Ubu au Saguenay

Le maire Jean Tremblay... (Archives)

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Le maire Jean Tremblay

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Pierre Foglia
La Presse

L'obstination du maire de Saguenay à vouloir faire sa prière m'agace tout autant que le jugement du Tribunal des droits de la personne qui lui interdit de la faire.

Être juge de la Cour d'appel, je m'abstiendrais. Ce serait une première, les juges n'ont pas le droit de s'abstenir, mais je demanderais une dérogation: écoutez, c'est vraiment un cas d'abstention.

Ou bien on est chrétien et la prière ne dérange pas.

Ou bien on est athée et elle ne devrait pas déranger non plus.

Oui, je sais: il y a une troisième catégorie, les laïcs religieux. Habituellement, c'est ma gang. Je ne suis pas loin d'avoir pour bible le brûlot de Louise Mailloux: La laïcité, ça s'impose! (1) Je suis d'accord. Ça s'impose, et dans le sens de «cela va de soi» et dans le sens du poing sur la table: ça va faire, les niaiseries.

Ça s'impose dans les écoles, surtout. Pas de salle de prière, pas de halalleries à la cafétéria, pas de cours d'éthique et de culture religieuse. Pour ce qui est de l'administration publique, je suis moins sûr que je l'ai déjà été. Le voile que porte la fonctionnaire qui reçoit ma demande de renouvellement de passeport et le voile que porte la maîtresse d'école n'est pas le même voile. Celui de la première me laisse indifférent, celui de la seconde me dérange.

Plus on se rapproche de la culture et de sa transmission, plus je deviens laïque. Plus j'entends M. Gérard Bouchard parler d'interculturalisme, plus je m'excite le poil des jambes parce que contrairement à ce que suggère son néologisme, il n'est pas question de cultures qui interfèrent entre elles, mais de confessions.

Par contre, le crucifix de l'Assemblée nationale (qui dérange M. Bouchard), le crucifix de la salle du conseil de la mairie de Saguenay, qui dérange mes amis du Mouvement laïque québécois (MLQ), la prière du maire Tremblay, rien à foutre. Pas un pli. Deux petites minutes plates à passer. Je réagis en athée et même en pataphysicien. Ne cherchez pas, cela a à voir avec Alfred Jarry et avec le père Ubu. Le maire de Saguenay, c'est le père Ubu au Saguenay. La sagesse des nations proclame que qui veut faire l'ange finit par faire la bête, pour le maire de Saguenay (comme pour le père Ubu), c'est le contraire, il fait la bête -parce qu'il est bête- mais c'est un ange.

Le travail

Ah, la chronique de samedi! Un peu brouillonne, il est vrai. C'est tout moi, ça: limpide quand je déconne, brouillon quand je réfléchis. Vous avez été des centaines de milliers à m'engueuler, c'est normal puisque j'y disais exactement le contraire de ce que vous pensez. Je vais en rajouter une couche, si vous permettez...

Isabelle Gagnon, une lectrice de Mont-Saint-Hilaire, m'écrit: Si vous n'aimez pas la citation de Fernand Seguin, seriez-vous prêt à accepter la suivante, que l'on attribue à Hérodote: «Éduquer, ce n'est pas remplir un seau, c'est allumer un feu»...

Non, madame, je ne suis pas prêt à accepter d'Hérodote ce que je réfutais chez Seguin. Ce n'est pas un hasard si la chronique de samedi prenait, d'entrée, ses distances avec les citations qui sont toujours bien trouvées, well found, disent les Anglais. Bien sûr, allumer le feu est plus étincelant que remplir le sot.

Surtout quand il s'agit d'éducation, les formules comme tête bien faite et tête bien pleine opposent beaucoup l'idée de «bourrer», de «remplir» et celle «d'éveiller».

La tournure, la trouvaille, la formule, la pédagogie, tout sur comment allumer le feu, rien sur où trouver du bois pour l'alimenter. Les nouveaux profs? Zéro en littérature, zéro en philo, zéro en histoire, mais 100% en pédagogie. Du savoir-faire en masse, peu de savoir tout court.

Ce que je voulais dire surtout en revenant sur le sujet, c'est qu'on dirait que toutes les formules, toutes les citations, toute la joie d'apprendre -y'a de la joie, bonjour les hirondelles, y'a de la joie-, tous les «plaisirs d'apprendre» concourent à faire disparaître un mot très important et pourtant forcément au centre de tout apprentissage, le mot travail.

DÉMOCRATIE SCOLAIRE Autre effet bénéfique de la démocratisation du savoir, m'informe un lecteur qui, j'espère, déconne - mais je n'en jurerais pas: bientôt les profs inviteront les élèves à voter sur les sujets à étudier. Quels sont ceux qui veulent que l'on étudie aujourd'hui le théorème de Picador? Qui a envie que l'on mette au carré la longueur de l'hypoténuse?

Non, non, madame, pas l'hypoténuse, pas l'hypoténuse.

O.K., d'abord, on va faire une recherche sur les lapins.

DEMANDE SPÉCIALE Ça ne me dérange pas trop que vous me répondiez, même virilement, sur ces questions d'éducation, mais vous serait-il possible, parlant des élèves en général, de ne pas employer la formule «nos jeunes» ? Merci d'avance.

COMBIEN ON PARIE? En dernière page de notre cahier des arts d'hier, un papier sur les stéréotypes hommes-femmes, les hommes sont-ils meilleurs pour descendre les vidanges et les femmes pour faire des crèmes caramel? Surtitre du reportage: Le cerveau a-t-il un sexe?

Combien on parie que de tous les hommes qui se sont rendus à cette page-là, neuf sur dix ont spontanément inversé la question: le sexe a-t-il un cerveau?

Et d'après vous?

1. La laïcité, ça s'impose!, Louise Mailloux, Les éditions du Renouveau québécois. Prof de philo au cégep du Vieux, Louise Mailloux est aussi chroniqueuse à L'aut'journal.

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