Bilan tristounet

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Pierre Foglia
La Presse

C'était le monde à l'envers à la radio hier midi, il y avait cette ancienne ministre libérale - la dame à la sacoche - qui, sans défendre tout à fait madame Marois, compatissait à ses problèmes. Quand la droite très à droite fait minouche-minouche à une première ministre de centre gauche, c'est que ça ne va pas bien du tout pour la gauche.

Après les deux premiers mois encourageants, je disais, mi-sérieux: si j'avais su, j'aurais voté PQ. Je suis moins sûr.

J'ai surtout été très déçu quand Mme Marois a flushé son ministre de l'Environnement, Daniel Breton. La rectitude politique lui commandait de le faire, mais qu'est-ce qu'elle en a à foutre, de la rectitude politique? Dans deux ans, elle ne sera plus là. Pourquoi n'être pas montée aux barricades pour défendre Breton et l'imposer? Pour une fois qu'on avait nommé un écolo à l'Environnement, il n'a pas duré deux mois, c'est dire combien il dérangeait.

Un peu délinquant, notre écolo, et après? Cela aussi faisait agréablement changement de ces premiers de classe interchangeables, de ces énarques et de Jean-François Lisée qui est tout cela à la fois.

Et puis il y a eu l'affaire Boisclair, dont la même ex-ministre libérale disait, toujours à la radio hier midi, quel formidable sous-ministre de n'importe quoi il eût fait, son intermède new-yorkais terminé.

Ça fait neuf ans que les libéraux au pouvoir ont placé leurs pions un peu partout, est-ce trop attendre d'un gouvernement de centre gauche qu'il ne récompense pas aussi ostensiblement un lobbyiste de droite, pro-gaz de schiste, fût-il un ex-futur premier ministre? Est-ce trop attendre de ce gouvernement qu'il donne, moins que l'autre, dans la méritocratie?

En tout cas, ce n'est sûrement pas le petit pas à gauche qu'attendent les deux autres partis souverainistes pour solidifier des alliances.

Chaud et froid

Madame Simonne avec deux «N» ?

Qui parle?

Je le lui dis. Ah, monsieur Foglia, avec deux N, oui. Simonne Simon. Elle m'a écrit l'autre jour. Pas un courriel, une lettre. Le jeune collègue que j'ai maintenant pour voisin à La Presse en était ébahi comme s'il venait de voir passer une diligence: vous recevez encore des vraies lettres? Oui, jeune homme, figurez-vous que les dames de 91 ans envoient rarement des textos.

Simonne habite aux Tours Gouin, 500 appartements pour personnes âgées autonomes, appartements de bonne tenue, 1150$ pour un salon, deux chambres, une cuisine. Simonne ne se plaint pas, elle dit seulement: à ce prix-là, il me semble que c'est à moi de décider si j'ai chaud ou froid, non?

Depuis trois mois, ce n'est plus elle toute seule qui décide. C'est un ordinateur. Renseigné par des sondes extérieures situées dans les différents angles des tours, l'ordinateur, qui prend aussi en compte la température de chaque appartement, décide si Simonne a froid ou non. Plus précisément, il décide si Simonne a raison d'avoir froid.

Ainsi, l'autre soir, Simonne sentait une petite fraîcheur en regardant la télévision. Elle est allée monter le thermostat. L'ordinateur a reçu le message aussitôt et, comme le font tous les ordinateurs, il a analysé la situation. Moins quatre dehors, léger vent du nord, 23 degrés Celsius dans l'appartement de Simonne, de quoi se plaint-elle, cette vieille peau? Elle a sans doute laissé une fenêtre ouverte, qu'elle gèle donc.

Simonne s'est mis une couverture sur le dos. Elle regardait les nouvelles du téléjournal de la Suisse romande, elle vient de ce coin-là, mais du côté français, Belfort, Sochaux (son mari travaillait chez Peugeot), la Suisse pas loin. Ce qui l'intéresse à la télé suisse romande? La météo!

Et puis, Simonne, quel temps il fait par là?

Fait froid!

Elle lit sa Presse tous les matins. Les mots croisés et Foglia quand il y en a. Vous allez venir me voir, monsieur le journaliste? Je fais du bon café, Gouin et Langelier, vous allez venir?

Qui êtes-vous?

C'est le fait divers de la semaine. Il y a ce type qui se dispute avec un itinérant dans le métro de New York. L'itinérant pousse le type qui tombe sur la voie.

Il y a ce photographe pigiste qui s'adonne à être là et qui photographie la scène. Il y a le train qui arrive. On a demandé au photographe pourquoi il ne s'est pas plutôt précipité au secours du type, il a répondu qu'il n'aurait pas eu le temps de le sauver de toute façon. Il a dit aussi qu'il avait actionné son flash pour tenter d'avertir le conducteur du train.

Il y a enfin la photo dans le New York Post. Elle montre le type qui essaie de remonter sur le quai en prenant appui sur son bras gauche. On voit arriver le train. Entre l'avant du train et la tête du type, il doit y avoir deux secondes et demie.

Et il y a vous.

Vous êtes le photographe. Vous n'êtes pas «le» photographe, mais vous êtes photographe. Vous êtes quelqu'un sur le quai. Vous êtes l'itinérant. Vous êtes le directeur de l'information du New York Post qui doit décider de passer la photo ou non. Vous êtes le type sur la voie. Vous êtes le train. Vous êtes Susan Sontag, essayiste et romancière américaine qui a beaucoup écrit sur la photographie, notamment sur les photos de sa compagne Annie Leibovitz, un texte portant ce titre: Une photographie n'est pas une opinion. Ou bien si?

Choisissez qui vous êtes dans ce fait divers. Moi, je choisis d'être la demie des deux secondes et demie, figée d'épouvante, je n'ai aucune opinion. Vous?

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