Les nouvelles économiques

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Pierre Foglia
La Presse

Un mort, deux blessés dans un accident sur la 40. Puis on passe à l'actualité internationale. Puis une chronique culturelle, la critique est allée voir un film qu'elle a trouvé un peu long.

Et on arrive aux nouvelles économiques. Des faits, des chiffres, ah, mon Dieu, en veux-tu des chiffres? Mais personne pour nous mettre en garde. Ni de bandeau en haut de la page ou de l'écran pour nous dire: attention, attention, on vient de changer de registre, les faits, les chiffres que l'on vous livre maintenant pour être aussi rigoureux que dans «un mort, deux blessés sur la 40» ne sont pourtant pas aussi indubitables. Attention, ils servent un discours, je ne sais plus où j'ai lu «ils servent un monologue idéologique», ils servent une vérité, pardon: LA vérité économique.

Mathieu Bock-Côté, Facal, Dubuc chez nous ne me font jamais grimper dans les rideaux. Je sais où ils logent, ils ne me dérangent pas. Celui qui me démonte, me démolit soir après soir, me fait hurler dans le salon, c'est Gérald Fillion à Radio-Canada. Je n'ai pas dit qu'il m'irritait. Il est tellement bon, tellement pédagogue, tellement lumineux pour les nuls que nous sommes tous en économie, qu'une part de moi l'applaudit, tandis que l'autre se désole: le p'tit crisse.

Mais on ne peut même pas dire ça. Pas l'ombre d'une «crochitude». De l'idéologie, oui, mais qui s'ignore comme la prose de M. Jourdain. Des faits, des chiffres, tu m'entends, Foglia, l'économie, c'est ça. Des faits. Il me fixe à travers l'écran, il me parle dans le casque. Des faits, tu m'entends.

Je n'ai aucun argument à lui opposer. Alors je hurle. Comme tous les cons qui n'ont pas d'arguments, je hurle. Et je n'ai pas d'arguments parce que l'économie m'ennuie. J'aime mieux lire des romans, j'aime mieux aller à bicyclette, j'aime mieux la confiture de mirabelles. J'aime mieux ma chatte blanche avec une tache noire sur le nez qui vient de rentrer toute mouillée.

Je ne sais rien de l'économie, mais il y a un truc que je sais. Quand Gérald Fillion dit par exemple: les finances publiques sont à terre, il faut couper, austérité, austérité, en ayant l'air d'énoncer un fait aussi incontournable que «un mort et deux blessés sur la 40», ce n'est pas de l'économie, c'est de l'idéologie, le même «monologue idéologique» soir après soir, et soir après soir, l'austérité, ce putain de clou rouillé, nous rentre un peu plus dans le cul.

Et puisqu'on y est, la création de la richesse aussi, c'est de l'idéologie quand on ne s'est pas d'abord entendu sur ce qu'était la richesse pour un peuple. Et, non, je ne vais pas vous citer mes amis Françoise et Amir, qui disent qu'il faut en prendre un peu plus aux riches. J'allais plutôt vous citer l'anthropologue Serge Bouchard, qui, du village de Mont-Tremblant où il a passé trois heures sur un banc, se demande à la fin de sa chronique dans Québec science: Quel est ce monde où la création de la richesse s'appuie sur l'éradication de tout, au profit de l'émergence du rien?

Vous vous le demandez vraiment, M. Bouchard? Ce monde est un monde où plein de gens comme vous et moi ont toujours tout accepté.

CONFITURES ET LITTÉRATURE - Sur une étiquette décollée d'un très vieux pot de confitures aux bleuets, pardon, de myrtilles sauvages, du confiturier Francis Miot - toujours un des meilleurs confituriers de France -, sur cette vieille étiquette, donc, on nous dit que «la myrtille sauvage pousse sur un arbrisseau qui donne des petites baies, aussi nommées selon les régions brimbales, raisins des bois, ambresailles ou bleuets».

On nous dit aussi que dans les Pyrénées, les bergers consomment cette confiture avec un fromage moelleux de brebis ou mélangé avec le treuil (lait caillé frais) accompagné d'un Jurançon doux.

On nous dit surtout, c'est là que je voulais en venir pour le profit de nos amis de Roberval, Saint-Prime et Alma, on nous dit qu'au siècle dernier, on soignait la gangrène de la verge (et les démangeaisons de l'anus) en les badigeonnant de confiture de myrtilles (bleuets). C'est bon à savoir, non?

VILLES - La revue Condé Nast Traveler dressait, cet été, la liste des dix villes les plus amicales du monde et des dix les plus inhospitalières.

Pour les plus amicales, des évidences comme Sydney, Dublin, Savannah en Géorgie et sa presque voisine Charleston, mais la plus amicale de toutes les villes du monde serait Auckland en Nouvelle-Zélande, où j'ai déjà couvert les Jeux du Commonwealth. Amicale, sûrement, mais tellement ordinaire - on se croirait à Guelph, Ontario - que c'est bien le moins qu'elle soit amicale. Il faudrait songer à la raser si elle ne l'était pas.

Au nombre des plus inhospitalières, on en nomme au moins quatre où j'irais à l'instant en courant, bien avant d'aller à Auckland... Paris, Marseille, Pékin, Francfort et même Moscou, pas aussi revêche qu'on le dit. Mon Dieu, comment fait-on pour trouver Paris inhospitalier? Ne me dites pas que vous êtes resté accroché à ce garçon de café qui vous a rembarré. Si?

UNE AUTRE PHOTO POUR MOURIR - En écho à une récente chronique, ce mot d'une lectrice... «Je vous parle d'un de mes patients. J'ai été son médecin pour les dernières semaines de sa vie à l'unité des soins palliatifs à l'hôpital Notre-Dame-de-la-Merci. Il avait demandé qu'on fixe au mur une photo qu'il avait prise l'an passé. La photo montrait des arbres bordant une rivière. C'était dans la région de Lambton, si je me souviens bien. Comme je m'étonnais de l'extraordinaire lumière qui s'en dégageait, il m'a dit d'une voix faible: «J'ai attendu quatre heures pour saisir le moment où elle rendait le mieux la beauté des arbres et de la rivière.»

En sortant de sa chambre, je me suis dit qu'il avait choisi un bien beau carrefour - l'espace, le temps - où fixer sa finitude.»

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