Beaucoup de bruit pour rien

Moins de 10 % des enfants font les 60... (Photo Eoin O'Conaill, archives The International Herald Tribune)

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Moins de 10 % des enfants font les 60 minutes d'activité physique intense dont ils ont besoin chaque jour, selon le plus récent Bulletin de l'activité physique de ParticipACTION.

Photo Eoin O'Conaill, archives The International Herald Tribune

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Déluge de réactions, à la suite de ma chronique de mardi où il était question de l'intolérance devant le bruit des enfants. Il n'y a rien de plus petit que la bêtise des grands, disais-je après avoir raconté l'histoire de cette dame qui a envoyé deux mises en demeure à sa voisine, lui reprochant d'avoir des enfants trop bruyants.

La majorité des lecteurs qui ont pris la peine de m'écrire partageaient mon indignation. Plusieurs ont cité les paroles chantées par Dan Bigras : « Si tu me surprends à fermer les fenêtres parce que le bruit des enfants me monte à la tête... Tue-moi. »

Mais un certain nombre de lecteurs ont répliqué que c'est précisément le bruit des enfants des autres qui les tuait, qu'ils n'avaient pas à endurer ça, que les enfants d'aujourd'hui sont d'insupportables enfants-rois, que ceux d'autrefois étaient tellement mieux élevés...

Tous ces gens ont-ils oublié qu'ils ont eux-mêmes déjà été des enfants ?

Une société vieillissante devient-elle plus intolérante ? C'est possible. Dans le cas rapporté, on parlait d'un couple dans la quarantaine sans enfants. Mais être vieux n'a souvent rien à voir avec l'âge, comme en témoigne cette réaction d'une lectrice de 86 ans. « Eh bien ! Voilà un couple, avant longtemps, prêt pour une résidence pour personnes âgées. Quel égoïsme. »

Les enfants d'aujourd'hui font-ils vraiment plus de bruit ? Ou est-ce la société qui est de plus en plus intolérante et individualiste ?

Ce qui me semble paradoxal, c'est que l'on se plaint du bruit des enfants dans une société où ils n'ont jamais été aussi peu présents. Le jour même de la publication de ma chronique, Statistique Canada a dévoilé des chiffres nous disant que, pour la première fois au pays, on compte plus de personnes âgées de plus de 65 ans que d'enfants. Minoritaires dans une société vieillissante, les enfants n'ont jamais été aussi peu nombreux à jouer dehors. Ils n'ont jamais été aussi sédentaires et solitaires, seuls ensemble devant leur écran.

Au Canada, les enfants de 5 à 11 ans consacrent en moyenne huit heures par jour à des activités sédentaires. Moins de 10 % des enfants font les 60 minutes d'activité physique intense dont ils ont besoin chaque jour, selon le plus récent Bulletin de l'activité physique de ParticipACTION.

Bien des gens ont l'impression que les parents ne surveillent plus leurs enfants et les laissent faire n'importe quoi. Mais quand il s'agit de jouer dehors, on fait face au problème inverse, nous disent les experts. Ce qui est préoccupant, ce n'est pas le manque de surveillance, mais plutôt le fait que les parents surveillent trop leurs enfants. Ils les surprotègent. C'est ce que l'on appelle « l'hyperparentalité ». En voulant bien faire, on - et la mère-tendance-poule en moi est incluse dans ce « on » - fait parfois exactement le contraire.

Laisser les enfants bouger et se bousculer dehors sans surveillance, c'est risqué ? Pas autant que de les garder à l'intérieur, soulignent les études à ce sujet. 

Il y a un tas de choses que l'on apprend en allant jouer dehors librement et en prenant des risques.

« Tassez-vous de là, laissez-les jouer ! » C'est le message lancé cette année par ParticipACTION. Il n'est pas normal que les jeux excitants de l'enfance dont plusieurs parents se souviennent avec nostalgie soient aujourd'hui considérés comme des « jeux risqués » par les « hyperparents » que nous sommes.

Au lieu de surveiller plus les enfants qui jouent, on aurait tout intérêt à les surveiller moins, à les laisser prendre des risques et à tourner le dos au délire sécuritaire propre à notre époque. On aurait tout intérêt aussi à exiger des municipalités qui sanctionnent le jeu des enfants qu'elles révisent leurs règlements pour en finir avec ce genre d'aberrations.

***

Un lecteur me fait remarquer qu'il en est des mises en demeure contre les enfants bruyants comme des niqabs lors des cérémonies de prestation de serment : c'est quand même très rare. « Pourquoi est-ce important d'en parler ? Pourquoi est-ce important de modifier la législation ? Dans votre argumentaire pour faire du niqab une question futile, vous revenez constamment sur le nombre peu élevé. N'est-ce pas la même chose ici ? »

Intéressante question à laquelle je réponds ceci : je ne dis pas que le niqab est une question futile dont il faudrait éviter de parler. Je ne suis pas pro-niqab, je l'ai déjà écrit, je me répète. Ce que je dis, c'est que, dans l'échelle des priorités, il y a d'autres enjeux beaucoup plus importants pour qui est réellement préoccupé par les droits des femmes. Ce que je dis aussi, c'est que les conservateurs ont fait exprès de ne pas régler cette question pour qu'elle rebondisse en campagne électorale et qu'ils puissent en tirer profit. Si c'était si important pour eux, si c'était une question de valeur et de principe, pourquoi s'être soigneusement employés à ne pas la régler ?

Pour faire un parallèle avec les droits des enfants et mettre les choses en perspective : dans l'échelle des priorités, le sort des enfants vulnérables qui arrivent à l'école le ventre creux et n'ont pas le droit à des services adéquats est beaucoup plus préoccupant à mon sens que celui des enfants qui reçoivent une mise en demeure parce qu'ils font du bruit en jouant dehors.

L'un et l'autre méritent d'être dénoncés. Cela dit, si un chef politique annonçait, main sur le coeur, qu'il allait faire changer de façon prioritaire son propre règlement sur le bruit pour le bien des enfants alors qu'il n'a jamais daigné lever le petit doigt pour les enfants vulnérables, j'aurais beaucoup de mal à le prendre au sérieux. Je me dirais qu'il fait beaucoup de bruit pour rien.

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