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Une mère et son bébé

Ivonne Hernandez... (PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE)

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Ivonne Hernandez

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

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Ce n'est pas normal qu'une femme qui dénonce une situation de violence conjugale soit punie par les autorités canadiennes pour l'avoir fait. C'est pourtant le sort inhumain réservé à Ivonne Hernandez, une sans-papiers mexicaine qui risque d'être renvoyée au Mexique et séparée à tout jamais de son bébé né ici, après avoir osé quitter un foyer violent.

J'ai rencontré Ivonne hier matin après que son médecin, inquiète pour elle et indignée par sa situation, m'eut contactée.

Ivonne a 41 ans. Elle est arrivée à Montréal en 2009, fuyant une situation de violence domestique. En 2011, sa demande de statut de réfugiée a été refusée. Mais comme des milliers de demandeurs d'asile qui craignent de retourner dans leur pays, Ivonne a continué de vivre ici. Sans statut, sans papiers, mais non sans espoir.

«Dans mes rêves, je voulais avoir une famille», raconte-t-elle le regard triste. Elle a rencontré un Montréalais. Ils se sont mariés et ils ont eu un enfant en 2012. Des démarches de parrainage ont été faites. Jusqu'à ce que le rêve déraille.

Durant sa grossesse et après son accouchement, Ivonne a été suivie à la clinique pour migrants de Médecins du monde, qui offre des soins aux gens à statut précaire. La Dre Marie-Michelle Bellon, qui y est médecin bénévole, l'a rencontrée alors qu'elle était enceinte jusqu'aux oreilles. Ivonne souffrait de polyarthrite inflammatoire. La Dre Bellon lui a prescrit des médicaments. Mais très vite, elle a compris que sa patiente ne les prenait pas. Elle était sans le sou et craignait de demander de l'argent à son mari.

Au fil des rencontres avec son médecin, Ivonne lui a parlé du climat de violence psychologique qui régnait à la maison. Elle lui a parlé de menaces à son intégrité physique. Elle lui a confié que son mari menaçait souvent de la dénoncer à l'Immigration et de la faire renvoyer au Mexique.

En septembre 2013, la situation semblait si intolérable qu'Ivonne s'est dit qu'elle devait s'enfuir, pour son bien et celui de son fils. Elle avait peur qu'il y ait une escalade de violence physique.

Pour la Dre Bellon, il ne fait aucun doute qu'Ivonne se trouvait dans une situation d'abus psychologique et physique. Il ne fait aucun doute non plus que sa priorité était l'épanouissement de son fils.

Mais voilà, quand, en décembre, Ivonne a finalement pris son courage à deux mains et fui avec son bébé dans un refuge pour femmes victimes de violence, tout a encore déraillé. «On aurait dit que tout était contre moi», raconte Ivonne, la voix brisée par la douleur.

Le 10 janvier, la garde de son fils de 13 mois a été accordée temporairement au père. Ivonne a obtenu la permission d'être aux côtés de son bébé huit heures par semaine. Le statut précaire de la mère aurait été invoqué pour justifier la décision. Comment se fait-il qu'on n'ait pas tenu compte des preuves de violence conjugale et des capacités parentales du père et de la mère? L'avocate de l'ex-conjoint refuse de commenter l'affaire. La directrice de la maison d'hébergement qui a accueilli Ivonne, Sonia Dionne, est révoltée par la décision. «Personne ne nous a demandé notre avis au moment de lui enlever son enfant.»

Une autre audience à la Cour familiale est prévue le 6 mars. Ivonne croit avoir de bonnes chances de pouvoir récupérer la garde de son bébé. Le hic, c'est qu'elle risque de ne plus être au pays... Le 22 janvier, alors qu'elle devait récupérer son fils à la station de métro Berri-UQAM, son ex-mari s'y est présenté avec l'enfant dans les bras et accompagné d'agents d'immigration. Ivonne, qui croyait pouvoir voir son bébé, a compris qu'un guet-apens lui avait été tendu. Elle a été arrêtée et détenue. Après le dépôt d'une caution, elle a vite pu être libérée. Ce qui ne change rien au fait qu'elle fait désormais face à un ordre d'expulsion vers le Mexique, sans son fils, le 7 février.

«Je demande juste qu'on me laisse rester avec mon bébé», répète Ivonne. «C'est mon bébé, c'est mon sang. Il est toute ma vie. Pourquoi devrais-je perdre mon bébé?»

Comment se fait-il que l'Agence des services frontaliers ne puisse donner un sursis à cette mère, au moins jusqu'à l'audition prévue le 6 mars?

«Si le ministre [de la Sécurité publique] Steven Blaney a un coeur, il peut arrêter l'expulsion cet après-midi», croit la présidente de la Fédération des femmes du Québec, Alexa Conradi, qui a joint sa voix à une quarantaine d'organismes qui soutiennent Ivonne.

Comment les autorités peuvent-elles agir de façon aussi inhumaine, séparant une mère de son enfant? Au bureau d'Immigration Canada à Ottawa, on m'a renvoyée vers l'Agence des services frontaliers, qui ne m'a pas rappelée.

En attendant, le message que les autorités canadiennes envoient une fois de plus aux femmes à statut précaire qui osent fuir un conjoint violent est très inquiétant. Comme si on leur disait: «Mieux vaut endurer les coups sans rouspéter... Sinon, une punition vous attend.»

Dans un pays qui se vante d'avoir été un pionnier dans la lutte contre la violence conjugale, voilà qui est honteux.




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