Il ne faisait que passer

Un passant. Un simple passant. Il allait travailler à l'hôpital. Rue Saint-Denis, au coeur de la ville. Un mardi matin de printemps aux airs d'été. Un soleil généreux.

Il avait 36 ans. La vie devant lui. En l'espace de quelques secondes, tout a basculé. L'horizon devant lui n'était plus qu'une flaque de sang. Une balle perdue, peut-être. L'homme a succombé à ses blessures. Il ne faisait que passer. Il allait travailler à l'hôpital Saint-Luc. Il y était presque. Il ne s'y est jamais rendu. Il est mort.

Que s'est-il passé? Tout aurait commencé quand un homme de 40 ans, armé d'un couteau, souffrant sans doute de troubles mentaux, s'est mis à éventrer des sacs à ordures devant plusieurs commerces. Il y aurait eu des menaces. Un cycliste effrayé aurait appelé la police. Des agents du SPVM ont tenté d'intervenir. Ils auraient essayé de raisonner l'homme. Tout a dérapé. Des balles ont été tirées. L'homme armé est mort. Le passant, aussi. Quatre policiers ont été traités pour choc nerveux.

L'homme au couteau était-il suicidaire? A-t-il tenté d'attaquer les policiers? Les policiers se sont-ils sentis menacés? Savaient-ils comment intervenir auprès d'un homme en crise? Ont-ils pris peur pour rien? N'aurait-on pas pu éviter cette tragédie? On ne le sait pas. Ce que l'on sait, c'est que deux hommes sont morts. Et que l'un des deux n'était qu'un simple passant. Il ne faisait que passer. S'il avait marché un peu plus vite ou un peu plus lentement, il serait encore rue Saint-Denis ce matin. Il aurait salué ses collègues en entrant à l'hôpital.

Ce que l'on sait aussi, malheureusement, c'est qu'on ne sera sûr de rien. La politique ministérielle dans un cas comme celui-là commande de confier l'enquête à la Sûreté du Québec. C'est cette politique qui dicte la marche à suivre lorsque se produit un événement impliquant des policiers au cours duquel quelqu'un a été blessé ou tué. Mais la police peut-elle policer la police en toute indépendance? Malgré les nombreux appels à la transparence, rien n'a changé dans ce domaine. Les enquêtes de police sur la police demeurent trop opaques. Le problème, ce n'est pas qu'elles sont nécessairement mal faites - même si l'enquête Villanueva a montré que ce pouvait être le cas. Le problème, c'est que l'on n'a aucune garantie qu'elles sont bien faites. Or, comme l'a rappelé l'an dernier la protectrice du citoyen, cette garantie est cruciale tant pour le citoyen, qui doit avoir confiance en ses policiers, que pour les policiers, dont la crédibilité peut être ternie.

Combien de morts faut-il pour améliorer ces pratiques? N'est-il pas temps de mettre sur pied une unité d'enquête indépendante qui puisse réellement faire la lumière dans de telles situations?

Ce matin, on peut bien sûr faire le procès de ce hasard cruel capable de tuer un simple passant. Mais ce faisant, on risque peut-être d'oublier l'essentiel.

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