Grippe d'homme, grippe de femme

Hillary Clinton... (Photo Brian Snyder, Reuters)

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Hillary Clinton

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La façon dont on traite de la santé d'Hillary Clinton nous en dit-elle davantage sur la santé du sexisme en Amérique que sur celle de la première femme candidate à la présidence ? Si on avait appris que Donald Trump était atteint d'une pneumonie, en aurait-on parlé de la même façon ? Y a-t-il ici « deux poids, deux mesures » ?

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Des gens ont installé une pancarte souhaitant à Hillary Clinton de se rétablir rapidement devant la maison de la candidate démocrate.

photo don emmert, agence france-presse

Je n'ai pu m'empêcher de me poser ces questions en voyant les réactions suscitées par le malaise qui a forcé une Hillary Clinton combattant une pneumonie à quitter la cérémonie de commémoration du 11-Septembre à New York. Cette femme qui quitte une cérémonie en chancelant est-elle vraiment apte à gouverner un pays ? a-t-on demandé. Va-t-elle mourir ? C'est tout juste si on n'avait pas rédigé son épitaphe...

Le clan Clinton n'est pas sans tache dans cette affaire. Le « pneumoniegate » est révélateur d'un sérieux problème de transparence. Ce qui n'efface pas pour autant le rôle prépondérant que les vieux stéréotypes sur le « sexe faible » jouent dans cette affaire.

« Il y a un biais très important dans la façon dont l'information est traitée », observe Élisabeth Vallet, directrice scientifique de la Chaire Raoul-Dandurand. On tend à voir dans l'incident de dimanche une marque de faiblesse annonçant une incapacité à gouverner. Mais quand on sait qu'Hillary Clinton, le jour même de son diagnostic, a participé à deux réceptions pour des campagnes de financement, une réunion sur la sécurité nationale, une conférence de presse et une entrevue, on peut aussi voir les choses autrement. « Qu'une femme de 68 ans ait tenu l'agenda qu'elle a tenu et passé le week-end qu'elle a passé en étant présente dans des cérémonies avec une pneumonie... Moi, je trouve ça extraordinaire ! »

On sait que la santé d'Hillary Clinton était devenue depuis quelque temps déjà la nouvelle cible du camp de Donald Trump, qui lui reprochait de ne pas avoir l'endurance physique et mentale pour être présidente. Bien ironique pour un candidat de 70 ans, qui n'est guère plus transparent que sa rivale au sujet de sa santé ou de ses impôts et qui deviendrait lui-même, s'il est élu, le président le plus vieux à entrer à la Maison-Blanche.

Il est bien difficile d'appréhender à quel point la misogynie a un impact sur la manière avec laquelle on traite l'information et on la perçoit, observe Élisabeth Vallet.

« Dans la mesure où le modèle de présidence a été défini par un homme sur les deux derniers siècles, notre prisme est forcément faussé. »

L'histoire américaine regorge d'exemples de présidents qui ont fait leur travail en dépit de sérieux problèmes de santé. Franklin D. Roosevelt, paralysé, a gouverné en fauteuil roulant. John F. Kennedy, considéré comme l'incarnation de la jeunesse, avait en réalité une santé très fragile et devait prendre quantité de médicaments. Dans les deux cas, leur dossier médical était gardé secret.

C'était l'époque, dira-t-on. Les temps ont changé. La santé des présidents américains est prise beaucoup plus au sérieux aujourd'hui. C'est une question d'intérêt public tout à fait légitime.

Cela dit, même si les temps ont changé, certaines choses ne changent pas, se dit-on quand on entend un Rudy Giuliani déclarer qu'Hillary Clinton est trop faible et donc inapte à prendre la tête du pays. Parlerait-on d'un homme politique de la même manière ? « Il est vrai qu'on a parlé de l'âge de John McCain, observe Élisabeth Vallet. Mais on en a plus parlé en disant : "Ah ! Il est vieux et sa colistière n'est pas capable de prendre le relais si besoin est." Donc, le problème, c'était sa colistière, ce n'était pas lui... »

L'histoire récente nous dit qu'une grippe d'homme politique tend à être traitée bien différemment que celle d'une femme. Qui se souvient par exemple du général David Petraeus qui, en 2010, s'était évanoui en plein débat au Congrès ? Un problème de déshydratation, a-t-on dit. « On n'en a pas fait tout un plat », rappelle Élisabeth Vallet.

Voilà pourtant un homme qui, sans être candidat à la présidence, était chef des forces américaines au Moyen-Orient. Un homme qui avait le pouvoir de déclencher des batailles importantes et qui s'est évanoui au moment où on lui posait des questions sur sa stratégie en Afghanistan. Et puis ? Et puis... rien. Le contraste est saisissant. On est vite passé à autre chose. Deux malaises, deux mesures.

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