Pat Burns: de chair, de sang, de coeur et d'esprit

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Pat Burns

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Pat Burns, je l'aimais. Tout le reste, c'est de la business.

Pat Burns, je l'aimais pour des raisons qui n'ont rien à voir avec le hockey, avec le Canadien, avec les Maple Leafs de Toronto, les Bruins, les Devils ou les équipes d'Équipe Canada qu'il aura dirigées.

Je l'aimais parce que c'était un homme. Autrement dit, parce qu'avec Pat Burns, on n'avait pas à négocier avec un beau propret à qui on avait dicté ce qu'il fallait dire et ce qu'il fallait faire.

C'était un homme de chair et de sang. Et de coeur et d'esprit. De chair, parce qu'il était un gars de trip. De moto, de police, de femmes. De sang, parce qu'il se vantait de ses origines irlandaises et qu'il avait de ses ancêtres ce sang bouillant qui lui faisait sauter une coche de temps en temps. De coeur, parce qu'il était généreux et qu'il avait le pardon facile. On se pognait d'aplomb mais une fois la bagarre finie, il était le premier à rappeler pour dire que c'était pas grave et qu'on se reverrait le lendemain. D'esprit parce qu'il avait une intelligence de l'homme, de ses forces et de ses faiblesses et qu'il avait cette faculté de voir derrière ce qui était caché que ses années comme policier lui avaient permis de développer.

Je l'aimais surtout parce qu'il était imparfait. Parce qu'il était colérique, parce qu'il avait de l'humour, parce qu'il jouait à la guitare des chansons country qu'il osait chanter quand il avait trouvé le bon accord et qu'il accompagnait à la télé Patrick Norman sur Me and Bobby McGee, parce qu'il pilotait une Harley Road King ou une Indian et qu'il regardait de haut tous ceux qui se promenaient «avec une japonaise entre les deux jambes». Je l'aimais parce que c'était un gars, un homme bon sous une carapace rugueuse et qu'avec lui, on pouvait toujours finir par régler nos comptes de l'ancienne manière. Yeux dans les yeux.

Il avait des défauts! D'énormes défauts, c'est certain. Et est-ce que je m'en fous. Je sais qu'il est mort à 58 ans et que c'est au moins 30 ans trop tôt. Mon père a 87 ans et il est amoureux de la vie comme à 20. Pat aurait eu le droit de s'y rendre si le cancer n'était pas si pervers. Cinquante-huit ans, c'est tellement jeune. Je ne fais que penser à tous ces voyages de moto que j'ai faits au cours des dernières années, à toutes ces tounes country de Willie Nelson ou de Waylon Jennings que j'ai écoutées, sans parler de Bach, de Haydn, d'Elvis et de Charlebois qui ont embelli tant d'heures. Pat aurait pu savourer tout ça et je me dis qu'il s'est fait voler sa vie.

J'aime Pat Burns à cause de Line Gignac, sa femme. J'ai connu Line à CKAC avant Pat. Le soir où ils sont tombés amoureux, Line devait souper avec Christian Tortora qui se remettait difficilement de sa 47e peine d'amour. On devait se retrouver à la Pasta Mia à l'Île-des-Soeurs. Pat est allé faire une émission à CKAC, il a rencontré Line et j'ai dû souper avec Torto puisque Line a appelé pour s'excuser. Elle était retenue, a-t-elle expliqué. Depuis hier, elle pleure son amour qui est parti.

Je sais que Pat l'a rendue heureuse. Profondément heureuse. Dans la gloire comme dans la maladie. La dernière fois que je lui ai parlé, elle m'avait juste remercié «parce que je ne les avais pas trop maganés, elle et Pat» dans un texte de La Presse. Comment j'aurais pu maganer mon vieux chum malade?

D'autres vont vous parler abondamment du coach, de l'homme de hockey. J'ai couvert le Canadien avec Pat Burns derrière le banc. Je l'ai suivi partout dans la Ligue nationale. Il vous sera raconté par de meilleurs témoins.

Il y a deux ans, dans les jours qui ont suivi le congédiement de Guy Carbonneau, j'ai appelé Pat chez lui à Tampa. J'étais à Lake Worth et j'avais le goût de jaser. J'ai trouvé sa voix très fatiguée même si le matin à CKAC, quand il était reposé, c'était mieux. Ça m'a inquiété.

- Ça te tenterait que je traverse demain avec mon Kawasaki pour que tu me fasses visiter des coins de la baie de Tampa que je ne connais pas?

- Ouais... je devrais être bon pour une heure ou deux. Viens-t-en avec ta japonaise, m'a-t-il répondu avec cette touche d'arrogance qu'il réservait aux motards japonisés.

Le lendemain, il faisait pluvieux et l'idée de rouler quatre heures sans être certain du soleil m'a fait hésiter. J'ai appelé Pat pour lui dire qu'on se reprendrait.

Évidement qu'il a fallu travailler, que les journées ont passé et que je n'ai jamais traversé à Tampa pour aller rouler avec Pat.

Je ne me pardonne pas cette paresse. C'est quoi quatre heures sous une bruine fraîche?

Je n'ai jamais revu Pat Burns en personne...

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