Le hockeyeur qui lisait des livres

Livre à la main, Jean Béliveau détonnait parmi... (Photo Michel Gravel, archives La Presse)

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Livre à la main, Jean Béliveau détonnait parmi les joueurs de son époque. Ci-dessus, le capitaine du Canadien en convalescence en novembre 1967.

Photo Michel Gravel, archives La Presse

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Ronald King
La Presse

Je n'ai pas tellement connu Jean Béliveau comme joueur, mais, à une certaine époque, mon fréquent compagnon de voyage, Gilles Tremblay - eh oui, quelle rude fin d'année... - m'a tout expliqué. «On n'avait pas besoin d'entraîneur, on avait Jean. Dans les parties importantes, lorsque Claude Ruel paniquait, Jean prenait l'équipe en mains. Il nous disait quoi faire, on obéissait, et il s'occupait de la rondelle...»

J'ai rencontré l'homme alors que j'étais jeune journaliste et qu'il était VP du CH. Ce qu'on remarquait avant tout, c'était son grand calme.

Si Maurice Richard a été le feu du Canadien, Jean Béliveau en a été la force tranquille.

Et puis, on était surpris par sa simplicité. L'ego de Jean Béliveau avait les deux pieds sur terre, dans un monde où d'autres, beaucoup moins doués, s'égarent. Il avait la capacité qu'ont certaines personnes de nous mettre à l'aise et de nous faire sentir comme si on s'était toujours connus.

J'ai retrouvé, quelques années plus tard, les mêmes qualités, la même modestie chaleureuse chez Guy Lafleur. J'avais l'habitude de me dire qu'il ne se prenait même pas pour Guy Lafleur...

***

Pendant l'un de mes premiers voyages avec le Canadien, jeune reporter fasciné, j'ai déjeuné avec le Gros Bill et fait une promenade à pied avec René Lecavalier, un autre grand monsieur.

Quelle merveilleuse entrée dans le milieu...

J'avais aussi remarqué que le ROC, tous les journalistes et hommes de hockey du Canada anglais, vénérait Jean Béliveau comme on le faisait au Québec. J'en étais fier. Dans les lobbys d'hôtel de Toronto, Winnipeg ou Calgary, les week-ends de célébrations, de repêchage ou de réunions annuelles, il se faisait un silence lorsque Jean Béliveau arrivait. On entendait le mot class...

Oui, Jean Béliveau était la classe incarnée, d'un océan à l'autre.

On ne rappellera jamais assez à quel point lui et Maurice Richard ont été des images fortes du Québec au Canada anglais et aux États-Unis.

On sait que Jean Béliveau aurait pu être gouverneur général du Canada, il aurait pu être premier ministre à mon avis...

Il s'est contenté d'un timbre à son effigie.

***

Jean Béliveau était un homme un peu spécial, on le sait. Il était, à une époque, le hockeyeur qui lisait des livres!

Une anomalie.

Il s'appliquait à signer des autographes d'une belle écriture, «pour que le nom soit lisible». On aurait dit une écriture de religieuse.

Il n'était pas infaillible, évidemment. Il avait recommandé à la famille Molson de nommer Irving Grundman au poste de directeur général du club, au détriment de... Scotty Bowman.

Une erreur qui allait même porter atteinte à l'image sacrée de l'organisation beaucoup d'années plus tard, à cause d'un scandale de corruption politique.

Devant mes questions insistantes, Béliveau avait fini par répondre: «Je trouvais que Bowman avait trop mauvais caractère pour être DG. Il aurait échangé un joueur chaque semaine...»

Certains avancent que Jean Béliveau a été le capitaine du Canadien jusqu'à sa mort. On dit beaucoup de choses depuis mardi soir. Sans doute trop au goût du principal intéressé.

S'il était là, il garderait un silence embarrassé en se disant qu'il n'a fait que son travail, le mieux possible.

J'ai grandi à une époque où il y avait des maillots numéro 9 et 4 partout au Québec, et même au Canada anglais.

Le numéro 4 que j'ai connu était simple et calme. Il aimait rire aussi, comme le rappellent ses coéquipiers, dont Gilles Tremblay.

Enfin, lorsque le jeune garçon que j'étais voyait le Canadien échanger Boum Boum Geoffrion, Jacques Plante, Doug Harvey, Dickie Moore, comme plus tard Guy Lafleur et Serge Savard en fin de carrière, je ne comprenais pas.

Le CH n'a jamais osé montrer la porte à Maurice Richard, ni à Jean Béliveau.

Et c'est très bien ainsi.

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