Chercher Mathieu

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Je venais à peine de terminer Chercher Sam, le dernier roman de Sophie Bienvenu, j'en avais encore les yeux tout embués, quand j'ai appris avec consternation que le «vrai» Mathieu était mort de façon tragique.

Mathieu Gaudreault était un gars drôle, attachant, intelligent,... (PHOTO FOURNIE PAR MARIE-LINE RAZA) - image 1.0

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Mathieu Gaudreault était un gars drôle, attachant, intelligent, qui était souvent là, à l'angle de la 5e Avenue, avec son chien, sa guitare et ses pancartes faisant rigoler les passants, écrit Rima Elkouri.

PHOTO FOURNIE PAR MARIE-LINE RAZA

Mathieu Gaudreault était un jeune sans-abri, bien connu des passants de la rue Masson, dans Rosemont. Le livre Chercher Sam lui est dédié. Car le Mathieu de la «vraie vie», c'était lui. Un gars drôle, attachant, intelligent, qui était souvent là, à l'angle de la 5e Avenue, avec son chien, sa guitare et ses pancartes faisant rigoler les passants.

C'est ce Mathieu qui avait aidé Sophie Bienvenu dans ses recherches pour arriver à écrire Chercher Sam (Cheval d'août, 2014). L'histoire à la fois triste et belle d'un jeune écorché de la vie qui cherche son chien, qui cherche son chemin.

***

Mathieu Gaudreault, 24 ans, est mort dans un accident de voiture le 21 décembre. Il allait fêter Noël avec sa famille. Il ne s'est jamais rendu à destination. Son ami Bobby Cusson, 28 ans, qui était au volant, est mort lui aussi. Il semble qu'il ait perdu la maîtrise du véhicule avant de faire une embardée mortelle à Saint-Liguori, près de Joliette.

Mathieu Gaudreault laisse dans le deuil sa famille, sa fille de 6 ans, ses amis. Il laisse aussi son chien Foetus. Un pitbull qu'il faisait toujours manger avant lui quand il n'avait pas assez d'argent. Le chien, qui attend un maître qui ne reviendra plus, a été recueilli par une amie.

Les funérailles de Mathieu ont eu lieu vendredi, à l'église de Sainte-Mélanie, dans Lanaudière. Sophie Bienvenu y est allée, le coeur serré. Avec le temps, Mathieu était devenu un ami.

J'ai senti une réticence dans la voix de l'auteure quand je l'ai appelée hier pour lui parler de cette histoire tragique. Ébranlée, elle ne voulait surtout pas s'approprier un deuil qui, au départ, n'est pas le sien. «Je n'ose pas imaginer la peine de sa famille.»

Elle a appris la triste nouvelle en lisant un article du journal de quartier RueMasson.com (http://ruemasson.com/2014/12/26/il-sappelait-mathieu/) envoyé par une amie. Bouleversée, elle est allée déposer des fleurs à l'endroit où Mathieu se tenait, devant le Dollarama de la rue Masson. D'autres passants avaient écrit des mots à sa mémoire. «RIP Math ta musique et ton énergie vont nous manquer.»

Sophie a eu l'impression que rien de ce qu'elle pourrait écrire ne serait suffisant pour rendre hommage à son ami. Mathieu était un être d'exception. Un gars généreux et brillant que le système d'éducation avait échappé. «Ma vie n'a plus jamais été la même après notre rencontre.»

Le Mathieu dont elle raconte l'histoire dans Chercher Sam n'est pas le Mathieu de la «vraie vie». Elle avait déjà son histoire en tête quand elle a fait appel à lui. Elle voulait en savoir plus sur le quotidien des gens de la rue. «Hey, je pourrais te poser des questions?»

Ils se sont vus trois ou quatre fois. Il lui a raconté sa vie, ses rêves. Il a répondu à toutes ses questions. «Tu ferais quoi si tu perdais ton chien? Le chercherais-tu?»

À ses côtés, elle a appris plein de choses. Elle a pleuré aussi. «Il m'a apporté beaucoup. Beaucoup plus que ce que je lui ai apporté.» Reconnaissante, elle lui a demandé ce qu'elle pouvait faire pour lui. Il ne voulait rien. Son chien avait peut-être besoin de voir le vétérinaire? Oui, ça tombait bien, il en avait besoin. Il devait se faire opérer. Ça coûterait 500$. Elle lui a dit: «Toi, tu trouves 100$. Moi, je vais trouver le reste.» Il s'est débrouillé. Il a trouvé. Il s'est pointé à l'heure au rendez-vous. Le chien a pu être soigné.

Quand son roman Chercher Sam a été publié cet automne, Sophie a tenu à en offrir un exemplaire à Mathieu. Il a d'abord semblé surpris. «Moi, la lecture, c'est pas vraiment mon truc...

- Le livre t'est dédié. Je m'en fous si tu ne le lis pas. Je veux juste que tu l'aies.»

Quelques semaines plus tard, Mathieu lui a lancé fièrement: «Hey! Je l'ai lu, ton livre! C'est le premier livre que je lis en 16 ans!» Il avait trouvé ça triste. Il avait trouvé ça bon. Elle lui a offert son premier roman (Et au pire, on se mariera) en espérant qu'il le lise aussi. Elle avait hâte qu'ils puissent en discuter...

Sophie a croisé Mathieu une semaine avant l'accident. Ils ont parlé un peu. Elle a surveillé son chien. Elle lui a dit qu'elle l'inviterait, comme l'an dernier, à souper au café Lézard entre Noël et le jour de l'An. Ils se sont fait un «high-five» et elle est partie.

Depuis, elle le cherche. Même après l'avoir vu, couché dans son cercueil, elle n'arrive pas à croire à son départ. Elle n'arrive pas à comprendre pourquoi. Elle espère encore le voir, rue Masson.

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