Michael Applebaum, monsieur Opérationnel

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«Qu'est-ce qui vous distingue de Gérald Tremblay?», a demandé dans son entrevue «10+1» ma collègue Nathalie Collard à Michael Applebaum, maire par intérim de Montréal.

10+1 avec Michael Applebaum

«Je ne vais pas parler de Gérald, mais je vais parler de moi», a répondu M. Applebaum. «Je suis monsieur Opérationnel.»

En lisant sa réponse, je n'ai pu m'empêcher d'avoir en tête une image bien moisie. Celle d'un enfant dormant dans un logement tapissé de moisissures dans Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce, arrondissement de M. Applebaum, qui devra à son tour élire un maire par intérim le 26 novembre.

La photo de cet enfant dans un décor rappelant un vieux fromage bleu a été publiée à la une de La Presse le 9 février 2011. Je m'étais intéressée à l'histoire bien moisie du 3400, avenue Linton, un immeuble de Côte-des-Neiges que la direction de la santé publique (DSP) avait classé «impropre à l'habitation». J'avais obtenu le rapport de la DSP, qui faisait frémir. J'avais été scandalisée de voir que, plus de trois mois après que la DSP eut averti que l'insalubrité de cet immeuble était telle qu'elle mettait en danger la santé des occupants (surtout celle des enfants, plus à risque de souffrir de problèmes respiratoires), l'arrondissement n'avait toujours pas levé le petit doigt pour vraiment mettre au pas le propriétaire délinquant, Mitchell Stupp. L'histoire était d'autant plus choquante qu'elle témoignait (et témoigne toujours) du climat d'impunité qui règne dans la république des taudis montréalais.

Qu'en avait dit Michael Applebaum, qui portait alors le double chapeau de maire de l'arrondissement et de responsable de l'habitation à la Ville de Montréal? Rien du tout. Il avait refusé de répondre à mes questions. Peu de temps avant, il avait aussi refusé de rencontrer les gens de l'organisme de défense des locataires L'OEIL, très inquiets par l'étendue de la moisissure du 3400, avenue Linton, qu'ils dénonçaient depuis plus d'un an. Même si, dans son rapport dévastateur, la direction de la santé publique estimait que les locataires, dont la santé était menacée, devaient quitter les lieux le plus vite possible, le porte-parole de l'arrondissement disait qu'il «n'y avait pas d'urgence à agir». Comme si le fait d'habiter un immeuble plus adapté aux champignons qu'aux enfants ne méritait finalement rien de plus qu'un haussement d'épaules.

Le lendemain, lorsque La Pressea publié un reportage accablant sur le 3400, avenue Linton, le cas est soudainement devenu très urgent. Monsieur Opérationnel, silencieux jusque-là, a vite convoqué une conférence de presse devant l'immeuble de l'avenue Linton pour dire à quel point il était choqué par l'insalubrité du logement et pour montrer qu'il prenait le moisi au sérieux. Il ne haussait plus les épaules. Il agitait les bras tel un superhéros volant à la rescousse des familles vivant dans des logements insalubres.

«Comme tout le monde, je ne peux accepter de voir une famille vivre dans de telles conditions», a-t-il déclaré. En entrevue avec Benoît Dutrizac, il a dit: «Vous avez raison de m'avoir téléphoné, parce que c'est une situation inacceptable. J'ai été choqué ce matin quand j'ai ouvert La Presse et que j'ai vu les photos...»

Il a aussi pris soin au passage de tirer sur le messager, en faisant une jolie démonstration par l'absurde. C'est faux de dire que la Ville ne fait rien pour régler le problème. Regardez, me voilà devant les caméras!

Monsieur Opérationnel? Il faut malheureusement beaucoup plus qu'une opération de relations publiques pour pouvoir prétendre faire son travail rigoureusement. M. Applebaum ne peut prétendre qu'il s'agit là d'un cas isolé. En avril dernier, à la suite d'enquêtes sur des cas où des locataires ont dû être hospitalisés pour de graves problèmes pulmonaires causés par des champignons, l'ombudsman de Montréal a recommandé aux autorités municipales de faire un suivi plus rigoureux des plaintes. En mai, le vérificateur général de la métropole a déploré le fait que Montréal manque d'initiative pour enrayer les problèmes d'insalubrité. Il a souligné que la Ville met rarement les propriétaires à l'amende et traîne les pieds quand il s'agit de régler les plaintes.

Aux dernières nouvelles, plus de trois ans après la première plainte envoyée à l'arrondissement, les problèmes d'insalubrité du 3400, avenue Linton ne sont toujours pas réglés. La décontamination n'a pas été faite adéquatement. La direction de la santé publique indique qu'il persiste une «contamination fongique significative» dans l'immeuble et que les logements ne devraient pas être loués. Le propriétaire ne semble pas s'en formaliser et l'arrondissement ne semble pas être en mesure de le mettre au pas. De nouveaux locataires, ignorant tout du dossier moisi de cet immeuble, ont été piégés. Imaginez-vous qu'il y a désormais deux garderies en milieu familial dans ce même immeuble devant lequel M. Applebaum déchirait sa chemise en prétendant que la Ville travaille à régler le problème. Deux garderies en milieu fongique qui, malgré le grand ménage annoncé, semblent à l'image d'une forme de moisi bien tenace à la Ville de Montréal.

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