| Commenter Commentaires (18)

Le moment

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Pierre Foglia
La Presse

Été 1998. Alexandre Despatie arrive à Dorval de Kuala Lumpur, d'où il a envoyé un direct au coeur du Québec en remportant la médaille d'or à la tour de 10 mètres des Jeux du Commonwealth. Un direct au coeur. Ce n'était pas la médaille. C'était lui. Il avait 13 ans, l'air d'en avoir huit et demi. Cette petite chose qui se lançait dans le vide, ah mon dieu, mon dieu, toutes les mamans du Québec s'en retournaient les sangs. En bas, il y avait ce géant qu'Alexandre venait de battre. Le géant se saisissait de la petite chose, la brandissait au-dessus de sa tête à bout de bras, la petite chose gigotait. Mon dieu, mon dieu! se récriaient toutes les mamans, l'ogre va le manger!

Voilà donc l'enfant chéri qui arrive à Dorval, sa médaille autour du cou. Aux journalistes qui l'attendent, il dit:

J'ai le goût d'un bon Big Mac!

Quelques mois plus tard, McDonald's devenait son commanditaire principal.

Il y a ceux qui n'y voient qu'un hasard. Et il y a ceux, soupçonneux - vous savez comme les gens peuvent être soupçonneux parfois, les journalistes surtout -, il y a ceux, disais-je, qui disent mon cul le hasard, McDo envisageait déjà de le commanditer et s'est arrangé pour que quelqu'un souffle à l'oreille du gamin: quand les journalistes te demanderont que vas-tu faire maintenant, ils demandent toujours ça, tu leur diras: là, tout de suite, j'ai le goût d'un bon Big Mac.

Génial coup de marketing ou pas, le mariage McDonald's-Despatie a duré 15 ans, jusqu'à mardi dernier alors qu'Alexandre a annoncé sa retraite dans un environnement totalement Big Mac. En fond de scène, un rideau McDo. Une présentation McDo par un animateur McDo (ou prêté par National, c'est pareil) pas foutu de parler un français décent: Et maintenant a-t-il annoncé, Alexandre va vous adresser.

Pas: va vous adresser la parole. Va vous adresser. Comme dans «address to you».

Alexandre nous a donc adressés. Et quand Alexandre a eu fini de nous adresser, McDonald's a repris aussitôt le plancher et le crachoir pour passer un pot-pourri des pubs de McDo dans lesquelles joue Alexandre. Un peu comme on se repasse les photos d'un mariage heureux.

(Ce mariage si heureux et si souvent célébré de la malbouffe et du sport, le second chargé de refaire l'image de la première pour de l'argent, beaucoup d'argent. Mais ce n'est pas mon sujet aujourd'hui. Mon sujet d'aujourd'hui c'est le terrorisme).

Alexandre Despatie qui annonce sa retraite aux Québécois qui l'ont vu grandir comme un membre de leur famille (dixit mon collègue Philippe Cantin), c'était «un moment» qui appartenait aux Québécois. McDonald's n'avait pas à commanditer ce moment. Ce n'était pas le moment de vendre des Big Mac. Alexandre leur en a fait assez vendre comme ça pendant 15 ans, je ne doute pas qu'il ait été somptueusement payé en retour, mais là, c'était juste de se dire salut et merci.

Merci, Alexandre, pour la médaille d'argent à Pékin et à Athènes, pour l'émouvante 4e place à Sydney, pour la plus spectaculaire de tes victoires, celle au dix mètres des championnats du monde à Barcelone qui a donné cette photo si extraordinaire de toi planant au-dessus de la ville

Merci à vous tous, aurait répondu Alexandre. Sans ajouter merci, merci, merci, McDonald's.

Je disais l'autre jour que j'ai couvert dix Jeux, peut-être plus. Voulez-vous savoir quel a été mon pire moment? Non, ce n'était pas les finales de plongeon; ça, c'était le moment le plus long. Le pire fut une conférence de presse de Coca-Cola à Turin - fouille-moi pourquoi je me suis rendu là, je devais avoir le choix entre ça et du curling -, conférence au cours de laquelle intervint Jacques Rogge, le président du CIO, pour dire ceci: C'est grâce à Coca-Cola et à nos autres sponsors si les athlètes peuvent poursuivre leur rêve olympique.

Cette fois-là, j'ai compris, en regardant les gens autour de moi, paisibles comme des veaux, j'ai compris, disais-je, qu'on peut devenir terroriste parce qu'on est révolté, bien sûr, mais aussi et surtout parce que les gens autour de nous ne le sont pas.

LES FRANÇAIS - Avez-vous noté qu'il y avait beaucoup, beaucoup, beaucoup de Français au Québec en ce moment? On les entend à la radio, à la télé, dans la rue, sont étudiants, scientifiques, journalistes, y en a un million et demi juste à La Presse, ils fuient la morosité française. Je vais dire une énormité: ils sont tous pareils ou presque, on dirait qu'ils ont été calibrés à l'aéroport avant de prendre l'avion pour venir ici. Vous savez, avec le truc pour calibrer les bagages à main au comptoir des compagnies aériennes, faut que ça fitte ou on ne les prend pas. Sont tous pareillement jeunes, gentils, discrets, intelligents. Toi, tu rentres pas, t'as une trop grande gueule; toi non plus, tu rouspètes trop. Ceux qu'on retient sont ensuite envoyés dans un camp où ils reçoivent une formation Québec-101 enrichie.

Si ce n'était de leur accent, on ne saurait pas qu'ils sont Français: ne chialent pas, ne veulent pas jouer au soccer avec un turban. Je n'en reviens pas, tous pareillement gentils et discrets.

Je suis arrivé au Québec au début des années 60. À cette époque, c'était gênant d'être français; à cette époque, c'était vraiment les plus cons qui venaient, surtout des baroudeurs au sens colonial du mot. Ils se tenaient dans les cafés de la rue de la Montagne, donnaient un ou deux cours à Berlitz, travaillaient dans les restos. Moi? Qu'est-ce que vous croyez? Je donnais des cours à Berlitz, je travaillais au restaurant de Blue Bonnets, je me tenais dans les cafés de la rue de la Montagne.

J'ai été un maudit Françâ. Les nouveaux ne le seront pas. Bienvenue, jeunes gens.

Partager

publicité

Commentaires (18)
    • Je crois que " bibelotimporte" a eu une attaque de Big Mac!
      C'est toujours un plaisir de vous lire M. Foglia et encore davantage quand on peut vous le dire...

    • Trop drole, Foglia le journaliste embourgeoisé et super pantouflard dans son confort qui déclare comprendre la révolte et le terrosrisme en contemplant ses concitoyens. Toujours aussi snob le mec.

    • " J'ai été un maudit Françâ. Les nouveaux ne le seront pas". Tant mieux pour eux et pour nous. Bienvenue, jeunes gens.

    • C'est vrai que, pour les Mcdo et Coke de ce monde, le financement du sport d'élite n'est que mercantile - ce n'est pas pour rien que c'est des plongeurs et pas des lanceurs de marteau que Mcdo finance.
      Le hasard a fait que j'ai lu le commentaire d'Eric Bergeron, La mort de l'intérêt commun, juste avant de lire votre chronique. Suite à la lecture de ce texte, force est de constater que, malheureusement, dans le je m'en foutisme ambiant, vers qui d'autres est-ce que nos athlètes peuvent se tourner pour financer leurs rêves?

      Dans un autre ordre d'idée, une autre question. Ma petite fille de 6 ans avait sont premier tournoi de soccer la fin de semaine passée. Les organisateurs tenait une petite cantine ? hot dog, pizza, tous les bonbons et chocolats qu'ont peut acheter en vrac au Club Price. Évidement, Tim Hortons finançait les beignes et le café. Dans un minuscule coin d'une des trois tables, des bananes et des sacs de carottes. Quel est le message qu'on veut donner, si tu joue une partie de soccer de 30 minutes, c'est correct de manger hot dog et pizza? La preuve, regarde Alexandre, c'est un athlète olympique et il mange de bons big macs...

    • Moi j'aime mieux les Français qui râlent, sinon tu as l'impression d'avoir à faire avec un robot. D'ailleurs, le grand René Descartes lui-même l'a dit: «Je râle, donc je suis!»
      Un Français qui ne râle pas, c'est comme un risotto sans champignons, tu le regardes et tu te dis: «C'est quoi l'affaire?» Aussi bien être Luxembourgeois à ce compte-là. Parce que tu risques de lui répondre à la fin de la conversation: «Bien le bonjour à votre Duc.»

    • @Cambremer - Le "inculpe" au lieu d'"inculque" n'est pas pire que le commentaire d'un médecin-expert qui, au lieu d'écrire, "s'est exclamée" a écrit "s'est esclaffée". Donc ce psychiatre pouvait faire passer la personne expertisée pour une folle...

    • Les Français sont vraiment partout: tiens hier je voyais Jean Barbe au Canal jaune qui interviewait le responsable du journal pour itinérants. Un Français sti!
      Le porte-parole de la SQ les fins de semaine? Un Français avec un accent du Midi!
      La radio de Radio-Canada? Ils pensent à la changer pour Ici Radio-France.
      Ca semble incroyablement facile pour les Français au Québec. Pourtant, la plupart sont nuls en anglais. Cherchez l'erreur?

    • Foglia, tu me pompes l'air. Je ne suis pas français mais j'ai 2 mots à te rire. Depuis 1960, régulièrement dans tes feuilles de choux, tu dis du mal des français, pourquoi? Parce que tu as très bien compris que cela faisait plaisir à une certaine couche de population locale. Tu as gagné ta croûte (de pain croûté?) sur cela. Tu sais comment on appelle un type dans ton genre? Je te laisse deviner, je n'ai pas le droit contrairement à toi de dire des mots orduriers ici. Seulement voilà, tu perpétues ce racisme nauséabond vis à vis des immigrants dont tu fais d'ailleurs partie. Les jeunes qui arrivent ici, venant de France ou d'ailleurs, grâce à des médiocres comme toi, comprendront vite que le Québec n'est pas une terre accueillante et ils s'en iront ailleurs. Ce faisant, je ne crois pas que tu rendes service au Québec.

    • « C'est aussi peut-être ce que l'on inculpe (sic) au cours 101 pour Français au Québec. »
      Soupir douloureux.

    • @st-Henri,
      Peut-être que M. Foglia n'est même pas au courant...

    • McDonald's n'avait pas à commanditer ce moment.

      Saperlipopette! Il m'aura fallu 40 ans pour être enfin d'accord avec Foglia
      Les M derrière le p'tit Alexandre me faisait vomir.

    • Qu'est-ce qui vous arrive, M. Foglia?
      Vous avez donné votre accord pour ramener les commentaires à la suite de vos articles, ou «on» vous a forcé la main?

    • Alexandre Depatie est la preuve qu'un athlète de haut niveau peut aussi être un pantin insignifiant.

    • Peut-être est-ce aussi parce qu'ils ne sont pas tous Parisiens !?! Les Français (provinciaux) eux-mêmes s'excusent pour leurs compatriotes de la Ville-lumière !!!
      Quant à Despatie et autres athlètes qui vendent leur «image de marque» au plus offrant, ils ne font que suivre le mouvement (olympique) ! Tant que les derniers aristocrates de la planète, c'est à dire ces «illustrissimes» du CIO, donneront le triste spectacle que l'on sait, nous serions bien mal venus de critiquer des jeunes qui ont l'intelligence d'assurer leurs arrières : la carrière olympique mène à tout... à conditions d'en sortir... pas trop amochés financièrement et psychologiquement. Les membres du CIO sont les premiers à vendre scandaleusement l'âme des Jeux, sans efforts et sans risques en plus.

    • «J'ai été un maudit Françâ. Les nouveaux ne le seront pas».
      Pâ sûr! Pâ sûr!

    • Il y a une tendance c'est de tous avoir la même opinion.
      Ou encore d'être en accord avec la majorité même face à la mauvaise publicité.
      C'est aussi peut-être ce que l'on inculpe au cours 101 pour Français au Québec.

    • De la Montagne? Me semble que je t'ai déjà vu sur Prince Arthur

    • Mr Foglia, vous faites le bonheur de mes parents et donc le mien!

Commenter cet article

Les commentaires sont maintenant fermés sur cet article.

Nous vous invitons à commenter les articles suivants:

Veuilez noter que les commentaires sont modérés et que leur publication est à la discrétion de l'équipe de Cyberpresse. Pour plus d'information, consultez notre nétiquette. Si vous constatez de l'abus, signalez-le.

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:2525685:box
la boite:1609999:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer