Ce que l'on dit (ou pas) sur Cologne

À l'instar de ces Syriens qui ont manifesté... (Photo PATRIK STOLLARZ, Agence France-Presse)

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À l'instar de ces Syriens qui ont manifesté devant la gare centrale de Cologne, hier, notre chroniqueuse rappelle que la violence sexuelle n'était pas un phénomène circonscrit à un seul pays ou à une seule région du monde.

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« Les agressions de Cologne étaient surtout l'oeuvre de réfugiés », nous disait lundi une dépêche de l'agence Associated Press. Les autorités allemandes y démentaient les informations qui circulent depuis quelques jours selon lesquelles seulement trois des suspects seraient des réfugiés.

On sait que la nuit du 31 décembre à Cologne a été marquée par une vague de violence et d'agressions sexuelles. Plus de 1000 plaintes ont été déposées, dont 467 pour des crimes de nature sexuelle. Soixante-treize suspects ont été identifiés, dont douze pour des agressions sexuelles.

Pour mettre fin à l'impunité en matière de crimes sexuels, il faut dire les choses. Il faut traduire en justice les agresseurs, peu importe leurs origines. Malheureusement, après Cologne, pour une bonne partie de l'opinion publique, nourrie par l'extrême droite xénophobe, ce ne sont pas tant les agresseurs qui ont été mis à procès que l'ensemble des réfugiés. On ne veut pas tant savoir s'ils sont coupables ou innocents. On veut surtout savoir si ce sont des musulmans. Car vous savez, ces gens-là... C'est dans leur culture...

En choisissant dans un premier temps d'étouffer l'affaire, les autorités à Cologne ont agi de façon irresponsable. Comment la police a-t-elle pu dire au lendemain du réveillon qu'il n'y avait aucun « incident majeur » à déclarer ? Quel message cela envoie-t-il aux femmes qui ont été agressées ? Quel message cela envoie-t-il aux agresseurs ?

Il faut dire les choses. En même temps, je m'interroge. Pas tant sur la pertinence de dire les choses que sur la façon dont on choisit de le faire. Sur l'inconscient collectif que ce choix révèle.

Moins d'un mois après les agressions de Cologne, un réseau de pédophiles bien d'ici a été démantelé au Québec, rappelait lundi la blogueuse du Voir Dalila Awada. « Il ne s'est évidemment trouvé personne pour avancer que ces gens sont sexuellement délinquants par culture », écrit-elle. Contrairement aux pédophiles « blancs », les étrangers n'ont pas le privilège de l'individualité. Leur déviance est considérée comme un trait culturel. Et pourtant...

L'exemple est très éloquent. On sait que la violence sexuelle n'est pas un phénomène circonscrit à un seul pays ou à une seule région du monde. Même si les combats diffèrent grandement d'un pays à l'autre, on parle tout de même d'un phénomène global très inquiétant. C'est pratique de penser que l'agresseur sexuel en Occident, c'est toujours l'Autre, l'étranger, le réfugié ou l'immigrant. Un joli faux-fuyant qui donne à penser qu'il suffirait d'expulser ce corps culturellement étranger pour expulser du même coup toute violence sexuelle de nos pays égalitaires. La triste réalité est plus complexe et généralement moins exotique. Une femme sur trois sera victime d'agression sexuelle au Canada. L'agresseur a le plus souvent un visage familier. Parlez-en avec des victimes d'inceste. Parlez-en à des victimes de violence domestique.

« C'est dans leur culture », dit-on au sujet des agresseurs de Cologne. Si c'est dans leur culture, que fait-on de tous ces Allemands qui se permettent d'agresser des femmes pendant l'Oktoberfest ? S'agit-il d'une exception culturelle ? Ou faut-il y voir un trait culturel bavarois ?

Que faire encore de l'histoire de ce réfugié syrien et de ses amis qui, le même soir à Cologne, ont spontanément offert leur aide à une étudiante américaine qui tentait d'échapper à ses agresseurs ? Faut-il s'étonner qu'ils aient formé un cordon de sécurité autour d'elle lui permettant de retrouver son copain et de rentrer en toute sécurité ?

Cette histoire de réfugié sauveur a bien sûr fait beaucoup moins de bruit que celle des réfugiés agresseurs à Cologne. Certains diront qu'il aurait fallu en parler davantage. Personnellement, j'ai un doute. Je suis tout aussi mal à l'aise lorsqu'on souligne au crayon gras les origines d'un homme qui commet un acte répréhensible que si on le fait pour s'émerveiller devant une bonne action. Car d'une certaine façon, célébrer « l'héroïsme » d'un étranger qui s'oppose à une agression, c'est en faire une anomalie culturelle. C'est présenter son geste comme l'exception qui confirme la règle. Une façon de dire : « Regardez ce bon Arabe. Contrairement aux autres, il s'oppose aux agressions sexuelles, lui... »

Pour mettre fin à l'impunité, il faut dire les choses. Mais il faut surtout bien les dire. Réduire le problème de la violence sexuelle à des raccourcis culturels simplistes, c'est s'assurer de ne jamais le régler.

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