Même l'hiver...

Le cercueil de Jean Béliveau quitte la cathédrale... (Photo André Pichette, La Presse)

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Le cercueil de Jean Béliveau quitte la cathédrale sous le regard de sa femme Élise.

Photo André Pichette, La Presse

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Ronald King
La Presse

Il me semble qu'à l'époque où Jean Béliveau régnait sur la patinoire du Forum, les hivers étaient beaucoup plus rudes. On aurait dit hier que l'hiver des années 60 était revenu.

Quand Béliveau et ses copains égayaient nos soirées, les arbres étaient souvent des bouquets de glace, comme hier au centre-ville de Montréal.

Les pieds dans la slush et les yeux picotés par les bourrasques de neige, nous étions là, debout, pour saluer le capitaine des capitaines. J'ai appris hier qu'il avait été le premier à soulever la Coupe au bout de ses bras et à faire le tour de la patinoire pour l'offrir aux partisans.

Ça lui ressemble tellement.

Un copain m'avait demandé en matinée ce qui faisait au juste des funérailles nationales et qui prenait la décision.

Je ne sais pas qui décide, mais dans le cas de Jean Béliveau, des funérailles ordinaires auraient provoqué une émeute.

Sache, mon ami, que dans des funérailles nationales, il y a de beaux chevaux et des uniformes, des gens du clergé, ce qui est bien parce Jean Béliveau était un homme religieux, et autant de premiers ministres, passés et présents, que de statues sur le toit de la basilique Marie-Reine-du-Monde.

Nous étions quelques centaines, pas des milliers, et, puisque nous sommes en 2014, il y avait presque autant de gens des médias. Ils avaient installé leurs caméras et des tentes qui occupaient une grande partie des trottoirs.

À l'arrivée de chaque limousine - elles étaient légion -, les bras se levaient tous en même temps et les téléphones photographiaient ceux qui en sortaient.

On a vu Mario Lemieux, le hockeyeur qui ressemblait le plus à Jean Béliveau sur la patinoire. Un grand joueur lui aussi, mais un timide, celui-là, qui fuit les caméras et les micros.

J'aimais bien le fait que des anciens coéquipiers de Béliveau portaient le cercueil, parce qu'il souhaitait qu'on se souvienne de lui comme d'un «joueur d'équipe». On n'avait pas vu Phil Goyette depuis longtemps. Un Jean Béliveau en plus petit qui jouait un peu dans l'ombre. Un charmant monsieur, aussi.

Le sixième porteur était le protégé du capitaine, Guy Lafleur, le dernier des grands. Serge Savard a dit que parmi les chandails exposés au plafond du Centre Bell, trois d'entre eux devraient être élevés au-dessus des autres. Le 9, le 4 et le 10.

Tout à fait d'accord.

Et voici Élise Béliveau. Elle nous a tous émus, mardi, au Centre Bell.

Madame Béliveau mérite un bon repos après cette semaine où elle a calmement serré la main de la moitié de la ville, comme son mari l'aurait fait.

Une dernière semaine-marathon, mais on oublie trop les derniers mois, l'agonie...

Reposez-vous bien, madame.

Le vent était de plus en plus fort et froid, la slush de plus en plus plus haute, nous avons laissé tous ces gens entrer dans la cathédrale.

Le boulevard René-Lévesque était toujours fermé à la circulation. Les automobilistes ne se plaignaient pas, pour une fois.

Pas de klaxons d'impatience, pas d'engueulades.

C'était pour Jean Béliveau...

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