Moi, peur de l'islam?

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Pierre Foglia
La Presse

La règle presque officielle est de ne pas répondre aux lettres des lecteurs qui commentent une chronique dans nos pages Débats, la règle en est une de courtoisie: laisser le dernier mot au lecteur qui polémique.

Sauf pour corriger une erreur de fait.

C'est donc un prof de l'UQAM qui fait écho à ma chronique de samedi - qui ne passera pas à l'histoire, on s'entend - et dans laquelle on trouve ceci: On a beau dire que le problème c'est pas les musulmans... un peu quand même... Le problème avec les musulmans c'est qu'ils sont beaucoup plus musulmans que les chrétiens sont chrétiens...

Monsieur le professeur a compris que je révélais ici le vrai fond de mes craintes. Il a compris que je disais que l'enjeu de fond du débat actuel n'était pas la laïcité ou la religion en soi, mais plutôt l'islam. Et surtout la peur de l'islam dont on dit qu'il empêche toute véritable intégration.

Erreur de fait, monsieur. Le fait est que l'enjeu pour moi est bien la laïcité. Je vous assure que l'enjeu est bien cet espace civique, neutre, je ne sais plus comment le nommer, mais si j'avais le choix je le dirais a-religieux comme on dit a-moral, en fait je voudrais surtout le dire républicain, mais le mot ici est souvent mal entendu, opposé faussement à «démocrate», anyway...

Je n'ai pas peur de l'islam. Je n'ai pas besoin d'une charte pour combattre l'islam. Je ne veux pas combattre l'islam. Je n'ai pas peur de l'intégrisme non plus. D'ailleurs, je ne comprends pas ce que vient faire l'intégrisme dans ce débat ni l'égalité hommes-femmes, je hurle dans mon salon quand ceux de mon camp (les pro-Charte) disent qu'ils ne veulent pas du voile parce qu'il est un symbole de soumission. Je n'arrête pas de répéter que c'est un autre débat, que la Charte n'a pas à se mêler de cela. La Charte a à créer et délimiter cet espace très symbolique où il n'y a plus de musulmans ni de chrétiens, seulement des citoyens.

Quand je dis que le musulman est plus musulman que le chrétien est chrétien, je n'exprime pas ma peur de l'islam, je souligne que le chrétien est culturellement familiarisé depuis longtemps avec cet espace neutre dont je n'arrête pas de parler. Le musulman moyen, beaucoup moins familiarisé. Je ne dis rien d'autre que cela: le chrétien moyen est plus soluble dans la laïcité que le musulman. Dans l'athéisme aussi.

Vous semblez avoir compris, M. le professeur, que je tiens la laïcité pour un rempart indispensable contre l'islam. Je vous le répète: je n'ai pas besoin de rempart contre l'islam. Je ne tiens pas la laïcité pour indispensable parce que les musulmans, s'inquiètent certains, s'en viennent en courant. Je tiens la laïcité pour indispensable, POINT.

Entre vous et moi?

Drette là, j'ai bien plus peur de M. Harper que des musulmans. J'ai bien plus peur des sionistes chrétiens (surtout américains) qui se font l'obligation divine de soutenir Israël dans sa conquête de la Palestine. Bien plus peur aussi du Bureau de la liberté de religion que M. Harper a mis sur pied l'an dernier qui est à peu de chose près exactement le contraire de ce que sera la Charte des valeurs québécoises, même revue et corrigée par M. Couillard.

Pour revenir au débat, je suis de moins en moins interpellé par le fond de la question et de plus en plus par le ton, la posture des belligérants si j'ose dire, la sélection naturelle qui fait se retrouver tous du même côté les élites, les profs, les journalistes, le Barreau, les syndicats, les conseils de ceci, les fédérations de cela.

Et de l'autre côté les gens.

On dirait un combat de boxe, mais de la boxe à l'envers. Ceux qui portent les meilleurs coups sont en train de perdre. C'est amusant comme tout.

Journée d'hiver

Les minous, les miens en tout cas, n'ont pas le même thermomètre que les humains. À moins dix ils se promènent dehors comme en plein été, restent de longues minutes immobiles à écouter courir les souris dans leurs galeries sous la neige. À moins vingt-huit comme ce matin ils sortent encore, mais pas longtemps, clac-clac fait la porte de la chatière, c'est Charlie qui rentre déjà: me semble que tu viens tout juste de sortir, Charlie? T'as déjà fait pipi?

Fait longtemps que je vous ai donné des nouvelles des minous. En vitesse alors. Je n'en ai plus que sept, deux garçons, cinq filles, Charlie est la dernière arrivée, un amour de petite vache Holstein noir et blanc. Tonton a disparu cet été, un renard ou un coyote me l'aura enlevé, j'ai eu plus froid ce jour-là que ce matin, ce n'est pas forcément durant l'hiver qu'on a le plus froid.

J'ai dit sept? Huit avec Lola qui est au congélateur. Mais si, c'est vrai: Lola est au congélateur. Avec deux rôtis de porc, un lapin de La Girondine et mes compotes de cerises. On l'a fait piquer l'autre jour. On l'enterrera au printemps sur le button où elle se tenait pas très loin de Picotte.

Elle aurait eu bientôt 17 ans. C'est moi qui l'ai menée chez la vet à Farnham. En revenant, je chantonnais Four Women de Nina Simone, «my skin is black»... c'est sur un CD que j'aime pas trop sauf cette toune-là. «My skin is black, my arms are long»... rien à voir avec Lola qui avait la queue coupée et de courtes pattes qui lui donnaient l'air baquais d'un petit poêle à bois. Sauf que je ne connais pas de chanson avec un poêle à bois dedans, juste les poèmes de Patrice Desbiens, Un pépin de pomme sur un poêle à bois, ça commence comme ça ma Lola...

Elle n'est pas morte

Elle fait semblant

Comme toutes ces choses que

nous avons l'air de faire.

Bon les minous, faites pas les fous, je vais chercher le journal. On y parle de moi.

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