coeur, pour vénérer, ne doit pas avoir de doute. Pistorius a beau courir vite, la pensée qu'il est un meurtrier sera toujours dans sa foulée.

Mauvais temps pour les idoles. Lance Armstrong, qui fut longtemps le modèle de toutes les personnes luttant contre le cancer, n'est plus qu'un champion déchu et décevant. Oscar Pistorius, qui était le modèle de ceux et celles aux prises avec des limitations physiques, est devenu un exemple à ne surtout pas suivre.

Morale de ce constat: faudrait chercher nos héros chez les gens qu'on connaît. Les personnalités publiques demeurent, au fond, inconnues. On ne connaît d'elles que ce qu'on veut bien nous montrer.

Tandis que notre père, notre mère, nos frères, nos soeurs, nos amis ne sont peut-être pas aussi parfaits que les vedettes qu'on adule, mais leur histoire risque d'être beaucoup plus vraie. Et inspirante.

Il y a sûrement parmi eux des survivants, des gens qui ont repoussé leurs limites, des gens qui ont réalisé de grandes choses. À nous de grandir grâce à eux.

Il n'y a pas de meilleur héros qu'un ami.

La seule réalité, c'est celle qu'on connaît.

Tout le reste n'est que du cinéma.

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