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Appelez-moi Anne cinq minutes

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Pierre Foglia
La Presse

Je reviens sur le crêpage de chignon Anne Dorval-Éric Zemmour à la télévision française. J'y reviens par la bande, par Xavier Dolan.

Quand même un mot de ce Zemmour, authentique fleuron de la droite française, un descendant de la vieille droite lettrée, un Rastignac, un balzacien. Je veux dire, ce n'est pas le premier petit con venu (ne cherchez pas de jeu de mots, il n'y en a pas).

Son discours sur les femmes, les gais est construit pour faire réagir, c'est un allumeur d'incendie très conscient et très heureux de foutre le feu. Il n'y a absolument rien d'étonnant à ce qu'Anne Dorval se soit pognée avec lui, c'était écrit dans le ciel, réjouissons-nous que ce fût elle et pas Mme Bombardier.

Qu'est-ce que je disais? Ah oui, Xavier Dolan. Xavier Dolan (sur les ondes d'Europe 1) trouve scandaleux qu'en France, on donne une tribune à des gens comme Éric Zemmour «au nom de la libre expression». Et d'ajouter plus loin que non, le Québec n'a pas une civilisation d'avance sur la France, c'est celle de la France qui est en retard...

Il se trouve des gens, M. Dolan, et j'étais sûr que vous en étiez, pour croire que la liberté d'expression est plutôt un signe de bonne santé démocratique plutôt que le signe d'une civilisation attardée. Je vous signale en passant que les propos du monsieur qui a fait grimper votre amie Anne dans les rideaux, exactement les mêmes propos sont quotidiennement tenus chez nous au micro de certaines radios, dans des chroniques, des éditoriaux, aussi dans des textes d'humour, et si je suis d'avis qu'il faut les dénoncer, je ne pense pas un instant qu'il faille les interdire.

Par votre talent, par vos succès et leur rayonnement, par tout ce que vous êtes, M. Dolan, vous avez fait plus que quiconque pour fermer la gueule des homophobes. Mais leur fermer le micro? Très mauvaise idée.

***

On change de personnages, et un peu de sujet. L'artiste, un homme de théâtre je crois, ou de cinéma, qu'importe, terminait son entrevue publiée dans notre cahier des arts il y a quelques jours en décrétant que le multiculturalisme, ah mon vieux, le multiculturalisme, quelle belle affaire, de toute façon, que ceux qui sont contre se fassent une raison, ne leur en déplaise, «il y aura toujours un quartier chinois».

Cela n'a pas fait de vagues, bien sûr, même pas une ride, ni un pet, encore moins une éruption comme celle d'Anne Dorval.

Souffrez que je fasse ma Anne Dorval cinq minutes.

Je suis tanné de me faire traiter de débile. Oui, je tiens le multiculturalisme (et aussi bien l'interculturalisme cher à M. Bouchard) pour une aberration. Mais non, sacrament encore, il ne me déplaît pas qu'il y ait un quartier chinois. Ni italien, ni que le Plateau soit maintenant français de France, ni que Saint-Laurent soit en partie arabe, et la rue Jean-Talon libanaise.

Les mosquées ne me dérangent pas. Ce sont les salles de prière dans les écoles qui me fatiguent. Le foulard dans l'espace public, qui représente 99,9% de tout l'espace de la planète, ne me dérange pas, c'est le foulard dans l'espace civique qui me dérange, j'y vois un signe ostentatoire de refus. Le refus d'envisager un espace commun où se fonderaient toutes les différences, je reprends ici pour la centième fois mon image de creuset où se fondrait la nation.

Oui, je suis pour l'immigration. Et non, je ne suis pas pour l'assimilation des immigrants. Mais je suis contre l'insignifiante célébration - tellement québécoise, tellement canadienne - , la béate célébration de la différence. La différence n'est pas une vertu. La juxtaposition de toutes les différences n'est pas en soi un enrichissement. La somme des différences peut finir par donner une culture commune, mais il faut pour cela qu'il y ait une démarche, une communion, une intégration. Un mouvement. Rassuré sur ses droits, l'immigrant doit se mettre en mouvement vers la majorité, «sortir de la coquille de sa différence», disait Neil Bissoondath dans Le Marché aux illusions, qui avait un sous-titre qui me plaisait bien: «La méprise du multiculturalisme».

Je suis tanné de me faire dire: fais-toi une raison, il y aura toujours un quartier chinois. Comme si ça me dérangeait. Ben oui, il y aura toujours un quartier chinois et des gens qui le parcourront en faisant oh! et ah! , ce que c'est beau, le multiculturalisme. Nono. C'est pas du multiculturalisme, c'est de l'altérité touristique.

***

POÉSIE - Il s'appelle David Goudreault, mais il pourrait aussi bien s'appeler Pierre Falardeau. Vous vous souvenez que Falardeau écrivait au lance-flammes? Lui aussi, ce Goudreault. Sauf que c'est de la poésie. Peut-être plus de slam. Anyway. Extraits: «Nous allions à la place du marché/Maintenant/Il n'y a de place que pour le marché/Et nous/Nous n'allons nulle part...»

Et ça aussi: «Tout est/Fabriqué en chine/Depuis que la Chine est/Fabriquée en Amérique.» Il est de Sherbrooke. Le titre du recueil: S'édenter la chienne. Aux Écrits des Forges.

PÉPÈRE-LA-VIRGULE - Le site web du Marathon de Montréal. Dans le bandeau rouge en haut de la première page: «Suivez les courreurs en live ici». Passons sur le «en live ici». Mais coureurs, bon sang! Il y en avait 15 000 dans les rues de Montréal, c'est pas assez pour que vous appreniez à écrire coureur? Ils sont la raison d'être de ce site.

Combien qui sont allés suivre «en live» un ami, un parent écriront maintenant courreur? Pourquoi la distribution de la pornographie est-elle un crime, mais pas celle de l'ignorance?

Vous me copierez 15 000 fois «je suis un tata». Juste deux «T» à tata, mais vous pouvez en mettre trois.

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