Deux arpents, même pas

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Pierre Foglia
La Presse

Je vous ai déjà parlé de Maude-Hélène et Jean-Martin. Mais je ne vous ai jamais parlé du livre qu'a écrit Jean-Martin. Ce sont mes voisins, les maraîchers de la ferme bio des Jardins de la Grelinette. Un beau livre vraiment, à ce moment-là tout chaud sorti des presses, c'était l'automne dernier, édité par Écosociété, superbement illustré, mais bon, ça reste un manuel d'agriculture biologique au titre très prosaïque: Le jardinier-maraîcher. Ça parle de semis en multicellules, de pyrodésherbage et de la bonne utilisation des binettes. C'est pas L'amant de Lady Chatterley, ni The Days Run Away Like Wild Horses Over the Hills de Bukowski. J'ai dit à Jean-Martin que je refilerais son livre à Pierre Gingras. Moi, je n'en parlerai pas (Gingras non plus, d'ailleurs).

Pourquoi?

Parce que je ne crois pas qu'il y ait plus de trois lecteurs de La Presse qui vont acheter des binettes cette année. J'avais ajouté, bien inutilement, pour montrer que je m'y connaissais en livres à défaut de m'y connaître en binettes: tu ne vendras pas 80 exemplaires de ton bouquin.

J'ai croisé Jean-Martin cette semaine à la boutique de vélos de Bedford, ça va? Ça allait d'autant mieux qu'il partait pour Versailles le lendemain.

Versailles en France?

Oui au château. Je suis un des cinq finalistes du prix Versailles - Lire au jardin, qui récompense les meilleurs livres de jardinage de l'année.

Le Goncourt du livre de jardin?

C'est toi qui le dis. Au fait, tu sais combien j'en ai vendu de mon bouquin? T'avais dit quoi? 80? J'en ai vendu 10 000.

On confirme chez Écosociété: 10 000 et ce n'est pas fini.

Il se passe quelque chose et je ne parle plus ici d'édition. Je parle d'un changement qui va pas mal plus loin que le bio. Un intérêt, les 10 000 exemplaires en témoignent, pour une agriculture différente, de proximité, notamment dans la grande couronne de Montréal, sur des petites surfaces, sans machinerie lourde, une autre idée d'envisager le territoire, même une autre façon de remuer le sol, en surface sans en bouleverser la structure chaque fois...

Pourquoi t'as pas de tracteur? La pollution? Le bruit? T'ayis les tracteurs?

J'ayis pas les tracteurs. Je n'en ai pas besoin. Ma ferme, c'est 0.8 hectare de culture maraîchère, mon super rotoculteur Ferrari (non, pas les vroums vroums, un autre Ferrari) me suffit.

Sur leurs deux arpents, même pas, Maude-Hélène et Jean-Martin cultivent assez de laitues, de radis, de pois, de coriandre, de carottes, concombres, tomates, etc., pour aller livrer 120 paniers de légumes chaque semaine, à Montréal, de la mi-juin à la mi-novembre, assez pour en vendre pour plus de 1000$ au marché de Knowlton tous les samedis, assez aussi pour approvisionner le marché Tradition du village (Frelighsburg). Tout ça sans pesticides, sans engrais chimiques, sans machinerie.

Assez surtout, souligne Jean-Martin, pour en vivre bien, élever ma famille (deux enfants), payer un employé, recevoir des stagiaires. On travaille fort, c'est sûr, mais on prend congé tous les dimanches, on prend deux mois de vacances l'hiver, on prend le temps de se faire à manger le midi... une belle vie, je trouve. J'en parle dans mon livre, c'est important, cette agriculture fait bien vivre ceux qui la pratiquent.

La politique de Souveraineté alimentaire annoncée par le gouvernement Marois la semaine dernière vous rejoint en quelque manière, c'est une bonne nouvelle pour vous?

Rien à voir avec nous. Rien du tout. Madame Marois se propose de remplacer la merde pleine de pesticides et d'OGM qu'on trouve actuellement dans les épiceries par exactement la même merde, sauf qu'au lieu de venir de l'Ontario, ou de Californie, elle viendra de Saint-Rémi, tu connais Saint-Rémi? (1)

Revenons à Versailles, qui paie le voyage?

Les Français, le Château de Versailles lui-même, qui a créé le prix et la Fête du livre de jardin qui vient avec. Il y a trois catégories, j'ai été retenu dans celle appelée Jardin pratique. Le chroniqueur horticole de France Inter, qui est aussi jardinier au château, a résumé ainsi le livre de Jean-Martin: c'est technique, mais c'est le livre qu'il vous faut si vous avez l'intention de cultiver soit un grand jardin, soit d'en faire votre métier.

Jean-Martin est venu prendre un café l'autre matin, je le voyais regarder par la fenêtre, c'est ton jardin en bas?

Oublie ça. Va, va à Versailles.

RACISME - Je dis nègre. J'aime le mot, sa sonorité, sa musique, cette musique que fait entendre Aimé Césaire dans Cahier d'un retour au pays natal qui commence comme ça: «Va-t'en, gueule de flic, gueule de vache, va-t'en je déteste les larbins de l'ordre et les hannetons de l'espérance. Va-t'en mauvais gris-gris, punaise de moinillon.»

Parlant de hannetons, c'est la saison et Charlie, mon imbécile de chat, en mange comme un con et finit par les vomir sur le tapis du salon en une grande flaque dégueulasse, jaunâtre et gluante où surnagent des bouts de carapace.

La bile qu'ont déversée et déversent les vertueux, les rigoureux, les bigots, les dévots, les curés de l'antiracisme sur cet humoriste qui a eu la maladresse de se barbouiller en nègre au gala des Olivier, et le fromage qu'on me fera, qu'on m'a fait cent fois parce que je défends la musicalité de nègre, c'est du vomi de hanneton.

RELIGION - Je l'ai déjà dit au grand dam d'ailleurs de mes amis laïques, les salamalecs du maire de Chicoutimi en ouverture des séances de son conseil ne me font pas un pli. Son crucifix non plus. Je le trouve plutôt distrayant dans son rôle de Sainte-Geneviève repoussant les Huns à la porte de l'hôtel de ville. Mes amis laïques devraient se rappeler qu'on est passés bien près d'avoir un pape à Rome. À côté de ça, ce Achille Zavatta de bénitier est plutôt distrayant. Et puis, il faut bien qu'ils s'amusent aussi en région éloignée, ils n'ont pas, comme nous, assez de trottoirs pour en faire une commission.

1. Saint-Rémi se trouve dans les basses terres du Richelieu - un genre de capitale mondiale de la culture extensive -, Saint-Rémi n'est pas très loin du campus de l'université de Napierville, où j'ai fait mes Lettres et où je serai cet été, chargé d'un cours en psychologie des relations humaines, mon vrai jardin si on veut.




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