Bon ben voilà

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Pierre Foglia
La Presse

Depuis quelques jours, de très nombreuses lectrices, environ 245 785, me conseillent de parler plutôt de mes chats. J'allais ne pas les écouter, j'allais leur rappeler qu'au coeur de ma chronique de mardi je disais ceci, et que c'en était l'essence même: «Chaque fois que la délation est érigée en système, chaque fois, forcément, elle sert à de tragiques règlements de comptes.»

Elles ont été environ 245 785 à me demander: mais où ça, des règlements de comptes? C'était mardi. De quoi parlait-on mercredi, jeudi, vendredi? De ces trois profs de l'UQAM très sommairement jugés sur la place publique. Je n'allais pas triompher, j'allais juste dire bon ben voilà. Je dis souvent ça: bon ben voilà. J'aurais sans doute ajouté CQFD, mais finalement non, je ne dirai rien. Figurez-vous que je viens d'apprendre que c'est un hasard. Quoi? Qui est un hasard? Ben la grande lessive et le petit rinçage de profs, c'est complètement un hasard si ça arrive en même temps, ça n'a rien, rien, rien à voir, aucun lien. Rien.

Bon ben voilà qui règle la question. Je m'excuse de l'avoir soulevée.

Mes chats, donc. Je n'en ai jamais eu aussi peu. Sept. Et plus de mille souris que l'on entend grignoter je ne sais quoi dans les murs, la nuit. Il y a des gens qui ont des chats pour ne pas avoir de souris. Moi, j'ai des souris parce que les chats me les rapportent. Vivantes. L'idée, c'est de jouer avec dans le salon. Sauf qu'elles se poussent sous le piano. Sur les 1000, doit y en avoir 987 dans le piano.

Ai-je dit sept chats? En fait six. Et Charlie. Charlie, c'est pas pareil. Je viens de finir un livre1 dont les plus belles pages, à la fin, parlent d'un enfant autiste avec un chien. Avec Charlie, je suis comme un enfant autiste. Je n'ai jamais été comme ça avec un chat, même ceux que j'ai le plus aimés, Titouse, Picotte, Le Petit Robert, Lola, Tonton. Charlie, c'est pas pareil. Elle est partie depuis midi, il est 6 heures, il pleut, il fait froid, je sors sur la galerie, les mains en porte-voix pour qu'elle m'entende au fond du champ peut-être plein de coyotes: Charlie, sacramente, viens-t'en!

Huit heures, toujours pas là. J'ai soupé tout croche. Même les crêpes, j'avais pas envie. Dix heures, minuit... Adieu, Charlie, comme un soulagement en même temps, je ne l'attendrai plus, je ne lèverai plus cent fois la tête de mon livre pour voir si elle est à la porte.

Au petit matin, je vais pisser, merci mon dieu, elle est là, la salope, sur le sofa, en rond comme n'importe quel chat. Un grand bonheur gaga m'emplit complètement. Un grand bonheur d'autiste, j'en bave un peu, j'y touche pas, j'y parle pas, je reste là un long moment à regarder les lames du parquet. Allez tous au diable, Charlie est là.

DERNIÈRE SORTIE - Dans la pente douce qui ramène au chemin Saint-Armand, me suis fait dépasser par un cycliste qui n'allait pourtant pas si vite, je le soupçonne même d'avoir ralenti pour me dépasser poliment, en prenant le temps de me dire bonjour et même de m'offrir une excuse: y a un bon vent, non? Cela m'arrive de plus en plus souvent, je veux dire de me faire dépasser avec les précautions que l'on prend habituellement pour dépasser un enterrement.

C'était mardi. Une journée de printemps sauf pour le maïs encore debout et les vignes déjà butées. Mais les prairies étaient vertes comme l'Irlande et l'air, si doux que j'ai traversé quelques nuages de petites mouches. Par endroits, le chemin était jaune du maïs tombé des bennes trop pleines.

Une journée euphorique, une journée que tu payeras cher, mon petit garçon - ma mère disait ça de n'importe quel plaisir: tu le payeras cher. Anyway, Gracq le dit aussi, mais autrement: «Celui-là qui oublie la nuit qui le cerne ne connaît pas le vrai jour.»2

Le jour, justement, déclinait quand je suis arrivé dans ma cour.

Le soir même, aux nouvelles américaines, on nous montrait le Minnesota qui pelletait sa première bordée de neige. C'était mardi, il y avait aussi tous ces courriels venus de l'Arctique. J'ai remis une bûche dans le poêle.

T'as froid? m'a dit ma fiancée.

Un peu. Tu trouves pas, toi, que plus la planète se réchauffe, plus on gèle?

ZYGO - C'est le nom de mon grand pic. Zygo. Dans mon guide des oiseaux, il est dit que le grand pic est zygodactyle; je ne comprends pas très bien parce que zygos, en grec, veut dire «à roulettes». Une valise zygodactyle, en grec, c'est une valise à roulettes. Anyway, depuis la fin de l'été, un grand pic a installé ses pénates dans le frêne juste devant la fenêtre de mon bureau. Vous avez déjà vu un grand pic? C'est un volatile assez considérable aux allures de matamore, avec une huppe d'un rouge querelleur. Reste que c'est gentil comme tout, en tout cas, ça se nourrit de petits fruits comme les danseuses des grands ballets.

On ne voit pas Zygo de la journée, on le voit juste partir le matin et revenir à la fin de l'après-midi avec une ponctualité de fonctionnaire. Remarquez, il l'est peut-être, fonctionnaire, dans quelque bureau du ministère des ressources naturelles des oiseaux, recenseur des baies de pimbina pour toute la Haute-Yamaska.

LES GRANDS ESPACES - Pas dimanche passé, l'autre d'avant, vous n'en avez pas entendu parler, mais dans un rang de campagne du côté de Saint-Alexis, à quatre heures du matin, un automobiliste dans la vingtaine a perdu le contrôle de sa voiture, qui est entrée dans une maison, tuant sur le coup une mère de trois enfants qui dormait dans son lit. Le mari a été grièvement blessé aussi. Les enfants n'ont rien.

Le chauffard a été accusé de conduite avec facultés affaiblies causant la mort.

Si je clique sur l'onglet outils en haut de mon écran, puis sur l'onglet statistiques apparaît un tableau qui détaille le nombre de caractères de cette petite nouvelle: 354 caractères. Espaces comprises: 427. Juste vous dire: relisez cette nouvelle espaces comprises. Elle ne prend son sens, ici, que dans le blanc des espaces.

Je vous embrasse pareil.

(1) Chercher Sam, Sophie Bienvenu, aux éditions

Le Cheval d'août.

(2) Le Roi pêcheur, Julien Gracq... mais c'est pas sûr

du tout qu'il a dit ça comme ça. 

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