Le problème avec l'école

Pierre Foglia
La Presse

Je ne retrouve plus le texte de ce lecteur dans nos pages Débats*, un camionneur je crois, il le précisait avec une pointe de défi, qui nous invitait à ne pas faire un si gros fromage de la gaffe du ministre de l'Éducation, vous vous souvenez: il n'y a pas un enfant qui va mourir de ça! «Ça» étant éventuellement moins de livres dans les bibliothèques scolaires pour cause de compressions de budgets.

Tandis que le Québec tombait sur la tête du ministre, le monsieur camionneur, sans l'excuser, nous interpellait: je vous trouve bien prompts à vous énerver le poil des jambes pour (peut-être) quelques livres de moins dans les bibliothèques, en même temps je vous trouve bien muets sur le fait que vos enfants lisent de moins en moins les livres qui y sont déjà, dans la bibliothèque.

Cela rejoignait si précisément ce que je pense de cette grosse tempête en plein à côté du sujet que je me suis dit, qui sait si je ne ferais pas un bon camionneur, moi aussi? S'il me lit, je lui propose un échange pour une semaine: conduire cette chronique tandis que je conduirai son camion.

Revenons aux livres. Combien en avez-vous lus cette année?

Et vos enfants, combien?

Pour aller plus utilement au coeur du problème, savez-vous à qui il faudrait poser cette question? À la prof qui enseigne à vos enfants. Combien avez-vous lu de livres cette année, mademoiselle? Elle vous mentirait probablement. On ment beaucoup, pas seulement les profs, à propos des livres que l'on ne lit pas, il n'est pas de statistiques plus farfelues que celles sur la lecture. D'ailleurs, beaucoup de gens entendent cette question comme si on leur demandait: combien avez-vous acheté de livres? Mais non! Pas acheté, lu!

Mine de rien, nous voilà une fois de plus à parler d'éducation. Si le sujet vous intéresse vraiment, vous devriez absolument acheter le dernier numéro de la revue Liberté, un peu chère sans doute mais qui vaut chacune des douze piastres qu'elle va vous coûter. Liberté consacre un grand dossier à «l'éducation à l'ère du management», au centre, cette question: «La finalité de l'éducation est-elle encore de former les esprits, de développer la pensée critique, de découvrir le patrimoine culturel, intellectuel, artistique et scientifique de l'humanité?»

On y trouve aussi un papier fort réjouissant sur la Finlande, qui est «au tourisme scolaire» (on la visite beaucoup pour son modèle) ce que la Thaïlande est au tourisme sexuel. Un papier moins réjouissant sur le rôle des syndicats qui défendent (contre le Ministère) l'autonomie des profs sans trop s'intéresser à ce qu'ils font de cette autonomie, et surtout une entrevue avec une prof en didactique que j'ai applaudie au moins aussi fort que le camionneur de tantôt: «Depuis 1992, nous dit-elle, j'ai enseigné dans diverses universités dans les programmes de formation à l'enseignement, bon an mal an j'ai rencontré des étudiants qui deviendront assurément d'excellents profs, par contre un nombre IMPORTANT arrivent du cégep après une scolarité moyenne, sans appétit pour la connaissance, ils obtiendront leur diplôme avec des notes médiocres... Ils vont quand même pouvoir enseigner», dit-elle. C'est moi qui souligne.

D'autres, que la dame didactique évalue à un quart environ de chaque cohorte, «ne devraient pas être admis à la formation des maîtres parce qu'ils ne maîtrisent absolument pas les contenus à transmettre à leurs élèves». Ils ne s'intéressent ni aux mots, ni aux textes, ni à la littérature, ni à la langue.

Ajoutez ce quart de nuls au nombre important de médiocres, les chances que votre enfant tombe sur un excellent prof de français sont plutôt minces.

Je résume: le problème n'est pas que le ministre de l'Éducation soit un cancre, ce n'est pas lui qui décide des politiques de l'éducation de toute façon. Le problème n'est pas non plus, comme me l'écrivait une maman éplorée cette semaine, que son fils ne puisse pas trouver Les trois mousquetaires à la bibliothèque de son école.

Le problème, c'est que son prof de français n'a lu ni Ferron, ni Gabrielle Roy, ni Roland Giguère, ni Sylvain Trudel, ni Suzanne Jacob, ni Louis Hamelin, ni Jean-Simon Desrochers, ni André Major, ni Marie-Claire Blais, ni Anne Hébert, ni Tremblay, ni Miron, ni fuck.

*Pour lire le texte d'opinion Manque de livres ou de lecteurs?

La justice

Je me suis réjoui du verdict de non-responsabilité criminelle rendu il y a deux ans en faveur de Guy Turcotte.

Précision: je n'avais (et je n'ai toujours) aucune opinion sur la responsabilité ou la non-responsabilité de Guy Turcotte dans le meurtre de ses deux enfants. J'applaudissais l'indépendance, le courage du jury, ces douze personnes «de la rue», qui dans la rue eussent probablement pendu Turcotte mais qui dûment instruites de la preuve l'ont déclaré non responsable.

J'applaudissais la justice. J'applaudissais sinon la justesse de la décision, l'intégrité du processus.

Quand la Cour d'appel a recommandé un nouveau procès au motif que lesdits jurés avaient été mal guidés par le juge, je n'ai pas applaudi parce que vous étiez déjà douze millions à le faire très bruyamment et que j'évite de me joindre aux foules qui applaudissent tout autant qu'à celles qui lynchent. Mais je n'ai pas douté une seconde de l'indépendance des trois juges de la Cour d'appel. Dans mon for intérieur, j'ai encore applaudi la justice.

Hier, un autre juge a autorisé la mise en liberté provisoire de Guy Turcotte jusqu'à son second procès. Ce juge devait peser, entre autres, si sa décision minerait ou non la confiance du public envers le système de justice. Contre toute attente, il a jugé que c'était de garder Turcotte en prison qui minerait la crédibilité de la justice.

Je m'en réjouis encore. Pas pour Turcotte. Pour nous.




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