L'intégration

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Pierre Foglia
La Presse

Je suis d'accord, je ne vois pas ce qu'il peut y avoir de dangereux à jouer au soccer avec un turban. L'argument sécuritaire servi par la fédération québécoise de soccer en justification de sa décision d'interdire le turban sur ses terrains est une petite lâcheté... et une grande maladresse.

Il fallait dire que le turban est interdit parce que c'est la règle. Et non, ce n'est pas une règle de sécurité. C'est la règle, point. Ce n'est pas honteux d'avoir des règles. La règle dit aussi, par exemple, que tu ne peux pas jouer au soccer torse nu (dans un match sanctionné). Y'a pas vraiment de raison, comme toutes les règles qui touchent à l'uniforme, elles visent une certaine... uniformisation. À cette école, la jupe doit être grise, la casquette n'est pas permise, etc.

Au soccer, tu ne peux pas jouer avec un turban, je ne vois pas ce que cette règle a de si déraisonnable pour un sport, le détail n'est pas insignifiant, pour un sport qui se joue aussi bien avec la tête qu'avec les pieds.

«Nous croyons à l'intégration et de dire à des enfants qu'ils ne peuvent pas jouer avec les autres, c'est dévastateur», se désole un représentant de l'organisation des sikhs du Canada en réaction à la décision de la fédé.

Ce qui est encore plus dévastateur, dans ce pays si peu sûr de lui sur ces délicates questions, qui s'efforce néanmoins d'accommoder tout le monde et, je trouve, y réussit assez bien, ce qui est dévastateur et même un peu assassin, c'est une phrase comme celle-ci: dire à des enfants qu'ils ne peuvent pas jouer avec les autres.

Mon coeur saigne, monsieur.

Sauf que ce n'est pas vrai, personne, même pas la fédération de soccer, peuplée de sombres brutes, personne ne dit aux enfants sikhs qu'ils ne peuvent pas jouer avec les autres. Ils ne peuvent pas jouer au soccer avec un turban dans un match sanctionné par la fédé, c'est très différent.

Peuvent-ils jouer au water-polo avec un turban? Peuvent-ils plonger (en compétition) avec un turban? Peuvent-ils pratiquer la boxe, la lutte olympique avec un turban? J'ai peut-être couvert 10 Jeux olympiques, je n'ai jamais vu de turban à la boxe, à la lutte olympique, au water-polo, ni d'ailleurs au soccer. Je me demandais: cette soudaine envie de jouer au soccer en turban ne viendrait-elle aux sikhs seulement lorsqu'ils arrivent au Canada?

Le sport est un assez formidable espace d'intégration. En premier lieu d'intégration à des règles communes. Et parlant d'intégration, j'aimerais rappeler qu'en français, le verbe intégrer se conjugue aussi à la forme pronominale, comme dans l'exemple donné par le Petit Robert: s'intégrer à la société.

Considérant qu'un match de soccer dure deux mi-temps de 45 minutes (un peu plus avec les arrêts de jeu), est-ce demander un grand effort d'intégration que de suspendre deux fois 45 minutes l'obligation de porter un turban pour permettre à ces enfants de jouer un match de soccer et peut-être compter, de la tête, le but gagnant?

De toute façon, on parle pour rien. Ça va se régler. Dans ce pays tellement frileux sur ces questions, ça se règle toujours quand la demande est religieuse ou culturelle. Pas seulement dans ce pays. J'ai en tête l'exemple du volleyball de plage. La fédé imposait depuis des années le bikini aux joueuses, qui se retrouvaient carrément le cul à l'air. Il s'est écrit mille chroniques là-dessus, des pétitions, plusieurs joueuses elles-mêmes dénonçaient cette règle vestimentaire qui n'avait d'autre objet que de racoler un auditoire. Le fédé a fini par abolir le bikini obligatoire. Quand? Quand les pays musulmans ont fait valoir des raisons culturelles et religieuses.

Allez ne pleurez plus, cela va s'arranger, cette histoire de turban au soccer. Les sikhs pourront jouer avec leur truc sur la tête et, bien entendu, ils n'y joueront pas. Ou si peu.

Pas sûr que cette affaire a quelque chose à voir avec le grand désir des sikhs de jouer au soccer.

Bloody Miami

Tom Wolfe, c'est le Le Bûcher des vanités - Un homme, un vrai - Moi, Charlotte Simmons, Tom Wolfe, c'est le top de la littérature populaire, Tom Wolfe, c'est Zola, Balzac, dans Bloody Miami, son dernier, il y a un café qui s'appelle le Balzac's, je suis un fan de Tom Wolfe même s'il a 82 ans, même s'il a voté Bush, même s'il porte veston et pantalon blancs, cravate blanche et un chapeau toujours trop petit pour sa tête, je ne dis pas qu'il a la grosse tête, son chapeau est trop petit exprès, comme s'il essayait d'imiter Olivier Guimond, mais bien sûr, il ne connaît pas Olivier Guimond.

Bloody Miami est arrivé à Montréal il y a un mois et demi, je me suis jeté dessus, affamé, des lunes que je n'avais pas lu un long roman (depuis La fiancée américaine je crois bien), que des essais et des revues littéraires, parler littérature, c'est comme parler de bouffe, c'est le fun mais à la fin, t'as encore faim.

Affamé, étais-je. Schlack, c'est le premier mot du premier chapitre. 987 schlacks dans ce premier chapitre qui fait 30 pages, ça se passe sur un bateau de la patrouille maritime de la police de Miami, schlack est le bruit de la vague qui claque sur la coque du bateau, schlack, schlack, schlack tous les trois mots, on ne s'imagine pas pour autant dans un bateau de la police de Miami, on s'imagine plutôt dans un laborieux devoir de rédaction d'un élève du secondaire.

Rendu à la page 400, je n'avais plus faim depuis longtemps, je me disais encore une petite cuillère pour papa, une autre pour maman, je faisais des ballounes.

La critique est divisée en deux camps sur ce livre. Le camp de ceux qui savent lire. Et le camp de ceux qui savent lire aussi bien que ceux de l'autre camp mais qui avaient décidé d'avance de faire de Bloody Miami, de son auteur de 82 ans et de la ville de Miami un grand événement littéraire et étaient bien mal placés par la suite pour dire que le livre ne valait pas de la marde. C'est effrayant comme c'est nul.

Mine de rien, je viens de vous faire économiser 35$. Qu'est-ce qu'on dit?

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