Le temps des cadeaux

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C'est aujourd'hui que le père Noël arrive à Montréal, mais la ville ne l'a pas attendu pour commencer la distribution des cadeaux. Comme nous l'apprend quotidiennement la commission Charbonneau, Montréal est la capitale des cadeaux. On s'en donne à longueur d'année, surtout entre entrepreneurs en construction et fonctionnaires municipaux. La liste est longue: billets de hockey, dîners au restaurant, bouteilles de vin, voyages de golf, prostituées...

Le cadeau est l'objet du scandale. On présume toujours que derrière chaque cadeau, il y a nécessairement une intention coupable. On est convaincu que si un entrepreneur en construction donne sa paire de billets pour un match Canadien-Boston à un fonctionnaire municipal, ce n'est pas parce qu'il le trouve sympathique, c'est parce qu'il veut obtenir une faveur en retour.

Dans le domaine public, le cadeau est louche. Le cadeau est une preuve à conviction. Il est automatiquement perçu comme une tentative de corruption. On ne gobe jamais que le cadeau vient d'une intention louable. Que le geste est gratuit.

Dorénavant, on va y penser deux fois avant d'envoyer un poinsettia à une ministre. Fini les distributions de dindes aux amis du parti.

Le cadeau est banni.

Qu'en est-il dans le domaine privé?

Dans le privé, le cadeau est un fardeau.

Durant les prochaines semaines, nous allons tous courir les magasins pour acheter des bébelles. Savons-nous au moins pourquoi? Pourquoi donne-t-on des cadeaux? Est-ce un élan de notre coeur? Ou le faisons-nous par intérêt comme les magouilleurs? Y a-t-il un calcul derrière tout ça?

Achète-t-on un cadeau pour recevoir la paix, pour recevoir la joie, pour recevoir l'amour? Toutes ces choses qui ne s'achètent pas. Donne-t-on un cadeau pour en recevoir un en retour?

Parfois... Mais, le plus souvent, c'est le raisonnement inverse qu'on se fait. On se sent obligé d'acheter un cadeau à quelqu'un parce qu'on sait que cette personne va nous en donner un, justement. On ne veut pas avoir l'air fou. Et le plus absurde, c'est que c'est exactement la même motivation pour l'autre personne, aussi. Elle nous en donne un parce qu'on lui en donne un. On s'échange des politesses, des bonnes manières. C'est plate.

Quand un cadeau est donné par intérêt ou par obligation, ce n'est plus un cadeau, c'est une affaire.

Idéalement, l'offrande devrait être un geste spontané. On a une pensée pour quelqu'un, on l'incarne dans un bouquet ou un bouquin et on le lui donne. C'est comme un sourire. On se sent bien, alors on le fait. Il nous vient aux lèvres, naturellement. Sans qu'on y pense. Sans qu'on le prévoie.

À partir du moment où il faut tous se sourire au même moment, à la même date, ça devient arrangé, et ça gâche le plaisir.

Comment retrouver la beauté du don? En ne laissant pas le symbole devenir la signification.

On ne se rassemble pas à Noël parce qu'on est contents de se donner des cadeaux.

On se donne des cadeaux parce qu'on est contents de se rassembler.

Le cadeau est l'accessoire, la réunion est le principal.

Ce qui est génial à Noël, c'est que la société arrête, que tout ferme, pour permettre à tout le monde d'être avec les gens aimés. Ceux qu'on voit trop peu souvent quand le tourbillon de la vie recommence. Comme ces moments sont beaucoup trop rares, on les souligne avec un objet qu'on gardera en souvenir. C'est ça, un cadeau, la mémoire d'un doux moment. Mais ce sera toujours le doux moment le plus important, pas la boîte, ni ce qu'il y a dedans. Un doux moment, ça ne se met pas dans une boîte. Ça se met dans un coeur, seulement.

Les ventes des Fêtes sont commencées, on va donc tous se précipiter dans les magasins, se marcher sur les pieds, s'endetter, s'épuiser pour acheter les joujoux des enfants et des adultes.

Il ne faut pas que ce soit un supplice. Il ne faut pas que ce soit une tâche. Il faut en avoir envie, vraiment.

Un cadeau, il faut avant tout que ça fasse plaisir à celui qui le donne, pour qu'il puisse faire plaisir à celui qui le reçoit. C'est la joie autour du présent qui donne la valeur au présent.

Il faut triper à organiser la fête, si on veut triper durant la fête.

Le temps de la préparation des Fêtes est arrivé.

Que le fun commence! Tout de suite!

Ce n'est pas parce qu'on n'est pas des maires qu'on ne peut pas se gâter. Au contraire!

Bon magasinage!

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