La pédagogie

Pierre Foglia
La Presse

Cela se passe dans une garderie. Non, ce n'est pas la suite de l'autre fois. C'est juste un cadre. Pour son projet de recherche, une étudiante au doctorat observe toute une journée une éducatrice. Une perle d'éducatrice, estime-t-elle, tout en relevant qu'elle s'adresse aux enfants de curieuse façon, tutoyant systématiquement le groupe, ce qui est, pour le moins, une anomalie grammaticale. L'éducatrice dira, par exemple: les amis, tu vas arrêter ce que tu fais et tu vas venir t'asseoir sur le tapis. C'est voulu. C'est sa façon de s'adresser au groupe: les amis, tu...

La doctorante note la chose dans son rapport. Elle est aussitôt rabrouée par le prof qui supervise son travail et qui lui explique que, au contraire, l'éducatrice s'adresse aux enfants de la bonne façon. Pourquoi? Parce que pour les enfants de cet âge, le nous et le vous sont trop compliqués. L'éducatrice fait bien de contourner la difficulté. Cela s'appelle de la pédagogie.

À noter que le [tutoiement de groupe] est très en vogue aussi dans les maternelles. Grave? Je ne pense pas. Mais intéressant en cela que cette anecdote montre ce qui sépare la pédagogie de l'éducation.

La pédagogie suggère, encourage le contournement de la difficulté. L'éducation, au contraire, invite à la maîtriser le plus simplement du monde: «Les amis, vous arrêtez maintenant ce que vous faites et vous venez vous asseoir sur le tapis.»

De plus, la pédagogie se mêle parfois de ce qui ne la regarde pas. Dans son explication, le superviseur a précisé à la doctorante: le nous et le vous sont peu utilisés en français québécois (ah bon?) surtout dans les milieux défavorisés...

L'éducation, pour sa part, traite tous les petits amis pareil. Les pauvres, les riches, les petits Québécois, les petits Français, les petits Haïtiens, les petits Sénégalais. Je. Tu. Il. Nous. Vous. Ils. Elles.

LA CULTURE - J'attendais le Finkielkraut sur la laïcité avec impatience. Cela s'appelle L'identité malheureuse (chez Stock) et il y est moins question de laïcité, d'immigration, de voile que de la culture qui fout le camp, nous annonce l'auteur, comme il nous l'avait déjà annoncé dans ses 23 précédents essais.

Et pourquoi elle fout le camp, la culture?

Peut-être bien pour cause d'effacement des frontières, de nivèlement des hiérarchies, de la primauté de la diversité. Parlant de diversité, multiculturalisme oblige, notre PET national est cité: «Il faut avancer avec la caravane humaine ou crever dans le désert du temps.» On devine que l'auteur préférerait la seconde solution.

Et pourquoi elle fout le camp, la culture?

Notamment parce qu'il n'y a plus de bourgeois. La culture est bourgeoise, on l'a assez dit: plus de bourgeois, plus de culture. Ils sont partis où, les bourgeois? Nulle part. Ils se sont branchés sur internet et du coup, ils sont devenus un peu cons. Ils n'apprécient plus les tableaux des grands maîtres, n'écoutent plus de musique savante, ne lisent plus la grande littérature.

Les bourgeois avaient de la culture, les abrutis de consommation qu'ils sont devenus n'ont plus que des opinions, comme s'ils étaient tous devenus chroniqueurs.

Je n'ai pas dit que c'était un livre plate. Je dis seulement que c'est un peu loin de la laïcité. Un livre qui sera moins utile que je l'espérais à notre débat sur la Charte des valeurs.

EAU-DE-VIE - Des fois, le dimanche, je fais comme les ados: je vais traîner mon ennui au centre commercial, j'achète une revue de vélo et une barre de chocolat Bounty à la noix de coco pour manger dans l'auto.

Dimanche, j'ai acheté aussi Astronomie, le dernier CD de Stéphane Lafleur (Avec pas d'c'asque). Je l'ai écouté dans l'auto en mangeant ma Bounty. Il y avait cette fausse promesse qui revenait à la fin de chaque couplet: «Je promets, je promets que/la journée qui s'en vient est flambant neuve»...

J'aime la poésie comme j'aime l'eau-de-vie parce que c'est pareil: tu mets des mots dans un tonneau, tu les laisses faire leur jus, puis quand ils sont bien pourris, tu passes leur jus à l'alambic. Si tu fais bien ça, il en sort quelque chose de très fort. Tu peux te geler bien raide à la poésie.

Tu reviendras chargée d'étoiles/La nuit posée sur tes épaules/L'univers pris dans tes cheveux/Va où tu vas/Va où tu veux/Comme deux colleys...

Il chante comme il écrit, Lafleur, sans forcer rien. Y distille goutte à goutte. J'aime la poésie comme j'aime l'eau-de-vie. Mais je peux être des mois sans en prendre. Sans même y penser.

POUTINE - J'ai en tête cette toune de Vincent Delerm dans laquelle il s'ennuie en regardant les Jeux olympiques d'hiver avec cette fille qui l'intéresse à peu près autant que les épreuves de bobsleigh... Moi, c'est le curling. Une fois j'ai eu une blonde qui jouait au curling. Quand t'es pas beau, tu prends c'qu'y reste. Mais j'allais vous dire autre chose. On va vous répéter cent fois, dans les semaines qui viennent, chiffres à l'appui, que les Jeux de Sotchi sont les Jeux de la démesure, les Jeux de la totale folie. Le monument que Poutine a élevé à sa propre gloire.

Comme si les Jeux en eux-mêmes, surtout ceux d'hiver, gonflés de disciplines bidon pratiquées par 43 athlètes sur la planète (dont 38 Canadiens), comme si les Jeux en eux-mêmes étaient raisonnables, comme si leur démesure n'était pas d'abord celle du CIO, comme si l'Esprit olympique ne se matérialisait pas dans un show toujours plus gros, qui fait toujours plus de place à la bullshit, aux flonflons, à la bimbeloterie des médailles, au cérémonial...

Bref, Poutine est tout à fait olympique.




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