Les parasites

À entendre le ministre Jason Kenney, on a presque l'impression que c'est le Canada qui devrait demander l'asile tant il est victime d'abus de la part de «faux» demandeurs d'asile et autres «criminels» étrangers.

Au lieu de parler du devoir de protection des réfugiés dont la vie est menacée, le gouvernement conservateur préfère de toute évidence aborder la question à l'envers. Son message: nous, gens généreux, devons nous protéger contre «eux», abuseurs de tout acabit. Le projet de loi présenté jeudi vise officiellement non pas à protéger les réfugiés, mais bien à «protéger le système d'immigration du Canada».

Fort de sa majorité, le gouvernement Harper a ainsi décidé de mettre à la poubelle tous les compromis consentis à l'opposition en matière de droit d'asile. Résultat: une version encore plus inquiétante de son projet de réforme du système d'asile canadien présenté en 2010.

Nouvelle version, donc. Même vieux discours. Un discours qui présente essentiellement les demandeurs d'asile comme des parasites. Les Canadiens ne tolèrent pas que l'on «abuse» et «profite» de leur générosité, a répété le ministre Kenney, jeudi.

On avait entendu exactement le même refrain populiste après l'arrivée de l'Ocean Lady et du Sun Sea, deux bateaux de clandestins tamouls brandis en épouvantails par le gouvernement Harper pour justifier des mesures antiréfugiés musclées. On se rappellera qu'après avoir survécu à des traumatismes atroces au Sri Lanka, des demandeurs d'asile avaient été détenus et traités comme des criminels pour mieux servir la cause des conservateurs.

Tout cela n'était donc qu'un avant-goût. Le nouveau projet de loi C-31 présenté jeudi reprend presque mot pour mot le C-4 visant officiellement à serrer la vis aux passeurs (mais qui, dans les faits, cible injustement les réfugiés). On prévoit toujours une détention automatique d'au moins un an pour les demandeurs d'asile clandestins. La seule bonne nouvelle: les enfants de moins de 16 ans ne seront plus obligatoirement détenus à leur arrivée, comme le prévoyait la version précédente du projet de loi.

Cette mesure, plus que toutes les autres, avait suscité une vive indignation. Le fait de l'avoir écartée ne règle pas pour autant le problème des enfants qui seront séparés de leurs parents en détention après avoir fui des persécutions. Il y a des séparations qui sont pires qu'un emprisonnement. Immigration Canada précise que «s'il est dans l'intérêt supérieur de l'enfant de rester en détention avec ses parents/tuteurs», il se pourrait que l'enfant soit «hébergé» dans le même établissement de détention. On comprendra ici que la distinction entre «hébergé» et «détenu» reste quelque peu théorique.

Ce qui est particulièrement inquiétant dans le nouveau projet de loi, c'est la montagne de pouvoirs discrétionnaires qu'il accorde au ministre de l'Immigration. Le ministre pourra décider ce qui constitue ou non une arrivée «irrégulière», pouvant entraîner des sanctions sévères. Il pourra établir seul, sans avoir à se soucier de l'avis d'un comité d'experts indépendants, sa liste de pays «sûrs» dont les ressortissants auront le droit à un traitement plus expéditif - il leur sera interdit de porter une décision en appel, par exemple. Il en résultera un système de protection des réfugiés à deux vitesses, qui ouvre la porte à bien des erreurs et des injustices.

Pour justifier de telles mesures, le ministre Kenney a souligné le fait que de nombreux demandeurs d'asile viennent de démocraties, où les droits de l'homme sont respectés. L'an dernier, près du quart des demandeurs d'asile provenaient de l'Union européenne, dit-il. Il s'agit pour la plupart de Roms venus de Hongrie. Qu'importe si la Hongrie a été sévèrement critiquée par un comité de l'ONU en raison des discriminations et des mauvais traitements dont y sont victimes les Roms. Qu'importe la poussée de l'extrême droite... Pour le ministre Kenney, les Roms qui atterrissent ici sont nécessairement des «faux réfugiés» et des «profiteurs» qui coûtent cher au système. Alors que souffler sur les braises de la xénophobie, ça ne coûte rien, semble-t-il.




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