Les pieds-de-mouton

Pierre Foglia
La Presse

J'avais envie d'aller à vélo; j'avais envie d'aller aux champignons aussi. Finalement, je suis allé aux champignons à vélo.

Ma saison de champignons se termine toujours avec les pieds-de-mouton. C'est un petit champignon chamois, avec des aiguillons sous le chapeau, assez rare dans ma région, ce qui, bien entendu, le rend plus délicieux.

Ce n'est pas une règle absolue. La rareté, je veux dire, ne rend pas les choses plus délicieuses tout le temps. Par exemple, je pourrais vivre dans un monde peuplé uniquement de rousses. Une blonde surgirait, je ne la verrais même pas. Il m'est arrivé un truc assez incroyable, l'autre jour. Je croise une jeune femme que je connais; tout de suite après, je rencontre son chum et je lui dis très spontanément: Ta femme n'a jamais été aussi belle. Il voit bien que je suis complètement sincère. Il y pense deux secondes et me dit: Tu sais pourquoi? Parce qu'elle est rousse.

Ben voyons donc, ta femme est blonde.

Non, ces jours-ci, elle est rousse.

Je me suis arrangé pour la recroiser: c'était vrai, elle est rousse. Je n'avais pas remarqué le changement, mais mon cerveau l'avait enregistré à mon insu. C'est incroyable comme le cerveau est un muscle intelligent.

C'est pas un muscle? Le mien, si.

J'ai ramassé un petit panier de pieds-de-mouton. La forêt était inondée d'une lumière rousse, et rouille, et jaune, qu'exacerbait parfois le rouge congestif d'un vinaigrier sur le bord du chemin.

Je me suis laissé surprendre par la nuit, qui tombe vite après six heures et demie. Les collines étaient bleues quand je suis sorti de la forêt en poussant mon vélo dans la rocaille du chemin.

J'aime bien le bleu aussi.

***

UNE COMMANDITE DE NIKE - Vous êtes sur Saint-Laurent. Un cycliste vous double en trombe. Ne dites pas: il est fou, ce con. Ça pourrait être votre fils. C'est arrivé à une amie. Son fils fait partie d'une secte de petits sautés à pédales qui organisent régulièrement des courses sur Saint-Laurent, des courses clandestines et - bien sûr, c'est l'idée de la chose - délinquantes. Il s'agit, en partant de la rue de la Commune, de remonter le boulevard Saint-Laurent sur toute sa longueur jusqu'au boulevard Gouin, 10,5 km, dans le meilleur temps possible. Une course contre la montre.

Ils partent un par un toutes les deux minutes pour ne pas attirer l'attention. Dimanche, cela s'est gagné en 18 minutes 52 secondes, ce qui donne du 33 km/h, faux plat montant jusqu'à l'autoroute Métropolitaine. Bref, ce n'est pas pour les petits vieux, même si le record à battre est détenu par un quadragénaire, Robert Quelque-Chose, en 16 min 10 s. Ici, on n'est pas loin de 40 km/h, dans le trafic je le rappelle, les feux rouges et tout ça. Ben non, tu t'arrêtes pas au feu rouge. Tu ralentis un peu quand même. Si ça vous tente d'essayer.

Je disais une secte pour déconner. Disons la confrérie des messagers à vélo, cet esprit-là: grano-rebelle, vélos à pignons fixes, souvent bizounés maison. Mais t'as le droit de faire la course avec ton tout-carbone à 72 vitesses, sauf qu'après, tu ne seras pas invité au Tim Hortons avec la gang. Ou peut-être que si. C'est bien organisé pareil: des checkpoints, des prix, une commandite de Nike... Ben non, c'est pas vrai, Nike, nono, T'a rien compris. Quand ils voient la virgule, ils vomissent.

***

AH BEN - Ma courte allusion à Lady Gaga, dans ma dernière chronique, ne faisait même pas référence à Lady Gaga, mais aux gens qui en parlaient dans une émission en reprise.

J'ai pourtant reçu 228 000 courriels pour m'expliquer en long et en large, en long surtout, que cette robe de viande que Lady Gaga a portée, c'était pour dire qu'elle n'est pas un morceau de viande.

Ah ben, comme disait mon ami Bob quand il était perplexe. Ah ben.

Je n'avais pas d'opinion sur la chose, mais, vous écoutant bêtifier, il m'en vient le début d'une.

Votre Lady Gaga, comme Madonna avant elle, est un Andy Warhol de banlieue - je veux dire sans son génie. Elles recourent au même délire hyperréaliste, à la même accumulation de poses et d'interventions esthétiques qui laissent à penser qu'elles ont un message à transmettre à l'humanité. Genre: celle-ci se met une robe de viande pour dire qu'elle n'est pas un morceau de viande.

Plus songé que ça, tu te mets une branche de céleri dans le cul pour dire que t'es pas un potager.

Finalement, contrairement à mes collègues, je préfère Anne-Marie Losique. Au moins, elle, elle n'a rien à dire.

***

SYNTAXE - La première page du Maclean's qui annonce que le Québec est the most corrupt province in Canada est une assez formidable occasion de comprendre la syntaxe du Québec bashing.

Nous avons une revue, ce Maclean's, de bonne tenue journalistique.

Nous avons une enquête qui nous dit que le Québec est la province la plus corrompue du Canada. Ce n'est peut-être pas vrai à ce point-là, mais ce n'est sûrement pas tout faux.

Et nous avons en page couverture Bonhomme Carnaval, qui n'a pas d'affaire là. Qui est de trop. Le Québec bashing, c'est «le trop». Ce n'est pas ce qui est dit, c'est le plaisir qu'on prend à le dire. C'est le plaisir qu'on prend à faire chier.

Une petite shot de Québec bashing comme celle-là ravive la flamme de l'indépendance au Québec plus que les 50 derniers discours de Mme Marois. Même Marc Garneau comprend ça. Dans son charabia habituel, il dit de l'article du Maclean's qu'il est «divisif».

Divisif. J'aime ça, Marc. C'est pas français, mais ça coupe dans le vif.

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